À Lyon, une installation du sculpteur togolais Kokou Ferdinand Makouvia invite les visiteurs à regarder autrement la terre, le cuivre et les objets qui les entourent. Son travail ne présente pas la matière comme un simple outil : il explore ce qu’elle peut raconter, retenir et faire émerger.
De Lomé aux scènes internationales
Né en 1989 à Lomé, Makouvia a étudié au Togo, puis à Abidjan, en Côte d’Ivoire, avant de poursuivre sa formation artistique en France, notamment à Valenciennes et à Paris. Ce parcours relie plusieurs espaces de création, sans réduire son œuvre à une seule origine géographique. La biographie publiée par la Galerie Sator confirme ces étapes et documente ses expositions.
Cette circulation entre pays se retrouve dans son parcours d’exposition. Ses œuvres ont notamment été présentées à la Biennale de Dakar et à la Congo Biennale de Kinshasa en 2022. Ces rendez-vous inscrivent son travail dans des réseaux artistiques africains, tout en le mettant en relation avec des institutions et des publics d’autres régions du monde.
Au Togo, Lomé reste un point d’ancrage important pour la vie culturelle et les artistes. Mais le parcours de Makouvia montre aussi que les carrières se construisent par des échanges entre écoles, ateliers, résidences et biennales, plutôt qu’à l’intérieur d’une seule capitale. Pour les artistes togolais, ces circulations peuvent ouvrir des espaces de visibilité ; elles ne remplacent pas pour autant les lieux de création et les publics du pays.
Une œuvre façonnée par les matériaux
À Lyon, son installation, intitulée « Ontologie du mouvement projeté », prend place au Musée des Tissus et des Arts décoratifs dans le cadre de la Biennale d’art contemporain. Le portrait officiel de l’artiste par la Biennale décrit une pratique qui associe sculpture et installation, et mobilise notamment le bois, le caoutchouc, le papier et le cuivre.
Les œuvres occupent l’espace de plusieurs façons : certaines s’accrochent aux murs, d’autres reposent au sol ou sont suspendues. La terre et le cuivre y côtoient des formes qui semblent en équilibre, entre ancrage et mouvement. Le visiteur ne découvre donc pas seulement des objets isolés. Il traverse un environnement où l’architecture, la lumière et la disposition des pièces participent à l’expérience.
Makouvia explique sa méthode comme un dialogue avec la matière. Il ne s’agit pas de lui imposer d’emblée une forme, mais d’observer ses résistances, ses possibilités et les relations qu’elle permet. Dans le propos rapporté par la documentation de l’exposition, l’artiste demande au matériau comment il souhaite être nommé. Cette formule exprime une approche attentive, où le geste de création se construit par étapes.
Ce principe donne aussi une place aux histoires contenues dans les objets. Pour la Biennale, les matériaux peuvent porter des mémoires, des énergies et des récits. L’argile, le papier ou le fil de cuivre ne sont donc pas de simples choix esthétiques. Ils contribuent à donner aux œuvres leur forme et leurs associations, sans enfermer le sens dans une explication unique.
Entre mémoire, spiritualité et présent
Le travail de Makouvia met en relation des temporalités différentes : le passé, le présent et ce qui reste à imaginer. Sa pratique fait place à une dimension spirituelle, notamment à travers des références aux souvenirs et à la culture Mina du Togo. La présentation de la Fondation Salomon situe ces références dans son exploration du visible et de l’invisible.
Cette dimension ne transforme pas les œuvres en illustrations d’une tradition figée. Elle s’inscrit dans une recherche contemporaine, nourrie par les déplacements et les rencontres de l’artiste. Les formes peuvent évoquer des liens entre les êtres, les lieux et les générations, tout en laissant au public la liberté de construire sa propre lecture.
Le choix de matériaux ordinaires ou transformés contribue à cette ouverture. Il déplace la frontière entre ce qui serait noble ou secondaire, solide ou fragile, naturel ou fabriqué. Une installation suspendue par des fils, par exemple, rend visible l’équilibre précaire qui relie les éléments. Le regard se porte alors autant sur les matériaux que sur les tensions qui les assemblent.
Les biennales comme espaces de circulation
La Biennale de Lyon donne à cette démarche un cadre international, mais elle ne constitue pas son seul horizon. La présence de l’artiste à Dakar et à Kinshasa rappelle le rôle des événements artistiques organisés sur le continent dans la circulation des œuvres et des idées. Ces rendez-vous permettent aux artistes de se confronter à des publics variés et de nouer des échanges professionnels au-delà des frontières nationales.
Pour les artistes togolais, l’enjeu est aussi de faire entendre leurs propositions dans des espaces où l’art africain contemporain n’est pas réduit à un seul récit. Makouvia y contribue par une œuvre qui parle de matière, de mémoire et de relations, sans prétendre représenter à lui seul le Togo ou l’Afrique de l’Ouest. Cette distinction compte : les scènes artistiques du continent sont diverses, et les trajectoires individuelles ne résument pas leurs pays.
À mesure que les expositions rapprochent des œuvres conçues dans des contextes différents, une question demeure : comment assurer des échanges durables entre les lieux de création africains et les grandes institutions internationales ? La carrière de Makouvia montre l’importance des parcours transnationaux, mais aussi celle de reconnaître les étapes et les réseaux qui se construisent sur le continent. À Lyon, son installation propose une réponse sensible, sans discours imposé : prendre le temps d’observer ce que les matières font ensemble.