Un cas détecté à Abuja peut mobiliser des équipes sanitaires à des milliers de kilomètres. La flambée d’Ebola Bundibugyo partie de l’est de la République démocratique du Congo (RDC) atteint désormais le Nigeria, reliant en quelques mois l’Afrique centrale, l’Afrique de l’Est et l’Afrique de l’Ouest.

Un foyer encore actif dans l’est congolais

La RDC reste le principal foyer connu. Au 19 octobre 2026, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recensait 9 637 cas confirmés et 4 646 décès dans le pays, répartis dans 66 zones de santé et huit provinces. Ces chiffres évoluent avec les investigations et peuvent être révisés. L’Ituri concentre la plus grande part des cas, tandis que des transmissions persistent notamment au Nord-Kivu et au Haut-Uélé.

Cette propagation se déroule dans des territoires où l’insécurité, les déplacements de population et l’accès humanitaire difficile compliquent la surveillance et les soins. Les effets ne sont pas les mêmes partout : les habitants des zones éloignées doivent parfois parcourir de longues distances pour consulter, tandis que les structures de santé urbaines peuvent être exposées lorsqu’un cas y est pris en charge avant d’être identifié.

La flambée a débuté en mai 2026. Il s’agit de la 17e épidémie d’Ebola signalée en RDC, selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies. Le pays a connu d’autres flambées, dont celle de 2018-2020 dans l’est. Mais le virus Bundibugyo, distinct de la souche Zaïre, ne dispose actuellement ni de vaccin homologué ni de traitement spécifique autorisé. La détection précoce, l’isolement et le suivi des contacts restent donc essentiels.

À Abuja, une infection confirmée, pas encore de transmission établie

Le ministère fédéral nigérian de la Santé a annoncé le 20 octobre la confirmation en laboratoire d’un cas dans le Territoire de la capitale fédérale, où se trouve Abuja. La patiente, une femme récemment passée par l’Ouganda, a développé des symptômes le 7 octobre, quatre jours après son arrivée au Nigeria. Elle a consulté dans un établissement privé le 11 octobre et reçoit des soins en isolement.

Les autorités ont identifié 44 contacts et les surveillent. Elles cherchent encore à reconstituer les déplacements et les expositions de la patiente pour déterminer où l’infection a eu lieu. Le Centre nigérian de contrôle et de prévention des maladies a activé son mécanisme de gestion des incidents. À la date de l’annonce, les informations publiques ne faisaient pas état d’une transmission secondaire confirmée au Nigeria.

Le Nigeria est le cinquième pays touché par cette flambée, après la RDC, l’Ouganda, le Kenya et la France, où un professionnel de santé évacué avait été testé positif en juin. L’Ouganda a ensuite déclaré la fin de son épisode, après 42 jours sans nouveau cas confirmé. Au Kenya, en revanche, un cas importé détecté début octobre a été suivi de nouvelles infections parmi des proches et des soignants. Le rapport de l’OMS publié avec des données arrêtées au 19 octobre souligne l’extension du foyer kényan.

Une réponse qui doit suivre les mobilités

La confirmation au Nigeria place la vigilance ouest-africaine au premier plan. Elle ne signifie pas qu’une épidémie s’y est installée. Elle exige toutefois des enquêtes rapides, des laboratoires capables d’identifier cette souche, un suivi rigoureux des contacts et des mesures de prévention dans les établissements de santé. Les contrôles aux frontières peuvent contribuer à repérer des symptômes, mais ils ne remplacent ni les soins accessibles ni la surveillance dans les communautés.

Les déplacements entre la RDC, l’Ouganda et le Kenya montrent aussi pourquoi une réponse limitée aux frontières nationales serait insuffisante. Le commerce, les voyages familiaux et les activités professionnelles créent des itinéraires multiples. Une coordination régionale doit donc permettre de partager rapidement les alertes, les résultats de laboratoire et les informations utiles au suivi, sans interrompre inutilement les échanges ni stigmatiser les voyageurs.

Le précédent ouest-africain de 2014-2016 fournit des repères, sans rendre les deux situations identiques. La Guinée, le Liberia et la Sierra Leone avaient alors connu une épidémie majeure. Le Nigeria et le Sénégal avaient aussi détecté des cas, puis contenu la transmission. Cette expérience souligne l’importance de repérer tôt les infections et de protéger les soignants, tout en adaptant les mesures à la souche et au contexte actuels.

Le prochain rendez-vous continental

La crise concerne plusieurs espaces régionaux : la RDC est au cœur des enjeux d’Afrique centrale et orientale, tandis que le Nigeria joue un rôle majeur en Afrique de l’Ouest. L’Union africaine dispose d’un outil de coordination sanitaire avec Africa CDC, son agence spécialisée. Celle-ci a qualifié la flambée d’urgence de santé publique de sécurité continentale le 18 mai.

Le 21 octobre, Africa CDC a annoncé une réunion virtuelle des ministres africains de la Santé pour le 28 octobre. Les échanges doivent porter sur la coordination transfrontalière, l’appui aux pays concernés et la préparation des autres États. Cette échéance donnera une indication concrète de la capacité des gouvernements à mutualiser les alertes et les moyens, alors que l’épidémie reste active en RDC et que des cas ont été signalés dans plusieurs régions du continent.

Pour les Congolais, l’enjeu immédiat demeure la maîtrise des chaînes de transmission dans les provinces touchées et l’accès des équipes aux communautés. Pour les pays voisins, il s’agit de détecter rapidement tout cas importé et d’assurer une prise en charge sans délai. Le bilan de la riposte dépendra autant de la coopération entre États que de la confiance des populations envers les services de santé.