Quand les avocats cessent de plaider, les conséquences dépassent les barreaux : des audiences sont reportées et les justiciables attendent. Au Maroc, la reprise engagée le 7 octobre remet les tribunaux en mouvement, sans clore le désaccord sur les règles de la profession.
Une reprise provisoire, pas un accord
Les avocats marocains ont repris leurs activités dans les juridictions le mercredi 7 octobre 2026, après plusieurs mois d’arrêt. La décision de suspendre temporairement le mouvement avait été prise le 20 septembre à Rabat par l’Association des barreaux du Maroc (ABAM). Des médias marocains ont constaté le retour des avocats dans les tribunaux, notamment à Casablanca.
Cette reprise ne signifie pas que l’ABAM accepte la réforme. L’association a maintenu ses réserves sur la loi n° 66.23, qui réorganise la profession, et sur la manière dont elle a été élaborée et adoptée. Elle entend laisser une nouvelle séquence politique ouvrir la voie à des échanges, tout en conservant ses revendications.
Le mouvement avait fortement ralenti l’activité judiciaire. L’absence des avocats aux audiences a contribué aux reports et à l’accumulation des dossiers. Pour les justiciables, ces retards peuvent prolonger l’incertitude autour d’un litige, d’une procédure pénale ou d’un différend familial. Les effets ne sont pas identiques : les personnes disposant de moyens peuvent parfois mieux absorber l’attente que celles dont l’activité ou la situation dépend d’une décision rapide.
Une réforme contestée devenue loi
Le différend porte sur la loi 66.23 relative à l’organisation de la profession d’avocat. Le texte a été adopté par le Parlement puis publié au Bulletin officiel en août 2026. La Chambre des représentants indique que le projet a été approuvé en séance plénière le 19 mai, puis en deuxième lecture le 6 juillet. L’ABAM conteste certaines dispositions et estime que l’indépendance du barreau et la place des avocats dans la justice sont en jeu.
Le ministère de la Justice défend, lui, un projet de modernisation et de meilleure organisation du métier. Lors du vote de mai à la Chambre des représentants, le texte a recueilli 163 voix pour et 57 contre, selon le ministère. Ce résultat atteste d’un désaccord politique au Parlement, mais ne résume pas à lui seul les objections des professionnels, qui portent aussi sur le processus de concertation.
La controverse révèle un enjeu institutionnel : comment encadrer une profession réglementée sans affaiblir son autonomie dans la défense des justiciables ? Les règles d’accès au métier, de formation et de fonctionnement des barreaux ont des conséquences concrètes pour les avocats comme pour leurs clients. La réforme est donc à la fois une question de gouvernance professionnelle et un élément du fonctionnement quotidien de la justice.
La justice face au coût de l’interruption
La suspension de la grève permet aux audiences et aux démarches de reprendre, mais un retour à la normale peut prendre du temps là où les dossiers se sont accumulés. Les tribunaux doivent absorber les affaires reportées, tandis que les cabinets renouent avec le suivi des procédures. Les contraintes pèsent particulièrement sur les personnes qui ne peuvent différer une audience ou multiplier les déplacements.
Le mouvement a aussi mis en évidence la dépendance de la chaîne judiciaire à la présence des avocats. Leur rôle ne se limite pas à plaider : ils conseillent, préparent les actes et accompagnent les parties tout au long des procédures. La continuité de ces services importe aussi bien aux particuliers qu’aux entreprises, même si leurs moyens de faire face aux délais diffèrent.
À l’échelle politique, la reprise offre une fenêtre pour renouer le dialogue entre la profession et les autorités. Elle ne garantit toutefois ni une modification de la loi ni la fin de la mobilisation. Le point de friction reste entier : les représentants des avocats veulent que leurs préoccupations soient examinées, tandis que le texte a déjà achevé son parcours parlementaire.
Un enjeu marocain aux résonances africaines
Le dossier relève d’abord des institutions marocaines : le Parlement, le ministère de la Justice, les juridictions et les barreaux. Il s’inscrit aussi dans une question présente dans de nombreux systèmes judiciaires : comment concilier réforme de la profession, accès à la justice et indépendance des défenseurs ? L’expérience marocaine ne se transpose pas automatiquement aux autres pays, dont les lois et institutions diffèrent.
Pour les prochaines semaines, l’enjeu sera de savoir si la reprise temporaire débouche sur des échanges formels et si les audiences peuvent résorber les retards. Le désaccord pourrait se déplacer vers les mécanismes d’application de la loi ou vers de nouvelles formes de protestation. Pour les justiciables, le signe le plus tangible sera la régularité des audiences et la capacité des tribunaux à traiter les affaires différées.