À Nouakchott, quelques jours après que deux incendies ont perturbé des installations électriques stratégiques, la formation du nouveau gouvernement donne un premier signal politique : le ministre chargé de l’Énergie quitte son poste. Mais le changement de titulaire ne règle pas, à lui seul, la question centrale pour les habitants et les entreprises : comment éviter qu’une défaillance du réseau ne se transforme de nouveau en coupures étendues ?
Un remaniement après la publication d’un rapport d’enquête
Le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a reconduit El Moctar Ould Djay comme Premier ministre le vendredi 9 octobre 2026. Le lendemain, samedi 10 octobre, la présidence a annoncé la composition de la nouvelle équipe, qui compte 29 membres, dont le ministre délégué chargé de la décentralisation. La liste officielle confirme le départ de Mohamed Ould Khaled du ministère de l’Énergie et du Pétrole.
Ce changement intervient après la publication du rapport de la commission indépendante chargée d’examiner les incendies de deux postes de transformation de la Société mauritanienne d’électricité (SOMELEC), situés à Nouakchott-Nord et Nouakchott-Ouest. Les sinistres se sont produits les 18 et 21 août, selon la couverture de la réunion de suivi par l’Agence mauritanienne d’information (AMI). Le rapport a été rendu public le 8 octobre.
Le document décrit des irrégularités techniques, administratives et contractuelles dans la mise en œuvre d’un programme d’urgence électrique. Un compte rendu détaillé de la presse mauritanienne évoque notamment l’attribution d’un marché à une entreprise jugée non qualifiée, des modifications de spécifications et la mise en service d’installations malgré des réserves techniques. Ces conclusions mettent en cause plusieurs acteurs et organismes du secteur ; elles ne se limitent donc pas à la responsabilité politique du ministre.
La présidence a confié le portefeuille de l’Énergie et du Pétrole à Mohamed Ould Abdel Vetah, qui a déjà occupé cette fonction. Le rapport d’enquête doit désormais se traduire en mesures concrètes. La Primature a indiqué que le chef de l’État demandait l’application intégrale de ses recommandations.
Des changements dans les portefeuilles régaliens et économiques
Le remaniement dépasse le seul secteur électrique. Ba Ousmane prend la Défense, tandis qu’El Moctar Ould Ahmed Bouceif est nommé à l’Intérieur, à la Promotion de la décentralisation et au Développement local. Des changements interviennent également aux Finances, à la Santé, à l’Agriculture, aux Mines et à la Culture.
La nouvelle équipe compte huit femmes, selon les décomptes relayés lors de son annonce. Aïssata Lam prend le portefeuille de la Pêche, des Infrastructures maritimes et portuaires, un secteur important pour l’emploi côtier, les recettes publiques et les exportations. Elle arrive à ce poste alors que Nouakchott et l’Union européenne négocient l’avenir de leur partenariat de pêche.
Le protocole actuel encadrant l’accès des navires européens aux eaux mauritaniennes arrive à échéance le 14 novembre 2026, selon la Commission européenne. L’accord prévoit une contribution financière européenne et des possibilités de pêche pour plusieurs flottes. La négociation intéresse les autorités et les opérateurs européens, mais aussi les acteurs mauritaniens : pêcheurs artisanaux, communautés du littoral, entreprises de transformation et travailleurs portuaires. Les modalités de l’accès aux ressources et les retombées locales seront donc des enjeux à suivre.
La panne électrique, un enjeu quotidien au-delà de la capitale
Les incendies ont montré combien la fiabilité du réseau compte pour les ménages, les commerces et les services publics. Les coupures touchent directement l’activité économique et les usages domestiques ; leurs effets peuvent être plus lourds pour les petites entreprises, qui disposent de moins de moyens pour amortir une interruption. Les zones de Nouakchott directement raccordées aux postes endommagés ont été exposées aux conséquences immédiates, tandis que les décisions d’investissement et de maintenance concernent aussi les réseaux de l’intérieur du pays.
Le dossier met ainsi en évidence un enjeu de gouvernance : la responsabilité ne se mesure pas seulement aux nominations. Elle dépend aussi de la transparence des marchés, du contrôle technique avant la mise en service et de la capacité de la SOMELEC à prévenir les incidents. La publication du rapport offre une base à cet examen. La mise en œuvre de ses recommandations, elle, permettra de juger si les pratiques changent réellement.
Sur le plan régional, la Mauritanie appartient à l’Union du Maghreb arabe, tandis que ses liens économiques et énergétiques avec ses voisins d’Afrique de l’Ouest rendent la continuité des infrastructures particulièrement importante. Il ne faut toutefois pas confondre cet ancrage avec une appartenance à la CEDEAO : la Mauritanie a quitté cette organisation en 2000. À l’échelle continentale, la question rejoint un défi partagé par de nombreux pays : sécuriser les équipements, développer les capacités et garantir un service suffisamment fiable pour les populations comme pour les activités productives.
Les prochaines décisions seront déterminantes
La composition du cabinet renouvelle plusieurs postes, mais la première épreuve se jouera dans l’exécution. Il faudra observer les suites administratives du rapport, les améliorations apportées aux installations de Nouakchott et les mesures de contrôle appliquées aux projets électriques. Pour le nouveau ministre, l’enjeu est de restaurer la confiance dans la gestion du secteur sans réduire l’affaire au départ de son prédécesseur.
En parallèle, la négociation avec l’Union européenne devra avancer avant l’expiration du protocole de pêche, le 14 novembre. Ces deux dossiers ramènent le nouveau gouvernement à une même attente : transformer les annonces en décisions vérifiables, dont les effets se ressentent autant dans la capitale que dans les régions de l’intérieur.
Composition officielle du nouveau gouvernement mauritanien, publiée par l’AMI · Publication du rapport d’enquête sur les incendies des postes électriques · Éléments détaillés sur les conclusions de l’enquête, rapportés par Madar · Dates et dispositions du protocole de pêche entre l’Union européenne et la Mauritanie