Pour une entreprise qui doit maintenir sa production, une coupure de courant n’est pas seulement un désagrément : elle peut ralentir une chaîne de fabrication, interrompre des services ou renchérir les coûts. En Zambie et en Ouganda, Solarise Africa veut répondre à ces besoins avec des installations renouvelables financées et exploitées pour ses clients.
Deux marchés, des défis énergétiques différents
La Zambie, pays d’Afrique australe membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), dépend largement de l’hydroélectricité. Cette dépendance rend son approvisionnement vulnérable aux sécheresses et à la baisse du niveau des réservoirs. Un rapport du Fonds monétaire international publié en janvier 2026 estime à près de 707 mégawatts le déficit électrique du pays en 2025, pour une demande mensuelle moyenne de 2 301 MW. Le document précise que les ménages ont particulièrement subi les délestages, tandis que les mines et les grandes entreprises ont bénéficié de dispositifs spécifiques d’approvisionnement. Le rapport du FMI sur le secteur électrique zambien apporte ces chiffres ; ils décrivent une situation rapportée pour 2025, et non une mesure en temps réel.
L’Ouganda, en Afrique de l’Est et membre de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), présente un autre tableau. Son réseau a développé ses capacités de production, notamment hydroélectriques. L’Autorité de régulation de l’électricité indique une capacité installée totale de 2 098,6 MW à la fin de 2025, dont 111,3 MW de solaire photovoltaïque. Elle souligne aussi que la production et la distribution relèvent d’un secteur encadré par des opérateurs publics et privés. Depuis le 1er avril 2025, l’entreprise publique UEDCL a repris la distribution jusque-là assurée par Umeme. Les données de l’autorité ougandaise de régulation situent ainsi l’expansion solaire dans un secteur en évolution, plutôt que dans un contexte identique à celui de la Zambie.
Un programme de deux ans, avec un objectif de 3 MW
Solarise Africa a annoncé le 13 octobre 2026 avoir obtenu une subvention d’un million d’euros du fonds EEP Africa, dédié au financement de projets d’énergie propre en Afrique australe et orientale. L’entreprise prévoit d’ajouter un million d’euros de fonds propres. Le programme représente donc deux millions d’euros sur 24 mois, selon les informations rendues publiques par la société et reprises par plusieurs médias spécialisés.
Le projet vise à déployer trois mégawatts de capacités renouvelables, principalement solaires. Les installations pourront inclure des batteries, qui stockent l’électricité pour l’utiliser quand la production solaire baisse, et, selon les besoins, des pompes à chaleur. Solarise Africa dit viser des entreprises, des acteurs industriels et des institutions sociales. Le calendrier et les résultats effectifs dépendront toutefois de la constitution des équipes locales, des partenariats et de la réalisation des projets.
Le montage repose sur un modèle destiné à réduire le coût initial pour les clients : le fournisseur finance ou organise le financement de l’installation, puis fournit une solution énergétique adaptée à l’activité du site. En pratique, cette formule peut faciliter l’accès au solaire pour des organisations qui ne souhaitent pas immobiliser immédiatement des fonds dans des équipements. Elle ne signifie pas pour autant que l’électricité sera automatiquement moins chère pour tous : le coût dépendra des contrats, des besoins de stockage et de la capacité de chaque client à payer.
Le fonds EEP Africa soutient des projets de démarrage, de reproduction ou de déploiement à plus grande échelle, avec une perspective de commercialisation durable. Son dispositif privilégie notamment les projets ayant une présence ou des partenaires locaux. Les critères publiés par EEP Africa éclairent la logique de ce type d’appui : financer une étape risquée pour aider à structurer une activité, sans remplacer durablement les investissements commerciaux.
Le défi : transformer la subvention en activité durable
Pour Solarise Africa, l’enjeu dépasse l’installation de panneaux. L’entreprise dit vouloir créer en Zambie et renforcer en Ouganda des activités capables de poursuivre leur développement après la fin de la subvention. Son cofondateur et directeur des opérations, Sakkie van Wijk, présente l’aide comme un moyen de bâtir ces bases selon les standards techniques, financiers et opérationnels de l’entreprise.
Cette ambition met en lumière une question concrète : qui bénéficie de l’électricité produite et à quelles conditions ? Le programme cible d’abord des clients commerciaux, industriels et institutionnels. Il peut donc soutenir la continuité d’activités économiques, mais ne constitue pas, en soi, un programme d’électrification des ménages. En Zambie, où le FMI indique que les délestages ont pesé sur les foyers, l’effet d’installations dédiées à des entreprises dépendra aussi de leur articulation avec le réseau et des règles nationales de production et de distribution.
La réglementation compte également en Ouganda. L’autorité nationale supervise les licences, les tarifs et les activités de production, de transmission et de distribution. Les projets devront donc s’inscrire dans ce cadre et préciser leur relation avec le réseau. Les solutions décentralisées peuvent compléter le système électrique ; elles ne remplacent pas automatiquement les investissements nécessaires dans les lignes, les postes et la distribution.
Le financement s’inscrit dans une trajectoire plus large pour l’entreprise. En juillet 2025, Solarise Africa avait annoncé un investissement supplémentaire de 60 millions de rands de Mergence Investment Managers, destiné à soutenir ses projets commerciaux et industriels en Afrique du Sud. Cette opération, distincte de la subvention actuelle, montre que l’entreprise mobilise plusieurs formes de capitaux pour financer son expansion. L’annonce de Mergence et de Solarise Africa précise que cet investissement concernait des déploiements sud-africains.
Un test pour le financement énergétique régional
Le projet intervient dans deux régions où les besoins et les règles ne se confondent pas. La SADC cherche à renforcer les échanges électriques entre ses membres, tandis que l’EAC poursuit la coopération énergétique en Afrique de l’Est. Les équipements installés par une entreprise privée ne règlent pas à eux seuls les difficultés régionales de production ou d’interconnexion. Ils peuvent toutefois ajouter des capacités près des lieux de consommation et diversifier les sources d’approvisionnement des clients concernés.
La portée de l’opération se mesurera donc moins à l’annonce de la subvention qu’à ses résultats : les trois mégawatts seront-ils effectivement installés en 24 mois ? Les partenariats locaux permettront-ils d’entretenir les systèmes et de financer de nouveaux projets ? Et les solutions bénéficieront-elles à des activités au-delà des grandes entreprises disposant déjà d’un accès au crédit ? La réponse dira si ce montage peut être reproduit dans d’autres marchés de la SADC et de l’EAC, sans confondre résilience énergétique des entreprises et accès universel à l’électricité.