À Bunia, capitale de l’Ituri, les soins contre Ebola ne se résument pas à isoler les malades. Les femmes enceintes ont aussi besoin d’un suivi obstétrical, parfois dans un centre où les soignants doivent se protéger à chaque geste. Cette réalité prend un relief particulier alors que la flambée actuelle s’étend bien au-delà de la ville.

À Bunia, soigner exige aussi de préserver les autres soins

Le témoignage du gynécologue congolais Leki Taji rappelle une difficulté concrète : les patientes atteintes d’Ebola peuvent avoir besoin de soins liés à la grossesse et à l’accouchement, en plus de la prise en charge de l’infection. Selon le récit fourni, le médecin, lui-même survivant d’Ebola, a choisi de poursuivre son travail auprès de patientes hospitalisées au centre de traitement de l’hôpital général de référence de Bunia.

Il décrit la peur et l’incertitude vécues par les malades, mais aussi la nécessité de rester auprès d’elles. Son expérience souligne une tension au cœur des soins d’urgence : limiter les contacts pour protéger les équipes, sans laisser les patients seuls face à la maladie. Le port et le retrait corrects des équipements de protection sont essentiels pour réduire le risque de transmission.

La date du témoignage et les circonstances précises de l’infection du médecin ne sont pas établies par des sources indépendantes consultées. Il ne faut donc pas confondre ce portrait avec les données de l’épidémie actuellement en cours, ni lui attribuer une date qui n’est pas vérifiée.

Une flambée actuelle, d’une autre ampleur

La République démocratique du Congo affronte depuis mai 2026 une flambée due au virus Bundibugyo. Il s’agit de la 17e épidémie d’Ebola recensée dans le pays depuis 1976. Elle a commencé en Ituri, notamment dans les zones de santé de Mongbwalu, Rwampara et Bunia, avant de s’étendre à d’autres provinces.

Le 13 octobre, les autorités congolaises rapportaient 9 066 cas confirmés et 4 381 décès confirmés. Ces chiffres ont également été rapportés par l’Associated Press. L’OMS publiait, pour sa part, un bilan arrêté au 6 octobre de 8 728 cas confirmés et 4 205 décès. Les dates de référence diffèrent : ces bilans ne sont donc pas contradictoires, mais illustrent la progression rapide de l’épidémie.

La flambée actuelle ne doit pas être confondue avec celle du Kasaï, déclarée en septembre 2025 puis officiellement close le 1er décembre de la même année. Celle-ci était liée à la souche Zaïre. L’épidémie de 2026 est causée par le virus Bundibugyo, une souche distincte, contre laquelle les outils préventifs et thérapeutiques disponibles ne sont pas les mêmes.

La prise en charge dépasse les centres spécialisés

Les centres de traitement ne peuvent, à eux seuls, contenir une épidémie. Il faut repérer tôt les cas, suivre les personnes ayant été en contact avec un malade et permettre aux familles d’accéder rapidement aux soins. Or, une part importante des décès est enregistrée hors des centres de traitement, signe que certaines personnes sont détectées tardivement ou n’atteignent pas les structures adaptées.

Cette situation fragilise aussi les services ordinaires. Les femmes enceintes, les nouveau-nés et les personnes ayant besoin de soins courants peuvent subir des retards, tandis que les équipes doivent répartir leurs ressources entre l’urgence épidémique et les autres besoins. Les habitants des zones touchées ne rencontrent pas tous les mêmes obstacles : la distance, l’insécurité et la disponibilité des structures varient d’une localité à l’autre.

La confiance joue également un rôle décisif. Les mesures de protection et l’isolement peuvent être difficiles à accepter si les familles ne comprennent pas leur objectif ou ne peuvent rester en contact avec leurs proches. L’écoute des communautés, l’information dans les langues utilisées localement et la continuité des soins contribuent donc directement à la riposte.

Un enjeu pour l’Ituri et la région

L’Ituri se trouve dans l’est de la RDC, une région marquée par des déplacements de population et une situation sécuritaire instable. Ces réalités compliquent le suivi des contacts et l’accès aux soins. La propagation du virus dans plusieurs provinces transforme ainsi un défi local en enjeu de coordination nationale, puis régionale.

L’OMS a qualifié la flambée de 2026 d’urgence de santé publique de portée internationale. Africa CDC, l’agence de santé publique de l’Union africaine, l’a aussi déclarée urgence de santé publique de sécurité continentale. Ces désignations appellent à coordonner la surveillance et les moyens entre pays ; elles ne signifient pas que l’épidémie touche uniformément tout le continent.

Pour les autorités congolaises et leurs partenaires, la priorité reste de rapprocher le dépistage et les soins des communautés touchées, tout en protégeant les équipes et en maintenant les services de maternité. À Bunia, le récit de Leki Taji met en lumière cette exigence au chevet des patientes. À l’échelle régionale, l’évolution des nouveaux foyers, l’accès aux soins et la coordination avec les pays voisins restent les indicateurs à suivre.

Sources de vérification : bilan de l’OMS arrêté au 6 octobre 2026, bilan des autorités congolaises rapporté le 13 octobre, déclaration d’Africa CDC et clôture de l’épidémie du Kasaï en 2025.