Un témoin qui dit craindre pour sa sécurité peut-il déposer sereinement devant une juridiction militaire ? Au Cameroun, cette question s’est imposée après la brève interpellation du lieutenant-colonel Ayissi Nanga Parfait, attendu dans le procès de l’assassinat du journaliste Martinez Zogo.

Une affaire judiciaire suivie de près à Yaoundé

Depuis la mort de Martinez Zogo en janvier 2023, l’enquête et le procès mettent en jeu des responsables des services de renseignement et des personnalités connues. Le tribunal militaire de Yaoundé instruit le dossier. En septembre 2026, le quotidien public Cameroon Tribune rapportait la déposition d’un 35e témoin, le lieutenant-colonel Dieudonné Bialo, sur le travail de recherche judiciaire mené après la disparition du journaliste.

Cette procédure s’inscrit dans un contexte où la confiance dans les institutions judiciaires et la protection des témoins sont scrutées au-delà du Cameroun. Le pays appartient à la CEMAC, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale. Mais le dossier relève d’abord de la justice nationale : aucun élément ne permet d’attribuer un rôle à l’organisation régionale dans cette procédure.

Une chronologie qui soulève des questions

Le 13 octobre, Ayissi Nanga s’est présenté devant le tribunal militaire et a demandé une protection avant sa déposition. Le lieutenant-colonel aurait déclaré craindre pour sa vie. Le média camerounais StopBlaBlaCam rapporte que le tribunal a demandé au parquet de le protéger. Ces éléments proviennent de comptes rendus médiatiques ; ils ne constituent pas, à eux seuls, une évaluation indépendante des menaces évoquées.

Quatre jours plus tard, le samedi 17 octobre, l’officier a été interpellé et conduit au Secrétariat d’État à la Défense (SED), selon plusieurs médias camerounais. Il a été libéré le lendemain. Au 20 octobre, aucun motif officiel de cette interpellation n’a été rendu public dans les informations consultées. L’affirmation selon laquelle sa libération aurait été ordonnée par le président Paul Biya n’est pas confirmée par une communication officielle accessible et doit donc rester attribuée aux médias qui la rapportent.

Le rapprochement temporel entre sa demande de protection et son interpellation nourrit les interrogations. Il ne prouve cependant pas que l’une ait causé l’autre, ni que l’opération visait à influencer son témoignage. Le site camerounais 237online relève deux lectures opposées : certains commentateurs évoquent une possible pression sur le témoin ; un autre récit affirme que l’interpellation serait liée à des questions distinctes. Aucun document officiel cité ne permet de trancher.

La liberté de témoigner, enjeu central

Des enregistrements audio attribués à Ayissi Nanga ont aussi circulé en ligne avant son interpellation. Leur authenticité et leur contexte n’ayant pas été établis de façon indépendante, leur contenu ne peut servir à conclure sur les raisons de l’opération. De même, les soupçons d’intimidation exprimés par des observateurs ne sont pas des faits judiciairement établis.

La question concrète est désormais celle des conditions de sa comparution. Une personne inscrite comme témoin doit pouvoir répondre aux questions sans pression, tout en bénéficiant des garanties prévues par la procédure. Il appartient au tribunal et au parquet d’éclaircir le statut de l’officier, le motif de son interpellation et les mesures de protection envisageables. Ces clarifications permettraient aussi de distinguer une démarche relevant d’une enquête séparée d’une action susceptible d’affecter le procès.

La situation concerne d’abord le témoin et sa sécurité. Elle touche également les parties civiles, la défense et les accusés, dont les droits dépendent d’une procédure lisible et contradictoire. Pour les Camerounais qui suivent l’affaire, le manque d’explication officielle laisse place aux spéculations. Une information attribuée, vérifiable et régulièrement actualisée est donc essentielle ; elle ne remplace pas les actes de justice, mais aide à éviter que des hypothèses deviennent des certitudes.

Le rendez-vous judiciaire du 26 octobre

Les audiences suivantes étaient annoncées pour les 26 et 27 octobre 2026. La comparution éventuelle d’Ayissi Nanga et les conditions dans lesquelles il pourrait déposer seront des points à surveiller. Le calendrier peut toutefois évoluer selon les décisions de la juridiction.

À l’échelle de l’Afrique centrale, l’affaire rappelle un enjeu institutionnel qui dépasse un seul procès : la manière dont les juridictions traitent les témoignages sensibles et rendent compte de leurs décisions. Pour l’heure, la prudence s’impose. L’interpellation et la libération sont rapportées par plusieurs médias ; l’intention qui les aurait motivées, elle, reste inconnue publiquement.