À Libreville comme à Port-Gentil, les délestages rappellent qu’ajouter des centrales ne suffit pas : il faut aussi acheminer l’électricité et assurer la continuité du service. Le nouveau ministre gabonais de l’Accès universel à l’eau et à l’énergie prend ses fonctions alors que plusieurs chantiers doivent aboutir d’ici la fin de l’année.
Une transition politique au milieu d’un chantier énergétique
Olivier Mouckocko a été nommé à la tête du ministère lors du remaniement annoncé le dimanche 11 octobre 2026. Il succède à Philippe Tonangoye, qui présentait encore les dossiers énergétiques en Conseil des ministres quelques jours auparavant. Mouckocko devient ainsi le quatrième responsable de ce portefeuille depuis septembre 2023, selon le décompte rapporté dans la matière disponible.
Le changement intervient après une période de transition politique ouverte par le coup d’État d’août 2023. Le président Brice Clotaire Oligui Nguema a depuis fait de l’accès à l’eau et à l’électricité un axe de son programme. Dans son discours à la Nation du 16 août 2026, il a aussi reconnu les limites des réseaux et appelé les investisseurs à contribuer au transport et à la distribution des services essentiels.
Le défi dépasse le Gabon. Le pays appartient à la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), qui regroupe six États autour d’une coopération économique et monétaire. La fiabilité de l’électricité compte pour les ménages, mais aussi pour les entreprises, les administrations et les activités régionales qui dépendent d’un approvisionnement régulier.
Des centrales attendues, mais pas encore en service
La première échéance concerne neuf turbines bicombustibles, capables de fonctionner avec deux types de combustible. Leur puissance cumulée atteint 255 mégawatts (MW). Selon l’Agence gabonaise de presse, elles ont été livrées et leur mise en service est attendue vers la mi-novembre 2026, après environ trois mois de retard.
Sept turbines fournies par AKSA Enerji doivent équiper les centrales d’Akournam et de Port-Gentil, exploitées par la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG). Les deux autres, livrées par Solar Energy Sustainable Services, sont destinées à Port-Gentil et à Lambaréné. La livraison constitue une étape ; les effets sur les coupures dépendront de la mise en service effective et de la capacité des réseaux locaux à transporter l’électricité produite.
Le deuxième rendez-vous est le barrage hydroélectrique de Kinguélé Aval, d’une puissance prévue de 35 MW. Au 8 octobre, le gros œuvre était achevé à 95 %, indique le compte rendu du Conseil des ministres relayé par l’agence publique gabonaise. La mise en service des trois turbines est annoncée entre octobre et décembre, après raccordement au réseau. Deux autorisations restent nécessaires avant l’exploitation.
Les autorités prévoient que le complexe de Kinguélé fournisse, une fois achevé, plus de la moitié de l’électricité consommée dans le Grand Libreville. Cette projection donne la mesure de l’enjeu, mais ne garantit pas à elle seule une amélioration immédiate : les délais de raccordement, les autorisations et la distribution jusqu’aux usagers restent déterminants.
La SEEG doit céder la place à deux sociétés
Le troisième dossier est institutionnel. Le gouvernement prévoit de scinder la SEEG en deux entreprises publiques : La Gabonaise des Eaux et Électricité du Gabon. La feuille de route présentée aux administrateurs fixe au 1er janvier 2027 l’entrée en activité des nouvelles entités. La SEEG doit, d’ici là, poursuivre la gestion courante jusqu’au 31 décembre 2026.
Le transfert ne concerne pas seulement le nom de l’opérateur. Il faut répartir les actifs, les contrats, les dettes, les responsabilités et les moyens nécessaires pour éviter une interruption du service. Le gouvernement a annoncé un programme de vingt actions prioritaires, dont la certification des comptes des cinq derniers exercices. Cette étape doit clarifier la situation financière avant la séparation.
Le secteur privé gabonais a proposé de contribuer à la réforme. Le 7 octobre, la Fédération des entreprises du Gabon a rencontré le ministre alors en fonction, Philippe Tonangoye. Son président, Alain-Claude Kouakoua, a plaidé pour la mobilisation des compétences nationales. Cette participation peut apporter des savoir-faire, mais la continuité du service et la transparence du transfert resteront des critères essentiels pour les usagers.
Le test se jouera aussi hors de la capitale
Les effets d’une réforme énergétique ne se répartissent pas uniformément. Le Grand Libreville concentre une part importante de la demande, tandis que les villes secondaires et les zones rurales dépendent aussi de réseaux parfois moins robustes. Les entreprises formelles ont besoin d’une alimentation prévisible ; les petits commerces et les ménages, qui disposent de moins de solutions de secours, subissent directement les coupures.
Pour Olivier Mouckocko, l’enjeu immédiat sera donc de faire converger trois calendriers : la mise en service des turbines, l’achèvement et le raccordement de Kinguélé Aval, puis le transfert de la SEEG. L’annonce de nouvelles capacités ne pourra être jugée qu’à partir de leur disponibilité réelle et de la qualité du service rendu.
À l’échelle de la CEMAC, le dossier gabonais illustre un enjeu partagé en Afrique centrale : transformer les investissements de production en électricité effectivement accessible. Les prochaines dates à surveiller sont la mise en service annoncée des turbines à la mi-novembre, l’achèvement de Kinguélé Aval d’ici décembre et le démarrage des deux sociétés prévu le 1er janvier 2027.