Créer une filiale ne donne pas encore accès au sous-sol. Pour Tsodilo Resources, l’ouverture de structures en République démocratique du Congo (RDC) et en Namibie marque une première étape administrative, pas le lancement de nouveaux chantiers miniers. Les droits d’exploration restent à négocier.

Des terrains ciblés, aucun permis annoncé

La société canadienne a annoncé, le 14 octobre 2026, l’enregistrement de Tsodilo DRC SARLU en RDC et de Namibia Mineral Resources (Pty) Limited en Namibie. Elle dit vouloir y mobiliser ses compétences d’exploration, ses équipements géophysiques et ses appareils de forage. Son activité reste toutefois principalement tournée vers le Botswana, où elle explore notamment le projet de terres rares de Gcwihaba.

En RDC, Tsodilo cite deux provinces comme zones d’intérêt : le Haut-Lomami, dans le sud-est du pays, et la Tshopo, au nord-est. Elle évoque le lithium, le tantale, le niobium et le cuivre. En Namibie, son attention se porte sur la région de Kunene, dans le nord-ouest, pour le cuivre et des minéralisations polymétalliques, c’est-à-dire des zones susceptibles de contenir plusieurs métaux.

Mais l’entreprise ne dit pas avoir acquis de projet ni obtenu de licence dans ces régions. Elle indique que des discussions sont en cours avec des titulaires de droits ou les autorités compétentes, tout en reconnaissant qu’aucun accord n’est garanti. Son optimisme affiché reste donc une déclaration de la direction, pas la confirmation d’un investissement engagé.

La RDC veut encadrer l’accès aux ressources

La RDC occupe une place majeure dans les chaînes mondiales du cuivre et du cobalt. Pourtant, l’annonce de Tsodilo concerne des zones éloignées des principaux bassins industriels du cuivre, concentrés dans le sud du pays. L’exploration dans le Haut-Lomami ou la Tshopo suppose d’abord d’établir le potentiel géologique, puis de sécuriser les droits et les conditions d’accès aux terrains.

Cette étape passe par le Cadastre minier congolais, l’organisme chargé d’enregistrer et de gérer les titres miniers. Son registre permet de vérifier les droits actifs, tandis que le Code minier fixe les procédures applicables. La création d’une filiale locale peut faciliter les démarches d’une entreprise, mais ne remplace ni un permis ni les obligations réglementaires. Le Cadastre minier de la RDC détaille les procédures d’accès aux titres.

Le point est important pour les provinces et leurs habitants. À ce stade, aucun emploi local, programme de forage ou revenu public lié à Tsodilo n’est annoncé. De tels effets ne pourraient se mesurer qu’après l’octroi de titres et le démarrage d’activités concrètes. En outre, les bénéfices éventuels dépendraient des accords locaux, des emplois effectivement créés et de la part de valeur ajoutée réalisée dans le pays.

Le choix de la Tshopo élargit aussi la carte de l’exploration au-delà des zones minières les plus connues. Mais « potentiel » ne signifie pas découverte : des relevés et des forages sont nécessaires pour déterminer si une ressource existe, quelle est sa taille et si son exploitation serait viable. La société n’a pas encore communiqué de résultats de ce type pour ses cibles congolaises.

En Namibie, l’intérêt devra aussi se traduire en droits

La Namibie dispose d’une industrie minière établie et d’un cadre national distinct de celui de la RDC. Pour Tsodilo, le ciblage de Kunene reste lui aussi au stade de la recherche d’opportunités. Aucune concession ni campagne d’exploration dans cette région n’est confirmée par l’annonce. Les prochaines étapes dépendront des négociations et des autorisations nécessaires.

Dans les deux pays, les filiales signalent une volonté d’élargir le portefeuille de la société. Elles ne prouvent ni la présence de gisements économiquement exploitables ni la décision de les mettre en valeur. Pour une entreprise d’exploration, la distance entre une zone jugée prometteuse et une mine opérationnelle se compte en études, financements, autorisations et années de travail.

Tsodilo présente cette diversification comme un moyen de réutiliser ses capacités techniques développées au Botswana. Cette stratégie peut limiter la dépendance à un seul pays, mais elle expose aussi l’entreprise à plusieurs procédures et environnements réglementaires. Son annonce ne précise ni calendrier de forage en RDC et en Namibie, ni budget consacré à ces démarches.

Une course aux minerais, mais des retombées encore hypothétiques

Le cuivre, le lithium, le tantale et le niobium sont recherchés pour différentes chaînes industrielles, notamment l’électrification et les équipements technologiques. Cette demande accroît l’intérêt des entreprises pour de nouveaux territoires. Elle ne garantit cependant pas que chaque projet d’exploration aboutira, ni que les pays producteurs capteront automatiquement davantage de valeur.

Pour Kinshasa comme pour Windhoek, l’enjeu dépasse l’arrivée d’un nouvel opérateur. Il porte aussi sur le contrôle des titres, la transparence des accords, la protection des territoires et les retombées économiques locales. Les règles et priorités nationales ne sont pas interchangeables : la RDC et la Namibie doivent chacune arbitrer leurs propres objectifs de développement et de gouvernance minière.

À l’échelle régionale, cette annonce illustre l’attrait croissant des investisseurs pour les ressources minérales du continent, sans constituer encore un projet transfrontalier ni un accord entre États. Le signe concret à surveiller sera l’obtention de licences dans les zones visées. Ensuite seulement, des programmes de travaux et leurs résultats permettront d’évaluer si cette présence administrative débouche sur une exploration réelle.

Les faits annoncés ont été recoupés avec le communiqué de l’entreprise et une publication indépendante de Sika Finance. Le registre et les procédures minières congolaises sont consultables auprès du Cadastre minier de la RDC.