Pour les ménages et les entreprises tunisiennes, la question n’est pas seulement de produire davantage d’électricité : il faut aussi éviter que la hausse de la demande ne fragilise l’approvisionnement. Le projet de budget économique pour 2027 place les énergies renouvelables au cœur de cette équation, mais plusieurs capacités annoncées restent à construire ou à attribuer.
Un cap fixé dans le projet de budget
Le document transmis au Parlement tunisien prévoit de porter la part des renouvelables dans la production électrique à 16 % en 2027, après 12 % attendus à la fin de 2026. Ces chiffres décrivent des objectifs, non des capacités déjà installées. L’agence tunisienne TAP a confirmé la publication du projet de budget économique 2027, tandis que des médias tunisiens rapportent son examen parlementaire à partir de la mi-octobre. Les indicateurs énergétiques détaillés, eux, restent ici attribués au document budgétaire.
Le programme anticipe une production nationale d’électricité d’environ 23 200 gigawattheures en 2027, contre 22 700 GWh attendus en 2026. La demande devrait progresser de 4 %. L’écart entre la croissance des besoins et le calendrier de mise en service des projets sera donc déterminant : annoncer une centrale ne suffit pas à injecter son électricité dans le réseau.
Cette trajectoire s’inscrit dans un objectif national plus lointain. Le gouvernement tunisien vise 35 % d’électricité renouvelable à l’horizon 2030. La présidence du gouvernement a réaffirmé cette cible lors d’un conseil ministériel consacré aux projets énergétiques en octobre 2026. Les autorités présentent cette orientation comme un moyen de renforcer la sécurité énergétique et de réduire la dépendance du pays au gaz naturel.
Des centrales à des stades différents
Le projet de budget distingue trois voies : les concessions, les autorisations et l’autoproduction. Une concession confie la réalisation d’une installation à un opérateur selon un contrat avec l’État. Le régime des autorisations encadre des projets privés de taille plus limitée. L’autoproduction permet à des ménages, entreprises ou organismes publics de produire une partie de l’électricité qu’ils consomment.
Parmi les projets sous concession, le document budgétaire cite une centrale photovoltaïque de 198 mégawatts à El Khobna, dans le gouvernorat de Sidi Bouzid, ainsi qu’un projet éolien de 77 MW. Il prévoit la poursuite des démarches d’attribution et de contractualisation. Ces étapes administratives et financières conditionnent le début des travaux, puis le raccordement au réseau.
À Bazma, dans le gouvernorat de Kébili, le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie a lancé en mars 2026 un appel d’offres pour une centrale solaire de 300 MW assortie d’un stockage par batteries. La fiche officielle précise que le système prévu doit fournir 150 MW de puissance et stocker 540 MWh. Le stockage peut décaler une partie de l’électricité produite en journée vers des périodes où la production solaire baisse. Il ne remplace toutefois ni le renforcement du réseau ni les autres moyens de production.
Le budget mentionne aussi environ 455 MW de nouvelles capacités dans le cadre du sixième cycle d’autorisations. En septembre, le ministère avait publié les résultats de l’évaluation des demandes. Par ailleurs, le programme d’autoproduction prévoit 500 MW supplémentaires, notamment sur des logements, des bâtiments publics et des sites raccordés aux réseaux de moyenne ou haute tension. Ces chiffres correspondent à des objectifs de programme : ils ne signifient pas que toutes les installations sont déjà financées ou opérationnelles.
Le défi se joue aussi dans l’exécution
Le passage des annonces à la production dépendra de plusieurs conditions concrètes : finalisation des contrats, financement, disponibilité des équipements et raccordement par la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG), l’opérateur public du secteur. Le calendrier compte autant que le volume annoncé. Des retards de chantier ou de raccordement peuvent éloigner les nouvelles capacités de la période où le réseau en a besoin.
La transition ne concerne pas les acteurs de la même manière. Les grandes centrales doivent contribuer à l’alimentation générale, tandis que l’autoproduction peut réduire la facture de certains ménages et entreprises. Mais l’accès aux panneaux, aux batteries et au financement peut limiter cette option pour les foyers aux revenus modestes et les petites structures. En octobre, des organisations professionnelles tunisiennes ont justement demandé au Parlement d’alléger les droits de douane sur les équipements solaires et de réduire leur TVA. Cette demande souligne un enjeu de répartition : qui peut investir, et qui bénéficie des économies réalisées ?
Pour le réseau, la hausse attendue de 4 % de la demande implique de gérer les pointes de consommation et la variabilité du solaire et de l’éolien. Le stockage annoncé à Bazma constitue une réponse partielle. Il faudra également suivre la capacité du réseau à accueillir les nouvelles installations et la coordination entre centrales, stockage et production existante. Les difficultés d’approvisionnement évoquées dans la matière budgétaire rendent ces questions particulièrement concrètes, mais ne permettent pas, à elles seules, d’établir un bilan précis de coupures.
Une transition nord-africaine à mesurer dans la durée
La Tunisie appartient à l’Union du Maghreb arabe (UMA), organisation régionale d’Afrique du Nord. Pour l’heure, les objectifs décrits portent d’abord sur le système électrique national. Ils s’inscrivent néanmoins dans un contexte où la sécurité énergétique, les échanges transfrontaliers et la place du gaz concernent l’ensemble de la région. Il faut éviter de confondre ces perspectives : les projets recensés ne constituent pas, en eux-mêmes, un accord d’exportation ni une interconnexion nouvelle.
Le prochain indicateur à surveiller sera l’exécution : contrats signés, chantiers lancés, centrales raccordées et production réellement injectée. Les débats parlementaires sur le budget et les mesures fiscales concernant les équipements renouvelables éclaireront aussi les moyens mobilisés. Pour les Tunisiennes et les Tunisiens, la réussite ne se mesurera donc pas uniquement au pourcentage annoncé, mais à la fiabilité de l’approvisionnement et à la possibilité, pour différents types de consommateurs, de prendre part à cette évolution.