Une baisse annuelle ne suffit pas à protéger une forêt. Pour les pays du bassin du Congo, l’enjeu est de maintenir les arbres debout tout en répondant aux besoins d’énergie, d’alimentation, d’emplois et d’infrastructures. Les nouvelles estimations mondiales montrent un recul des pertes en 2025, mais l’Afrique tropicale ne suit pas cette amélioration.
Un recul mondial, loin de la trajectoire 2030
Plus de 140 pays ont promis en 2021 de stopper et d’inverser la déforestation et la dégradation des terres d’ici 2030. Cette déclaration a été prise lors du sommet climatique de Glasgow. Cinq ans plus tard, les résultats restent éloignés de l’objectif.
Le Forest Declaration Assessment 2026 estime qu’un peu plus de 7 millions d’hectares de forêts ont été détruits dans le monde en 2025, soit 15 % de moins qu’en 2024. Mais les pertes cumulées depuis 2021 dépassent de 10,7 millions d’hectares le niveau compatible avec la trajectoire vers 2030. Une année moins destructrice marque un progrès, pas encore un changement durable de tendance. Les données du Forest Declaration Assessment 2026
La comparaison régionale révèle des évolutions opposées. En Amérique latine tropicale et dans les Caraïbes, les pertes sont estimées à 2,54 millions d’hectares en 2025, en baisse de 28 % sur un an. En Asie tropicale, elles atteignent environ 1,6 million d’hectares. Le rapport attribue une partie du recul mondial à la diminution des pertes après les feux exceptionnels de 2024. Il ne conclut pas pour autant que les pressions de fond ont disparu.
Le bassin du Congo face à des mesures différentes
En Afrique tropicale, le rapport évalue la déforestation à 2,43 millions d’hectares en 2025, soit une hausse de 1,4 % par rapport à l’année précédente. Il situe les pertes du bassin du Congo à près de 2,4 millions d’hectares, presque au niveau de celles de l’Amazonie. Ce rapprochement attire l’attention sur une région qui abrite la deuxième grande forêt tropicale du monde.
Ces chiffres doivent toutefois être lus avec prudence. Une autre publication, portée par l’Initiative pour les forêts d’Afrique centrale et Rainforest Foundation Norway, estime que la perte de couvert forestier dans le bassin a diminué de 6 % en 2025 par rapport à 2024, tout en restant 2 % au-dessus de sa moyenne quinquennale. Les indicateurs ne recouvrent pas nécessairement les mêmes phénomènes : perte de couvert, déforestation permanente et dégradation ne sont pas interchangeables. Les deux résultats décrivent donc des mesures distinctes, plutôt qu’une contradiction qu’on pourrait trancher sans examiner les méthodes. L’analyse régionale de l’Initiative pour les forêts d’Afrique centrale
Le bassin traverse plusieurs pays d’Afrique centrale, dont la République démocratique du Congo, la République du Congo, le Gabon, le Cameroun et la République centrafricaine. Les pressions et les politiques varient d’un pays à l’autre. Les moyennes régionales ne disent donc pas, à elles seules, où les pertes se concentrent ni qui en supporte les coûts.
Des forêts peuvent rester debout tout en se dégradant
Le nombre d’hectares entièrement déboisés ne mesure qu’une partie du problème. Le rapport estime qu’en 2024, au moins 65,4 millions d’hectares de forêts dans le monde ont basculé vers une catégorie d’intégrité écologique inférieure. Cela signifie qu’elles ont perdu une partie de leur biodiversité ou de leur capacité à stocker du carbone et à fournir des ressources.
Dans les zones rurales, cette dégradation peut affecter les ressources dont dépendent les habitants. Elle fragilise aussi les fonctions écologiques dont bénéficient les villes et les activités économiques. Le Panel scientifique pour le bassin du Congo, composé principalement de chercheurs de la région, souligne l’importance d’améliorer les connaissances sur les écosystèmes et les dynamiques sociales du bassin. Son évaluation rappelle que les décisions forestières doivent tenir compte à la fois de la conservation, des moyens de subsistance et du développement. Les travaux du Panel scientifique pour le bassin du Congo
Les moteurs économiques restent présents
La demande de produits agricoles, d’aliments pour animaux et de bioénergie pousse à convertir des terres. Les routes et les activités extractives ouvrent également de nouveaux fronts. Selon les travaux cités dans l’évaluation mondiale, entre 61 % et 94 % de la déforestation tropicale liée à l’agriculture commerciale pourrait être illégale. Cette fourchette est large : elle signale l’ampleur possible du phénomène, mais ne constitue pas un taux uniforme pour chaque pays ou chaque filière.
La finance compte aussi. Les investissements dans la conservation coexistent avec des soutiens publics et privés qui favorisent d’autres usages des terres. Le rapport indique que plus de 60 % des pays examinés n’avaient pas encore imposé aux banques ou aux assurances de publier les risques liés à la déforestation. Sans transparence sur ces expositions, les engagements des institutions financières sont difficiles à vérifier.
Les effets ne sont pas répartis également. Les gouvernements doivent arbitrer entre recettes, équipements et protection des territoires. Les entreprises cherchent des ressources et des chaînes d’approvisionnement stables. Les communautés rurales et les peuples autochtones peuvent, eux, subir directement la restriction d’accès aux terres ou la disparition de ressources, sans bénéficier dans les mêmes proportions des revenus tirés de leur exploitation. La reconnaissance de leurs droits et leur participation aux décisions influent donc sur la durabilité des politiques forestières.
Le prochain test sera celui de la mise en œuvre
À l’échelle continentale, les résultats rappellent que les engagements mondiaux ne produisent pas partout les mêmes effets. Pour les pays du bassin du Congo, la question est autant régionale que nationale : les écosystèmes traversent les frontières, tandis que les règles d’aménagement, les contrôles et les choix économiques sont principalement décidés par chaque État.
Les prochaines évaluations devront distinguer clairement déforestation permanente, perte de couvert et dégradation, puis suivre les évolutions pays par pays. Il faudra aussi vérifier si la baisse des pertes observée dans certaines régions se maintient et si les obligations de transparence financière progressent. Le cap de 2030 reste fixé ; les chiffres de 2025 montrent que, pour l’atteindre, un recul ponctuel ne suffira pas.