Une centrale peut produire davantage d’électricité sans que les habitants la reçoivent plus régulièrement. En Éthiopie, le défi se joue désormais aussi dans les lignes, les postes électriques et les raccordements qui acheminent le courant jusqu’aux quartiers et aux entreprises.

Un réseau sous pression dans la capitale

À Addis-Abeba, la hausse rapide de la demande met à l’épreuve des infrastructures de transport et de distribution qui doivent suivre l’expansion de la ville. Les coupures et les retards de raccordement pèsent sur les ménages, les commerces et les activités productives. Les entreprises ont besoin d’un approvisionnement prévisible ; les quartiers périphériques attendent, eux, des connexions accessibles et fiables.

La difficulté ne concerne pas seulement la capitale. L’Agence internationale de l’énergie et la Banque mondiale ont décrit un déficit d’accès et de fiabilité qui touche particulièrement les zones rurales et périurbaines. Une ligne à haute tension ne garantit pas, à elle seule, qu’un foyer soit raccordé : il faut aussi des réseaux locaux, des équipements entretenus et des moyens de paiement adaptés.

Ce décalage intervient alors que la production éthiopienne s’est fortement développée. Le Grand barrage de la Renaissance, sur le Nil Bleu, a été inauguré le 9 septembre 2025. Mais davantage de capacité installée ne signifie pas automatiquement moins de délestages. L’électricité doit pouvoir circuler, être distribuée et atteindre les consommateurs au bon moment.

Un financement pour renforcer les équipements

Le 13 octobre 2026, la Chambre des représentants du peuple a approuvé un financement de l’Association internationale de développement (IDA), le guichet de la Banque mondiale destiné aux pays à revenu faible. Le projet, appelé PRIME-1, prévoit notamment de construire de nouveaux postes électriques, de moderniser des installations et de renforcer les lignes de transport, y compris souterraines dans la capitale.

Une précision sur le montant s’impose. L’agence éthiopienne ENA rapporte un prêt de 145,8 millions de dollars, tandis que la base de données de la Banque mondiale indique un financement de 200 millions de dollars pour PRIME-1, approuvé le 20 juillet 2026. Le texte initial associe, lui, 145,8 millions de droits de tirage spéciaux à environ 200 millions de dollars. Ces unités ne sont pas interchangeables : le montant annoncé en dollars par ENA ne concorde donc pas avec les deux autres références. Le montant en DTS reste à vérifier dans le texte juridique publié.

Selon ENA, le prêt prévoit six années de grâce puis un remboursement sur 31 ans. La Chambre l’a ratifié par la proclamation n° 1441/2026. Il s’agit d’un financement à rembourser, même si ses conditions sont présentées comme concessionnelles. Son coût et son calendrier d’exécution devront être suivis avec les résultats concrets sur la qualité du service.

Le financement s’inscrit dans PRIME, programme de réforme et de modernisation du secteur électrique lancé en plusieurs phases. La Banque mondiale avait présenté en 2024 une enveloppe potentielle pouvant atteindre 1,4 milliard de dollars sur dix ans. La première phase vise à renforcer les réseaux et la capacité du secteur à raccorder de nouveaux usagers. Le projet ne se limite donc pas à Addis-Abeba : la modernisation de la capitale s’intègre à une transformation plus large du système électrique éthiopien.

Produire plus ne suffit pas

L’enjeu immédiat est de réduire les goulets d’étranglement entre la production et les consommateurs. Des postes mieux équipés peuvent faciliter la distribution et absorber une partie de la croissance de la demande. Des lignes renforcées peuvent aussi limiter les contraintes de transport. Mais les travaux devront être achevés, entretenus et coordonnés avec les réseaux de distribution pour se traduire par une amélioration perceptible.

Les bénéfices ne seront pas identiques pour tous. Dans les quartiers déjà desservis, la priorité peut être la stabilité du courant et la réduction des interruptions. Pour les nouveaux quartiers et les zones périurbaines, l’enjeu est aussi l’accès au raccordement. Les petites entreprises, souvent moins équipées que les grands acteurs industriels pour pallier les coupures, dépendent particulièrement d’un service régulier.

La hausse de la production renforce également les ambitions de l’Éthiopie comme exportateur d’électricité dans la Corne de l’Afrique. Toutefois, les exportations régionales et l’approvisionnement intérieur reposent sur des infrastructures interconnectées et des arbitrages de gestion. Renforcer le réseau national peut donc soutenir à la fois l’activité domestique et les échanges transfrontaliers, sans garantir à lui seul que chaque région bénéficiera de la même amélioration.

Une vitrine avant la COP32

Addis-Abeba doit accueillir la COP32 en 2027, la conférence annuelle de l’ONU sur le climat. La fiabilité électrique comptera pour l’organisation d’un sommet international, mais l’enjeu dépasse cet événement. L’Éthiopie veut associer son développement énergétique, largement fondé sur les renouvelables, à une économie moins dépendante des combustibles fossiles. La solidité du réseau déterminera en partie si cette production peut soutenir les transports, les services et l’industrie.

La capitale est aussi le siège de l’Union africaine et un centre diplomatique régional. Les travaux y seront observés comme un test de la capacité à convertir de grands investissements énergétiques en services réguliers. Dans la Corne de l’Afrique, où les réseaux et les projets d’interconnexion prennent une importance croissante, les progrès du système éthiopien auront une portée au-delà des frontières nationales.

Les prochaines étapes seront décisives : publication et clarification du montant juridique du prêt, lancement des marchés de travaux, calendrier d’installation des équipements et suivi des raccordements. Le critère principal ne sera pas seulement le nombre de postes construits. Ce sera la régularité du courant pour les habitants et les activités économiques, à Addis-Abeba comme dans les régions moins bien desservies.

Lire le compte rendu de l’approbation parlementaire par ENA · Consulter les données de financement de la Banque mondiale · Comprendre le programme PRIME et ses objectifs · Contexte sur l’inauguration du Grand barrage de la Renaissance · Confirmation de l’accueil de la COP32 par l’Union africaine