Au Nigeria, une campagne présidentielle se joue aussi dans les régions où le président sortant n’a pas convaincu. En choisissant Kaduna pour son premier grand rassemblement, Bola Tinubu met en avant son bilan économique, mais revient également sur un terrain électoral qui lui a résisté en 2023.
Un scrutin national, des équilibres régionaux
Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, votera le 16 janvier 2027 pour élire son président et renouveler son Parlement. L’élection est organisée par la Commission électorale nationale indépendante, l’INEC. Elle intervient après quatre années de réformes économiques contestées et alors que l’insécurité reste une préoccupation dans plusieurs régions.
À l’échelle ouest-africaine, le scrutin sera suivi au-delà des frontières nigérianes. Le pays est un acteur majeur de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, et son poids démographique et économique donne à ses choix politiques une portée régionale. La campagne doit donc se lire à la fois à Abuja, capitale fédérale, dans les États et au sein d’une opposition qui cherche à s’organiser.
Kaduna est un enjeu particulier. Cet État du Nord-Ouest rassemble des électeurs aux sensibilités politiques et sociales diverses. En 2023, Atiku Abubakar y avait obtenu davantage de voix que Tinubu. À l’échelle de la région, toutefois, le candidat de l’APC, le Congrès des progressistes au pouvoir, avait recueilli plus de suffrages que ses rivaux, malgré des résultats contrastés d’un État à l’autre.
À Kaduna, Tinubu défend ses réformes
Le samedi 24 octobre 2026, Tinubu a lancé sa campagne pour un second mandat lors d’un rassemblement à Kaduna. Le calendrier électoral de l’INEC fixe le scrutin présidentiel au 16 janvier 2027. Le président a présenté son programme sous le signe de la « prospérité » et de la continuité de ses réformes.
Au centre de son argumentaire : la suppression de la subvention publique sur l’essence, décidée après son entrée en fonction en 2023. Cette mesure réduit une dépense importante pour l’État, mais elle a aussi contribué à rendre le coût de la vie plus lourd pour de nombreux ménages. Tinubu la défend comme une réforme nécessaire et assure que son gouvernement cherche à combattre la faim et la pauvreté.
Durant le rassemblement, il a imputé ces difficultés aux administrations précédentes. « J’entends mes adversaires parler de faim et de pauvreté. Qui les a créées ? Eux », a-t-il déclaré, selon l’Associated Press. Atiku Abubakar, candidat de l’opposition, a répondu que les électeurs jugeraient le gouvernement sur leur quotidien plutôt que sur les explications données en meeting.
Le contraste entre le discours national et l’expérience des ménages sera au cœur de la campagne. Les réformes peuvent améliorer les finances publiques sans produire immédiatement les mêmes effets pour tous. Les salariés du secteur formel, les petits commerçants et les familles dépendant de revenus irréguliers ne subissent pas les hausses de prix de la même manière. La question politique sera aussi de savoir si les bénéfices annoncés atteignent les habitants au-delà des grandes villes.
L’insécurité, angle mort du rassemblement
Un autre sujet important n’a pas occupé le discours présidentiel rapporté à Kaduna : la sécurité. L’État reste exposé aux enlèvements et aux attaques de groupes criminels armés, même si la situation peut varier selon les zones et les périodes. L’absence de ce thème dans un meeting ne démontre pas, à elle seule, l’absence d’une politique gouvernementale. Elle laisse toutefois sans réponse publique, ce jour-là, une préoccupation directe de nombreux habitants.
Les conséquences sont particulièrement concrètes pour les communautés rurales, les voyageurs et les familles vivant loin des centres urbains. Les enlèvements peuvent perturber les déplacements, l’activité agricole et l’accès aux services. Dans les villes, la campagne se joue aussi sur les prix, l’emploi et les transports. Ces réalités différentes rendent difficile toute promesse uniforme adressée à l’ensemble de l’État.
La sécurité est également un enjeu fédéral. Elle dépend de la coordination entre le gouvernement central, les forces de sécurité et les autorités des États. Pour les électeurs de Kaduna, les déclarations de campagne seront donc évaluées à l’aune de résultats observables : protection des personnes, réponse aux enlèvements et continuité des activités quotidiennes.
Une compétition encore ouverte
Le rassemblement ne suffit pas à mesurer la force électorale de Tinubu. Il montre cependant l’importance accordée au Nord-Ouest, vaste région où les résultats des différents États peuvent peser dans le total national. En 2023, l’APC y avait obtenu davantage de voix que ses concurrents, tandis qu’Atiku avait remporté Kaduna. Le scrutin à venir pourrait donc tester la capacité du président à conserver ses appuis régionaux tout en gagnant du terrain dans les États disputés.
L’opposition, de son côté, doit convaincre les électeurs et éviter que ses divisions ne facilitent la réélection du président. Atiku, qui avait terminé deuxième en 2023, est de nouveau en lice. Mais la compétition ne se résume pas à un duel : les alliances, les candidatures et la mobilisation des électeurs peuvent modifier les équilibres d’ici janvier.
À mesure que la campagne avance, deux questions se détachent : les Nigérians estimeront-ils que les réformes économiques commencent à produire des résultats accessibles, et les autorités pourront-elles répondre aux inquiétudes de sécurité, notamment dans les zones exposées ? Le vote du 16 janvier 2027 donnera une première mesure politique de ces enjeux, au Nigeria comme dans une Afrique de l’Ouest attentive à la stabilité de son principal voisin démographique.
Le calendrier officiel de l’élection présidentielle nigériane publié par l’INEC ; le compte rendu du rassemblement de Kaduna ; la réaction d’Atiku Abubakar.