Dans la région de Ménaka, à l’extrême nord-est du Mali, les familles vivant dans des campements isolés se retrouvent une nouvelle fois prises au piège des rivalités armées. Les attaques du dimanche 18 octobre rappellent combien la protection des civils reste difficile loin des centres urbains.

Un bilan lourd, encore à préciser

Plus de 40 civils ont été tués lors d’attaques visant des campements dans la région de Ménaka, selon des sources sécuritaires et locales. Les assaillants seraient arrivés à moto. Les faits rapportés concernent notamment Tinabow et la zone de Tagadayat, à environ 50 kilomètres de la ville de Ménaka.

Le bilan n’est pas identique selon les témoignages disponibles. Des sources sécuritaires évoquent une quarantaine de morts, principalement des hommes. Le Bureau exécutif de la communauté Idaksahak a, lui, annoncé au moins 48 victimes à Tagadayat. En l’absence de bilan officiel consolidé, ces chiffres doivent rester attribués.

La même organisation communautaire accuse le groupe État islamique d’être responsable. À ce stade, cette attribution n’est pas une revendication vérifiée de l’attaque. Une source sécuritaire basée à Gao avance une possible logique de représailles, en lien avec des opérations militaires récentes et des attaques du Mouvement pour le salut de l’Azawad (MSA). Cette explication reste elle aussi à confirmer.

Des familles auraient fui vers la ville de Ménaka. Si ces déplacements se confirment, ils pèseront sur les services et les ressources d’une ville qui accueille déjà des habitants déplacés par l’insécurité. Les informations disponibles ne permettent pas encore de mesurer précisément l’ampleur des départs ni les besoins des personnes touchées.

Ménaka, au croisement de plusieurs rapports de force

La région est marquée par la présence de groupes armés aux objectifs différents : organisations jihadistes, mouvements politiques et militaires locaux, forces maliennes et réseaux criminels. Les alliances peuvent évoluer. Un groupe qui combat un adversaire dans une zone peut aussi être engagé dans des tensions avec d’autres acteurs, ce qui rend l’établissement des responsabilités particulièrement délicat.

Le MSA est issu de la communauté daoussahak et figure parmi les groupes armés locaux proches des autorités de Bamako. Cette proximité donne une dimension politique supplémentaire aux accusations de représailles, sans suffire à démontrer leur lien avec les attaques. Il importe donc de distinguer les faits rapportés, les accusations communautaires et les hypothèses avancées par des sources sécuritaires.

La crise malienne dure depuis 2012. Les coups d’État de 2020 et 2021 ont ensuite redessiné les choix politiques et sécuritaires du pays. Les autorités militaires ont renforcé leur coopération avec la Russie, tandis que les relations avec plusieurs partenaires internationaux se sont transformées. Mais, dans le nord-est, la présence de forces et d’opérations militaires ne garantit pas à elle seule la sécurité des campements éloignés.

La région de Ménaka a déjà connu des violences contre des civils et des affrontements entre groupes armés. Une enquête des Nations unies sur les événements de mars 2022 dans plusieurs localités du cercle d’Andéramboukane avait établi la mort d’au moins 157 civils. Ce précédent ne permet pas de conclure sur les auteurs des attaques récentes, mais il souligne la répétition du risque pour les populations locales.

Des conséquences qui dépassent le bilan immédiat

Pour les habitants des campements, l’urgence est concrète : se mettre à l’abri, retrouver des proches et accéder aux soins. Les femmes, les enfants et les personnes âgées peuvent être particulièrement exposés lors d’une fuite précipitée. Les commerçants et éleveurs, eux, risquent de perdre leurs biens ou leurs moyens de subsistance lorsque les déplacements coupent l’accès aux marchés et aux pâturages.

La distance entre les campements et Ménaka complique aussi l’arrivée rapide des secours et la vérification indépendante des faits. Dans ces conditions, la protection des civils dépend autant de la capacité à prévenir de nouvelles attaques que de l’accès humanitaire, du suivi des déplacements et d’enquêtes impartiales. Les autorités maliennes n’avaient pas encore communiqué de bilan consolidé au moment des informations disponibles.

À l’échelle régionale, la situation concerne un espace sahélien où les violences et les déplacements franchissent les frontières. Le Mali appartient à l’Alliance des États du Sahel avec le Burkina Faso et le Niger, tandis que son retrait de la CEDEAO — la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest — a modifié le cadre de coopération régionale. Ces évolutions rendent d’autant plus importantes les coordinations concrètes sur la sécurité des populations et l’aide aux personnes déplacées.

La prochaine étape sera de vérifier le bilan, d’établir les responsabilités et de préciser les besoins des familles ayant rejoint Ménaka. Pour les civils de cette région, l’enjeu ne se limite pas à contenir une attaque : il est de pouvoir vivre, circuler et accéder aux services sans être pris pour cible en raison de leur lieu de résidence ou de leur appartenance communautaire.