Remettre une arme sans craindre d’être arrêté : c’est la promesse au cœur de l’opération « Amnistie 2 » lancée par la police mozambicaine. Mais l’offre a une échéance. Après décembre 2026, les autorités annoncent vouloir récupérer de force les armes détenues illégalement.

Une période de remise volontaire avant le recours à la contrainte

Le 11 octobre, à Manhiça, dans la province de Maputo, le président Daniel Francisco Chapo a appelé les détenteurs d’armes illégales à les remettre avant la fin de l’année. Il s’exprimait lors de la clôture d’une session de formation des unités spéciales et de réserve de la police. Deux médias mozambicains ont rapporté cet appel et le calendrier annoncé.

Selon Chapo, les personnes qui rendront volontairement leurs armes dans le cadre de l’opération ne seront ni interrogées, ni sanctionnées, ni placées en détention. Après la date limite de décembre, les autorités prévoient en revanche une collecte forcée. Aucun détail public n’a été précisé sur les modalités de ces opérations, leur étendue ou les garanties destinées aux habitants.

L’objectif affiché est de réduire la circulation des armes illégales ou fabriquées artisanalement et de limiter les risques liés à leur présence. Le président a cité plusieurs menaces auxquelles la police doit faire face, dont le crime organisé, le terrorisme et la cybercriminalité. La remise d’armes ne répond toutefois pas, à elle seule, à ces phénomènes : son efficacité dépendra aussi du suivi des armes collectées et de la capacité des services à combattre les réseaux d’approvisionnement.

La confiance dans la police, condition de l’opération

Une amnistie repose sur un équilibre délicat. Elle doit rendre la remise suffisamment sûre pour convaincre des détenteurs de se manifester, tout en évitant que la période de clémence soit perçue comme une absence durable de contrôle. La promesse de ne pas interroger ni sanctionner les personnes qui rendent leur arme est donc centrale. Sa mise en œuvre concrète sera déterminante.

Pour les habitants, les enjeux ne sont pas identiques partout. Dans les villes, l’attention peut porter sur les armes associées aux vols et aux réseaux criminels. Dans les zones éloignées des services publics, les autorités devront expliquer comment et où remettre une arme, sans exposer les personnes à des déplacements risqués ou à des traitements arbitraires. Le discours présidentiel insiste aussi sur le comportement des agents : Chapo leur a demandé discipline, professionnalisme et respect de la loi.

Cette exigence prend un relief particulier dans un pays encore marqué par les tensions consécutives à l’élection d’octobre 2024. Daniel Chapo a été investi le 15 janvier 2025, après un scrutin contesté et des mois de manifestations. Amnesty International a documenté des atteintes aux droits humains et un recours illégal à la force par des membres des forces de sécurité pendant la répression des protestations. Ce contexte ne permet pas de préjuger de la conduite de l’opération « Amnistie 2 », mais il rend essentielles la transparence et la protection des libertés annoncées par le président.

Un enjeu qui dépasse les frontières mozambicaines

Le Mozambique est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), l’organisation régionale qui rassemble des pays d’Afrique australe. Son protocole sur les armes à feu, les munitions et les matériels connexes prévoit notamment la coopération policière, l’échange d’informations et la remise volontaire d’armes. L’initiative mozambicaine s’inscrit ainsi dans un cadre régional où la lutte contre la fabrication, la circulation et la détention illicites ne peut dépendre d’un seul État.

Pour que l’opération produise des résultats durables, plusieurs éléments restent à observer : le nombre et le type d’armes remises, leur traçabilité, la manière dont les collectes forcées seront menées après décembre et l’existence d’un bilan public. À ce stade, aucun chiffre sur les armes déjà récupérées ni aucune donnée indépendante sur l’ampleur du stock illégal n’a été communiqué dans les comptes rendus consultés. Il serait donc prématuré d’évaluer l’impact du programme.

La portée régionale dépendra aussi de la coopération contre les trafics transfrontaliers. Un dispositif centré sur la remise des armes détenues à l’intérieur du pays ne suffit pas, en soi, à interrompre les circuits d’approvisionnement. Pour les Mozambicains, le test immédiat sera plus concret : la possibilité de remettre une arme sans crainte, puis de constater que la règle s’applique avec cohérence et dans le respect des droits.

Sources de contexte : Radar Nacional sur l’annonce à Manhiça, 360 Mozambique sur l’opération et son objectif déclaré, protocole de la SADC sur le contrôle des armes et Amnesty International sur le contexte des droits humains au Mozambique.