Pour les habitants du Tigré, la reprise d’une liaison aérienne avec Addis-Abeba peut alléger l’isolement imposé par trois semaines de suspension. Mais le retour des avions ne signifie pas que la sécurité est rétablie : la ligne rouvre dans une région où les affrontements ont repris et où l’autorité sur le terrain reste disputée.

Une desserte interrompue au cœur des combats

Ethiopian Airlines prévoit de reprendre le dimanche 11 octobre 2026 ses vols réguliers entre Addis-Abeba, capitale de l’Éthiopie, et Mekelle, capitale régionale du Tigré. La compagnie a annoncé vendredi la réouverture des réservations. Cette date et cette reprise ont été rapportées par plusieurs médias, dont Africanews et Reuters, repris par Devdiscourse.

La liaison avait été suspendue le 23 septembre, au moment où les combats s’intensifiaient dans le nord du pays. Ethiopian Airlines avait alors également interrompu ses vols vers Axoum et Shire, deux autres villes du Tigré. La compagnie avait invoqué « la situation actuelle » dans la région, sans détailler les risques opérationnels.

Ce jour-là, des forces liées au Front populaire de libération du Tigré (TPLF), parti et mouvement politique dominant dans la région, avaient pris le contrôle de l’aéroport de Mekelle, jusque-là tenu par la police fédérale, selon plusieurs comptes rendus. L’Associated Press a rapporté le 3 octobre que des forces fédérales avaient repris l’aéroport, d’après des habitants de la ville. Le TPLF a ensuite annoncé le retrait de ses forces de Mekelle. Des combattants alliés au gouvernement fédéral sont entrés dans la ville le week-end du 3 et 4 octobre, selon des témoins cités par l’agence.

La reprise annoncée concerne Mekelle. À la date du 9 octobre, les informations disponibles ne confirment pas le rétablissement des vols vers Axoum et Shire. Le retour d’une liaison ne doit donc pas être interprété comme la normalisation de l’ensemble du transport aérien au Tigré.

Un accès essentiel, mais pas un indicateur de paix

La liaison avec Addis-Abeba est un axe pratique pour les déplacements des habitants, des agents publics et des travailleurs humanitaires. Elle peut aussi faciliter l’arrivée de marchandises et de soins qui dépendent du transport aérien lorsque les routes sont difficiles ou exposées aux combats. Ces bénéfices restent toutefois tributaires de la régularité des vols et de la situation autour de l’aéroport.

Les effets d’une suspension ne sont pas les mêmes pour tous. Les personnes pouvant acheter un billet et se rendre à l’aéroport disposent d’une option que n’ont pas nécessairement les ménages aux revenus modestes ou les populations vivant loin de Mekelle. Les entreprises formelles dépendent des liaisons pour leurs échanges et leurs déplacements professionnels ; une large part de l’activité quotidienne, elle, repose sur des marchés et des réseaux locaux. La reprise aérienne ne suffit donc pas à rétablir les circuits terrestres ou les services interrompus.

Le précédent de 2020-2022 éclaire les inquiétudes. La guerre entre les forces fédérales et le TPLF a pris fin avec l’accord signé à Pretoria, en Afrique du Sud, en novembre 2022. Cet accord devait permettre une cessation des hostilités et le rétablissement progressif des services. La reprise des combats en septembre 2026 ravive la crainte d’un nouvel isolement du Tigré. L’Associated Press a rapporté que l’Union africaine avait appelé à la retenue, estimant que la nouvelle escalade menaçait l’accord de Pretoria.

La stabilité régionale reste en question

Le dossier dépasse les rapports entre Addis-Abeba et Mekelle. L’Éthiopie est membre de l’IGAD, l’organisation régionale qui réunit plusieurs pays de la Corne de l’Afrique et travaille notamment sur la paix et la coopération. Une instabilité prolongée au Tigré complique les efforts régionaux, alors que les relations entre l’Éthiopie et l’Érythrée sont également tendues. Cela ne permet pas de conclure à une extension du conflit, mais rend la situation frontalière et les initiatives diplomatiques particulièrement importantes à suivre.

Pour les autorités fédérales, la reprise des vols marque le rétablissement d’un lien avec une ville où des forces alliées au gouvernement sont entrées après le retrait annoncé du TPLF. Pour la population, l’enjeu immédiat est plus concret : savoir si les avions décolleront effectivement, si l’accès à l’aéroport restera sûr et si les autres liaisons reprendront. Ces questions ne sont pas réglées par la seule annonce de la compagnie.

Le 11 octobre constituera donc un test opérationnel, pas un accord politique. Les prochains signes à surveiller sont la continuité des vols, le sort des dessertes d’Axoum et de Shire, ainsi que l’évolution des rapports de force sur le terrain. Tant que ces éléments restent incertains, la reprise entre Addis-Abeba et Mekelle doit être présentée comme une ouverture limitée dans une crise toujours en cours.