De la Corne de l’Afrique aux Grands Lacs, plusieurs tensions distinctes mettent à l’épreuve les mêmes équilibres : la sécurité des populations, la confiance dans les institutions et la capacité des États à contenir les crises sans les exporter. Cette semaine, les nouvelles venues de Djibouti, de la République démocratique du Congo et de la région du Tigré montrent aussi combien les décisions politiques se répercutent loin des capitales.
Dans les Grands Lacs, une coalition qui change le rapport de force
En République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila a annoncé, le 12 octobre à Goma, la création du Front pour la refondation de la nation (FRN). L’ancien président, qui a dirigé le pays de 2001 à 2019, s’associe à des responsables de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), plateforme politico-militaire liée au Mouvement du 23 mars (M23), groupe armé actif dans l’est du pays.
Le nouveau front affirme vouloir combattre le pouvoir de Félix Tshisekedi « par tous les moyens, y compris la force ». La déclaration annonce que le FRN succède à l’AFC. Elle ne précise toutefois pas clairement le statut du M23 dans la nouvelle structure. Ces éléments figurent dans le texte fondateur, dont Actualite.cd a rapporté le contenu. L’annonce de la coalition a également été confirmée par l’Associated Press.
Cette alliance donne une dimension politique nationale à une rébellion déjà implantée dans plusieurs zones de l’est congolais. Kinshasa accuse depuis plusieurs années Joseph Kabila de soutenir le mouvement ; l’ancien président conteste les accusations portées contre lui. La nouveauté est désormais publique : des acteurs armés et une figure majeure de l’ancienne classe dirigeante s’affichent dans un même projet.
Pour les habitants du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, l’enjeu immédiat reste la sécurité, l’accès aux services et la possibilité de rentrer chez eux. Pour le gouvernement, la coalition complique la réponse à une crise militaire qui a aussi un volet diplomatique régional. Des négociations entre Kinshasa et l’AFC/M23 sont engagées à Doha. Reste à savoir si le changement de bannière modifiera les interlocuteurs et les conditions de ces discussions, ou s’il durcira les positions.
Corne de l’Afrique : la reprise des combats inquiète les voisins
Plus au nord, les tensions entre l’Éthiopie et l’Érythrée se sont aggravées autour du Tigré, région éthiopienne frontalière de l’Érythrée. Addis-Abeba accuse Asmara d’y déployer des troupes et de soutenir ses adversaires. Le gouvernement érythréen rejette ces accusations et affirme que l’Éthiopie mène une guerre contre son pays. Ces déclarations restent celles des deux gouvernements : leur vérification indépendante demeure difficile.
Les tensions se superposent à la reprise des combats entre les forces fédérales éthiopiennes et le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), après la guerre de 2020 à 2022. L’accord de Pretoria, signé en novembre 2022 sous l’égide de l’Union africaine, avait établi une cessation des hostilités. La Commission africaine des droits de l’homme s’inquiète d’une nouvelle escalade et appelle les parties à protéger les civils et à respecter cet accord.
Le différend dépasse le Tigré. L’Éthiopie, pays sans littoral depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1993, réclame un accès à la mer Rouge. Asmara voit cette ambition comme une menace pour sa souveraineté. Dans une région déjà traversée par des rivalités autour des ports, du Nil et des alliances politiques, une confrontation entre les deux voisins pourrait peser sur l’ensemble de la Corne de l’Afrique. L’Union africaine a appelé à la retenue et au dialogue diplomatique.
Au large de Djibouti, une route migratoire meurtrière
Le drame survenu au large de Djibouti rappelle le coût humain de la route maritime vers le Yémen et la péninsule Arabique. Dans la nuit du 8 au 9 octobre, une embarcation transportant 305 personnes a chaviré près de Guhere, au nord d’Obock. Au 11 octobre, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) faisait état d’au moins 139 morts et de 84 personnes portées disparues. Elle indiquait que 82 personnes avaient survécu. Le bilan est attribué à l’organisation et peut évoluer avec les recherches.
Cette traversée, sur le détroit de Bab el-Mandeb, est empruntée par des migrants de la Corne de l’Afrique qui espèrent rejoindre le Yémen puis les pays du Golfe. La guerre au Yémen n’a pas interrompu ces départs. Les personnes secourues sont prises en charge à Obock, tandis que les familles restent confrontées à l’attente et, parfois, à l’impossibilité d’identifier les disparus. L’OIM a confirmé les premiers chiffres dans son bilan publié le 11 octobre.
Le naufrage met en lumière les risques d’un trajet où les passeurs, la surcharge des embarcations et l’absence de voies sûres exposent les voyageurs à la mort. Il ne résume pas les mobilités de la région, mais souligne l’urgence de mieux protéger les personnes en transit et de coordonner les secours entre pays de départ, de passage et de destination.
Afrique du Sud : le débat sur l’asile ne se réduit pas aux manifestations
En Afrique du Sud, des manifestations contre l’immigration ont accompagné le retrait d’une directive administrative sur le traitement des demandes d’asile. Le ministère de l’Intérieur a annoncé cette décision le 9 octobre. Il a expliqué que la directive, publiée fin septembre, visait à appliquer une décision de la Cour constitutionnelle, mais qu’elle avait été prise sans consultation du ministre.
Ce retrait n’a pas mis fin aux protestations. Des rassemblements à Durban et Johannesburg ont dégénéré en violences et perturbé le fonctionnement de centres d’accueil, selon des comptes rendus de presse. La question se situe au croisement de la capacité des services publics à traiter les demandes, du respect des droits des demandeurs d’asile et des tensions politiques autour de l’immigration. Le retrait d’une circulaire ne règle ni les difficultés administratives ni les risques de violences contre les personnes étrangères.
Une détention qui ravive la question de la liberté de la presse
En Algérie, le journaliste sportif français Christophe Gleizes approche des 500 jours de détention. Ses parents et Reporters sans frontières ont appelé les autorités françaises à intervenir en faveur de sa libération. Le journaliste a été condamné à sept ans de prison en juin 2025, selon RSF, qui conteste les motifs de sa condamnation.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte de relations sensibles entre Paris et Alger. Les appels de la famille expriment leur inquiétude, mais ne préjugent pas des décisions judiciaires ou diplomatiques à venir. Pour les médias et les défenseurs de la liberté de la presse, le dossier rappelle l’importance de garanties judiciaires et de la protection des journalistes, y compris lorsqu’ils travaillent sur des sujets politiquement sensibles.
Dans les prochains jours, plusieurs repères seront à suivre : l’évolution des pourparlers sur l’est de la RDC, la mise en œuvre de l’accord de Pretoria en Éthiopie et les suites données aux recherches au large de Djibouti. Dans chaque dossier, l’enjeu ne se limite pas aux déclarations des dirigeants : il se mesure aussi à la sécurité, aux droits et aux possibilités concrètes offertes aux populations.