En République démocratique du Congo, cinq mois après le premier signalement officiel, Ebola ne se limite plus à l’Ituri. La maladie touche désormais sept provinces. Cette extension met à l’épreuve le dépistage, le suivi des contacts et la capacité des équipes à soigner les malades assez tôt.

Une flambée qui dépasse l’épicentre de l’Ituri

Le ministère congolais de la Santé a déclaré l’épidémie le 15 mai 2026, après confirmation du virus Bundibugyo par l’Institut national de recherche biomédicale (INRB), à Kinshasa. Le 17 mai, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a qualifié l’événement d’urgence de santé publique de portée internationale. Cette procédure vise à renforcer la coopération entre pays face à une menace sanitaire transfrontalière. Il s’agit de la 17e épidémie d’Ebola recensée en RDC depuis l’identification du virus en 1976.

Au 13 octobre, les autorités congolaises faisaient état de 9 066 cas confirmés et de 4 381 décès. Les infections avaient été signalées dans 65 zones de santé réparties entre l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé, le Bas-Uélé, la Tshopo et le Sud-Ubangi. Ce bilan, publié par les autorités et rapporté par l’agence Associated Press, décrit une situation évolutive : les cas confirmés ne comprennent pas nécessairement toutes les infections.

L’Ituri demeure le foyer principal, mais l’extension géographique change la nature de la riposte. Les autorités sanitaires doivent détecter les cas dans des territoires éloignés, suivre des personnes mobiles et coordonner les équipes au-delà des limites provinciales. Les déplacements, les difficultés d’accès aux soins et l’insécurité dans certaines zones compliquent ces tâches. Ils ne rendent pas la transmission inévitable, mais peuvent retarder le diagnostic et le transfert vers une structure adaptée.

Le Bundibugyo impose des réponses adaptées

Le virus Bundibugyo est une espèce distincte des virus Ebola plus souvent associés aux grandes flambées en RDC. Les vaccins et traitements développés contre certaines autres espèces ne peuvent pas être considérés automatiquement comme efficaces contre lui. Au lancement de l’épidémie, l’OMS indiquait que les contre-mesures médicales spécifiques restaient limitées. La souche rend donc la recherche clinique particulièrement importante, sans remplacer les mesures éprouvées de prévention et de prise en charge.

Dans les centres de traitement, le travail consiste à isoler les personnes malades, confirmer le diagnostic, soigner les symptômes et prévenir les infections chez les soignants comme chez les proches. L’hygiène des mains, les équipements de protection et des circuits séparés pour les patients réduisent les risques de transmission. Mais l’efficacité de ces mesures dépend aussi de leur accessibilité et de la confiance des communautés envers les équipes.

Le suivi des contacts est un autre maillon essentiel. Après l’identification d’un cas, les agents de santé recherchent les personnes exposées et surveillent leur état. Une liste incomplète ou un contact difficile à joindre peut retarder l’isolement d’un nouveau malade. À l’inverse, une communication claire aide les familles à signaler les symptômes et à demander des soins sans attendre que l’état s’aggrave.

Des essais pour protéger les personnes exposées

À Kinshasa, l’INRB participe à l’essai clinique EBO-PEP, qui évalue l’obeldesivir comme prophylaxie post-exposition. Cette approche consiste à tester un antiviral chez des personnes récemment exposées au virus, avant qu’elles ne développent la maladie. L’essai, lancé avec des partenaires de recherche et l’ONG ALIMA, ne signifie pas que le médicament est déjà reconnu comme efficace contre le Bundibugyo. Ses résultats doivent précisément établir s’il apporte une protection et dans quelles conditions.

Le protocole cible des contacts considérés comme à haut risque. Il complète, plutôt qu’il ne remplace, la surveillance des symptômes, les tests, l’orientation rapide vers les soins et les précautions destinées à éviter de nouvelles expositions. La recherche doit également protéger les participants : leur expliquer les incertitudes, recueillir leur consentement et suivre attentivement les effets du produit étudié.

Les survivants ont aussi besoin d’un suivi après leur guérison. Celui-ci peut répondre à des besoins médicaux et psychosociaux et aider les équipes à comprendre les séquelles éventuelles. Il doit se faire sans stigmatisation : une personne guérie ne doit pas être réduite à son ancienne infection. L’accompagnement des survivants et la prévention auprès de leurs proches s’appuient sur des conseils individualisés et des informations médicales fiables.

Une réponse nationale, un enjeu régional

La propagation entre provinces appelle une coordination entre le ministère de la Santé, l’INRB, l’Institut national de santé publique, les équipes locales et les partenaires de terrain. Les données de surveillance doivent circuler assez vite pour orienter les tests, les équipes et les ressources. Cependant, les chiffres nationaux ne racontent pas à eux seuls les écarts entre la capitale et les zones rurales, ni les contraintes rencontrées par les structures de première ligne.

La dimension régionale est déjà concrète. En mai, l’OMS a associé la RDC et l’Ouganda à sa déclaration d’urgence internationale. La proximité des frontières et les déplacements rendent utiles l’échange d’informations et la préparation des services de santé dans les pays voisins. Cette coordination ne suppose pas que les populations frontalières soient une menace : elle vise à repérer rapidement les cas et à assurer des soins sans interrompre inutilement les échanges quotidiens.

Pour les Congolais, l’enjeu immédiat reste l’accès à un dépistage rapide, à des soins proches et à des informations compréhensibles. Pour les chercheurs, il est de produire des preuves sur une souche peu étudiée. Pour les autorités, il est de maintenir une riposte cohérente dans sept provinces, tout en renforçant la confiance locale. Les prochaines données épidémiologiques et les résultats des essais aideront à mesurer si ces efforts freinent la transmission et améliorent la protection des personnes exposées.