Produire de l’électricité ne suffit pas à la rendre disponible partout. Au Mozambique, l’écart entre les capacités de production et l’accès des habitants dépend aussi de lignes capables d’acheminer l’énergie vers les provinces du centre et du nord.
Un réseau à étendre au-delà des centres de production
Le gouvernement mozambicain vise l’accès universel à l’électricité d’ici 2030. Le taux national est passé d’environ 31 % en 2018 à 60 % en 2024, selon le Pacte national de l’énergie et les données d’Electricidade de Moçambique (EDM), l’entreprise publique d’électricité. Cette progression ne signifie toutefois pas que les ménages bénéficient tous d’un raccordement fiable : les disparités entre provinces et entre zones urbaines et rurales demeurent importantes.
Le réseau de transport est un maillon décisif. Il relie les centrales aux villes, aux entreprises et aux réseaux de distribution locaux. Sans lignes suffisamment robustes, une nouvelle centrale ne garantit pas que l’électricité atteigne les zones où les besoins sont les plus élevés. L’Agence internationale de l’énergie souligne notamment le retard persistant de l’électrification rurale et le poids des provinces de Nampula et de Zambézie parmi les régions les plus concernées par le manque d’accès.
Cette question s’inscrit aussi dans la stratégie énergétique du pays. Le Mozambique dispose de ressources hydroélectriques, gazières et solaires, mais doit simultanément étendre les connexions, renforcer le réseau et améliorer la fiabilité de l’approvisionnement. Le cap fixé à 2030 est donc autant un défi d’infrastructures que de production.
Un appel d’offres pour deux nouvelles phases
Le 8 octobre 2026, Gridworks a annoncé la présélection d’entreprises pour les phases 2 et 3 de la ligne Chimuara–Nacala, développée avec EDM. Les candidatures doivent être déposées au plus tard le 24 novembre 2026. Il s’agit d’une étape de sélection des candidats, et non encore de l’attribution définitive des travaux.
Le marché porte sur la conception, la fourniture, l’installation, les essais et la mise en service des infrastructures, dans le cadre d’un contrat clé en main. Il comprend plus de 400 kilomètres de nouvelles lignes, trois postes électriques et un équipement de compensation destiné à stabiliser le réseau. La documentation du projet décrit un ensemble d’environ 460 kilomètres entre Alto Molócuè et Nacala-a-Velha, dans le nord-est du pays.
Selon Gridworks, le projet complet représente un investissement estimé à 450 millions de dollars. L’entreprise affirme que la liaison doit faciliter le transport d’électricité d’origine solaire et hydroélectrique vers le nord, soutenir jusqu’à 600 mégawatts de capacité de production et préparer une future interconnexion avec la Tanzanie. Ces bénéfices annoncés dépendront toutefois de la réalisation des ouvrages, de leur financement et de la disponibilité effective de l’électricité à acheminer.
La première phase, reliant Chimuara à Alto Molócuè, relève d’un chantier distinct mené par EDM. Les phases visées par la présélection prolongeraient ensuite l’axe vers Namialo, Nampula et Nacala-a-Velha. Cette distinction importe : l’annonce actuelle concerne la préparation de contrats pour les phases suivantes, pas la mise en service de l’ensemble de la ligne.
Financement privé, obligations publiques
Gridworks est une plateforme d’investissement dans les réseaux électriques soutenue par l’institution britannique British International Investment. La Société financière internationale (IFC), membre du Groupe de la Banque mondiale, participe au développement du projet et apporte un appui technique et financier. L’IFC présente l’opération comme un projet de transport à capitaux privés, développé avec EDM.
Ce montage peut mobiliser des financements et des compétences supplémentaires pour un secteur où les besoins dépassent les seuls moyens publics. Mais un investissement privé ne supprime pas les questions de gouvernance : il faudra connaître les conditions de financement, la répartition des risques, les modalités d’accès au réseau et les effets éventuels sur les coûts supportés par EDM et les usagers. Les documents publics consultés ne donnent pas encore de calendrier ferme d’attribution ni de date de mise en service.
Avant le démarrage, plusieurs étapes restent nécessaires, notamment la clôture financière, les autorisations et les études environnementales et sociales. Les entreprises présélectionnées devront respecter le plan de suivi et de gestion environnementale et sociale du projet. Dans les zones traversées, les enjeux concrets comprennent l’occupation des terres, les activités locales et la sécurité des riverains pendant les travaux. Les modalités de consultation et de traitement des impacts seront donc déterminantes pour la qualité du chantier.
Le Pacte national de l’énergie estime à 4,8 milliards de dollars les investissements nécessaires d’ici 2030 dans les lignes de transport de plus de 66 kilovolts, dont une part attendue du secteur privé. La ligne Chimuara–Nacala ne suffira donc pas à elle seule à atteindre l’objectif national. Elle constitue un projet parmi un portefeuille plus vaste, qui doit aussi inclure les raccordements locaux et les solutions hors réseau là où les lignes principales ne peuvent répondre rapidement aux besoins.
Un enjeu mozambicain et régional
Pour les habitants et les petites entreprises, l’impact ne se mesurera pas seulement en kilomètres de lignes ou en mégawatts transportés. Il dépendra des raccordements de proximité, de la continuité du service et de la capacité des opérateurs locaux à desservir les communautés. Les grands axes peuvent renforcer l’alimentation des villes et des zones économiques, tandis que les villages éloignés risquent de rester à l’écart sans investissements complémentaires dans la distribution ou les mini-réseaux.
À l’échelle régionale, le projet s’inscrit dans les efforts de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) pour densifier les interconnexions et faciliter les échanges d’électricité par le Southern African Power Pool, le réseau de coopération entre opérateurs de la région. Une future liaison avec la Tanzanie pourrait renforcer les connexions entre l’Afrique australe et l’Afrique de l’Est, mais elle demeure un objectif à préparer, non un résultat acquis.
La prochaine échéance vérifiable est le 24 novembre 2026, date limite de dépôt des dossiers de présélection. Ensuite, il faudra suivre la sélection des entreprises, la finalisation du financement et les autorisations environnementales. C’est à ces étapes que se jouera le passage d’un projet de transport annoncé à une infrastructure capable de rapprocher l’électricité des Mozambicains.