En Somalie, des pluies abondantes peuvent remplir les champs et les points d’eau. Mais quand les rivières débordent, elles menacent aussi les récoltes, les habitations et les routes dont dépendent les communautés rurales. À l’approche de la saison des pluies Deyr, le défi est donc de transformer les prévisions en mesures concrètes, avant que l’eau n’arrive.
Une saison Deyr sous surveillance
La Deyr, qui s’étend généralement d’octobre à décembre, est l’une des deux principales saisons des pluies somaliennes. Elle intervient après plusieurs mois souvent secs. En 2026, les prévisionnistes anticipent des précipitations supérieures à la normale dans une partie du pays. L’IGAD, l’organisation régionale d’Afrique de l’Est, et son centre climatique ICPAC suivent notamment les risques liés aux bassins des fleuves Jubba et Shabelle.
La FAO avertit que le renforcement d’El Niño pourrait accroître les risques d’inondation pendant cette saison. Ce phénomène correspond à un réchauffement périodique des eaux de surface du Pacifique équatorial. Il peut modifier les régimes de pluie à distance, mais ne permet pas, à lui seul, de prédire où ni quand une inondation se produira. Les conditions locales et l’évolution des cours d’eau restent déterminantes.
Les inquiétudes s’appuient aussi sur des précédents. Les fortes pluies de 1997 et celles de 2023 ont provoqué des inondations majeures dans la région. Selon l’Organisation internationale pour les migrations, les crues de 2023 ont déplacé environ 1,2 million de personnes en Somalie. Ce chiffre rappelle l’ampleur possible des conséquences, sans signifier que le même scénario se reproduira cette année.
Des récoltes et des logements exposés
Pour les agriculteurs vivant près des cours d’eau, le calendrier compte autant que le volume de pluie. Une crue au moment des semailles peut emporter les graines, dégrader les parcelles ou empêcher l’accès aux marchés. La perte d’une récolte réduit ensuite les revenus et les réserves alimentaires jusqu’à la saison suivante. Les éleveurs peuvent, eux aussi, subir la destruction de pâturages ou la perte de bétail.
Les effets ne se répartissent pas également. Les communautés rurales riveraines sont directement exposées aux débordements. Dans les villes, des pluies intenses peuvent submerger des quartiers mal drainés et couper des axes de transport. Les personnes déplacées, souvent installées dans des abris précaires, disposent de moins de moyens pour se mettre à l’abri ou remplacer leurs biens. Les acteurs de l’économie informelle, qui dépendent de déplacements quotidiens et de revenus immédiats, peuvent également perdre rapidement leurs moyens de subsistance.
La Somalie sort d’une période marquée par des sécheresses répétées et des déplacements. Alterner sécheresse et pluies extrêmes complique le retour à une activité agricole stable. Une pluie abondante n’efface pas automatiquement les effets d’un manque d’eau prolongé : elle peut au contraire détériorer les sols, les infrastructures et les stocks si elle tombe rapidement.
Prévoir ne suffit pas : il faut pouvoir agir
Depuis les inondations de 2023, les autorités et les partenaires humanitaires mettent en avant l’amélioration des alertes, des cartes de zones à risque et des exercices de préparation. La SoDMA, l’agence somalienne de gestion des catastrophes, a organisé à Mogadiscio une simulation nationale consacrée à la préparation face aux risques d’El Niño en 2026. L’exercice portait notamment sur la circulation des alertes, la coordination entre institutions et la réponse aux crues soudaines ou fluviales.
Ces dispositifs peuvent donner du temps pour protéger des stocks, préparer des évacuations ou prépositionner des secours. Toutefois, une alerte n’a d’effet que si elle atteint les habitants dans une langue et par un moyen accessibles, et si des solutions de mise à l’abri existent. La qualité des prévisions doit aussi s’accompagner de moyens pour entretenir les voies d’évacuation, les abris, les systèmes d’assainissement et les infrastructures hydrauliques.
La question du financement reste centrale. Les services somaliens, les administrations locales et les organisations humanitaires doivent arbitrer entre préparation aux inondations et besoins déjà présents, dont l’aide alimentaire, la santé et le soutien aux personnes déplacées. Les prévisions disponibles établissent un risque accru, pas un bilan humain à venir. Les conséquences dépendront notamment de l’intensité et de la répartition des pluies, mais aussi de la rapidité des décisions et des ressources mobilisables.
Un enjeu partagé dans la Corne de l’Afrique
Les cours d’eau et les systèmes météorologiques ne s’arrêtent pas aux frontières. L’ICPAC coordonne des prévisions saisonnières à l’échelle de la Corne de l’Afrique, où les pays peuvent être touchés par des pluies excédentaires ou des épisodes secs selon les régions. Pour la Somalie, la coopération régionale aide à partager les données et à anticiper les risques, tandis que la gestion des alertes et des évacuations dépend largement des capacités nationales et locales.
Les prochains bulletins saisonniers et les niveaux des fleuves permettront d’affiner la géographie du risque au fil de la Deyr. Pour les habitants des zones exposées, l’enjeu immédiat est de savoir si l’avertissement sera suivi d’actions à temps. Pour les autorités, la saison mettra à l’épreuve la capacité à relier information climatique, préparation locale et secours, alors que les effets des sécheresses précédentes pèsent encore sur les moyens de subsistance.
Les informations de préparation sont suivies par la FAO en Somalie, l’analyse des risques climatiques de l’UNDRR et l’ICPAC, le centre climatique de l’IGAD.