Obtenir une majorité au Maroc ne signifie pas seulement additionner des sièges. Il faut aussi s’accorder sur les priorités d’un gouvernement attendu sur l’emploi, les services publics et les investissements. Le Parti de l’authenticité et de la modernité (PAM) a trouvé trois partenaires, mais leur accord devra encore se traduire en programme et en équipe ministérielle.
Une alliance de 207 députés, neuf sièges au-dessus du seuil
Le 13 octobre, le PAM, le Parti de l’Istiqlal, l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et le Parti du progrès et du socialisme (PPS) ont annoncé la formation d’une majorité parlementaire. Ensemble, ils détiennent 207 sièges sur les 395 de la Chambre des représentants. La majorité absolue est fixée à 198 sièges.
La répartition donne 97 élus au PAM, 65 à l’Istiqlal, 26 à l’USFP et 19 au PPS. Le total correspond aux résultats annoncés après les élections législatives du 23 septembre. Le Rassemblement national des indépendants (RNI), qui dirigeait le gouvernement sortant et a obtenu 66 sièges, ne rejoint pas cette alliance.
La cheffe du gouvernement, Fatima Ezzahra El Mansouri, doit maintenant poursuivre la formation de son équipe. Nommée par le roi Mohammed VI le 29 septembre, elle a été chargée de conduire les consultations après la victoire du PAM. L’accord entre partis prévoit que chacun propose des candidats aux postes ministériels et que les formations négocient un programme commun.
Les résultats et l’annonce de la coalition sont rapportés par les médias marocains SNRT News et Hespress. Le portail officiel Maroc.ma confirme l’accord des quatre partis. La presse internationale a également rendu compte des résultats et de la nomination de la cheffe du gouvernement.
Le résultat électoral ouvre la négociation
Le scrutin a placé le PAM en tête, sans lui donner à lui seul la majorité nécessaire pour gouverner. Ses 97 sièges représentent le premier groupe de la Chambre, mais il lui fallait donc rallier plusieurs partenaires. La coalition annoncée réunit des partis aux histoires et aux sensibilités différentes : l’Istiqlal, formation nationaliste ancienne, l’USFP, issue du mouvement socialiste, et le PPS, également ancré dans la gauche marocaine.
Ce choix ne reconduit pas simplement l’équipe sortante. Le RNI, arrivé deuxième après avoir dirigé le gouvernement précédent, reste en dehors de la majorité annoncée. Cette configuration redistribue les rôles au Parlement : les quatre partis devront coordonner leurs positions, tandis que les élus non membres de la coalition formeront l’opposition parlementaire.
Au Maroc, le roi nomme le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections législatives, conformément à l’article 47 de la Constitution. La formation de la majorité reste ensuite déterminante pour faire adopter les textes et soutenir l’action gouvernementale. La Constitution marocaine de 2011 encadre cette procédure. L’annonce d’un accord entre partis marque donc une étape politique importante, mais ne constitue pas à elle seule l’installation complète du gouvernement.
Du compromis politique aux priorités quotidiennes
Le défi de la coalition sera de transformer son nombre de députés en décisions cohérentes. Les partis ont annoncé qu’ils prépareraient un programme gouvernemental, mais les arbitrages restent à préciser : répartition des portefeuilles, calendrier des réformes et engagements budgétaires. Les électeurs pourront juger le nouvel exécutif sur des résultats concrets, et non seulement sur l’équilibre entre formations.
Les attentes ne sont pas les mêmes partout. Dans les grandes villes, l’accès à l’emploi, au logement et aux transports pèse sur le quotidien. Dans les territoires moins urbanisés, l’accès aux soins, à l’école et aux infrastructures reste un enjeu central. Les travailleurs de l’économie informelle, qui ne bénéficient pas toujours des mêmes protections que les salariés déclarés, sont eux aussi concernés par les mesures sur les revenus et la protection sociale.
Le nouveau gouvernement devra également gérer les grands investissements annoncés au Maroc, notamment ceux liés à la préparation de la Coupe du monde de football de 2030, coorganisée avec l’Espagne et le Portugal. Ces projets peuvent soutenir l’activité et moderniser des infrastructures. Leur effet dépendra toutefois de leur répartition entre territoires, de leur coût et de leur capacité à produire des emplois durables. L’enjeu sera de concilier ces chantiers avec les dépenses qui touchent directement les ménages.
Un enjeu national dans un voisinage maghrébin
Cette recomposition se joue à l’échelle nationale, mais elle s’inscrit aussi dans un cadre régional. Le Maroc est membre de l’Union du Maghreb arabe (UMA), créée en 1989 avec l’Algérie, la Libye, la Mauritanie et la Tunisie. Cette organisation vise une coopération entre pays voisins d’Afrique du Nord. La coalition parlementaire ne modifie pas, à elle seule, les relations régionales, mais la politique économique et diplomatique du prochain gouvernement pèsera sur la manière dont Rabat défend ses intérêts et ses partenariats.
Le gouvernement devra aussi porter la voix du Maroc dans les échanges continentaux, notamment au sein de l’Union africaine. Pour l’heure, le jalon immédiat est intérieur : préciser le programme, répartir les responsabilités et obtenir le soutien nécessaire au Parlement. Les 207 sièges donnent à la coalition une marge de neuf voix au-dessus de la majorité absolue. Cette avance lui permet de démarrer, mais la stabilité de son action dépendra de la capacité des quatre partis à tenir leurs accords au-delà de l’annonce.