La qualification historique de la République démocratique du Congo pour la Coupe du monde 2026 ne se joue plus seulement sur les terrains. Elle est désormais rattrapée par une question administrative qui pourrait fragiliser le parcours des Léopards : le gardien Lionel Mpasi disposait-il bien de l’autorisation nécessaire pour représenter la sélection congolaise ?

Une qualification née d’un parcours exceptionnel

La RDC a validé son billet pour le tournoi mondial après avoir remporté le barrage africain contre le Nigeria, puis le barrage intercontinental face à la Jamaïque. Cette qualification a mis fin à 52 années d’attente. Pour les Congolais, elle représentait un moment majeur dans l’histoire sportive du pays.

Le gardien Lionel Mpasi a participé à plusieurs rencontres de cette campagne. Il a ensuite disputé les quatre matchs de la RDC au Mondial, notamment un nul 1-1 contre le Portugal et la défaite 2-1 face à l’Angleterre en seizièmes de finale.

Mais des documents internes de la Fédération internationale de football association, consultés par une enquête du Monde et du New York Times, soulèvent aujourd’hui un doute sur son statut sportif.

Le changement d’affiliation n’aurait pas été finalisé

Âgé de 32 ans, Lionel Mpasi possède la double nationalité franco-congolaise. Il a auparavant porté le maillot de la France dans les catégories de jeunes, notamment chez les moins de 17 ans. Cette participation ne l’empêchait pas automatiquement de choisir une autre sélection, mais elle nécessitait une procédure officielle auprès de la FIFA.

D’après les documents rapportés par les deux médias, la Fédération congolaise de football association aurait engagé cette procédure en 2021. Toutefois, le dossier n’aurait jamais été complété jusqu’à son terme. En conséquence, Mpasi aurait joué plusieurs matchs avec la RDC sans disposer de la décision formelle autorisant son changement d’association sportive.

Cette notion ne concerne pas simplement la nationalité civile. Elle détermine la sélection nationale qu’un joueur peut représenter dans les compétitions reconnues par la FIFA. Un footballeur peut donc être ressortissant d’un pays sans être automatiquement autorisé à jouer pour sa sélection.

La plateforme officielle de la FIFA consacrée aux changements d’association rappelle que ces modifications doivent respecter des conditions précises et faire l’objet d’un examen par l’instance compétente. La présence d’un joueur dans une liste de sélection ne suffit donc pas toujours à régler la question.

La plainte du Nigeria au centre du dossier

L’affaire a pris une dimension sportive après une réclamation de la Fédération nigériane de football. Le Nigeria avait été éliminé par la RDC lors du barrage africain. Il a ensuite demandé à la FIFA d’examiner l’éligibilité de plusieurs joueurs congolais.

Selon les documents cités, les services juridiques de la FIFA ont étudié plusieurs scénarios. Ils auraient notamment envisagé de donner le match perdu au Nigeria, de sanctionner la fédération congolaise ou de modifier l’affiche du barrage intercontinental contre la Jamaïque.

Une autre option consistait à ne pas donner suite à la plainte, en raison de son dépôt considéré comme tardif. C’est finalement cette voie qui a été retenue sur le plan disciplinaire.

La FIFA affirme que sa commission de discipline a déclaré la réclamation nigériane irrecevable. L’instance précise que la décision a été notifiée à la Fédération nigériane au début du mois de mars 2026 et qu’elle est devenue définitive en l’absence de recours conforme.

La fédération internationale rejette également l’idée d’une intervention de son président, Gianni Infantino, dans la procédure. Elle rappelle que ses organes juridictionnels sont autonomes et qu’ils statuent à partir des règlements applicables et des faits propres à chaque dossier.

Un risque pour les résultats, mais pas encore une annulation

Le point le plus sensible concerne les conséquences possibles sur les matchs déjà disputés. Si l’alignement d’un joueur inéligible était officiellement retenu, les rencontres concernées pourraient faire l’objet d’une décision disciplinaire. Dans certains cas, la FIFA peut attribuer un match perdu sur tapis vert.

Un précédent existe. En 2016, la Bolivie avait perdu deux matchs de qualification pour la Coupe du monde 2018 après avoir utilisé un joueur qui ne remplissait pas les conditions requises. Toutefois, chaque dossier est examiné séparément. Le délai de la plainte, la connaissance éventuelle du problème par les fédérations et la nature de la compétition peuvent peser dans la décision.

Dans le cas de la RDC, aucune décision publiée n’a annulé les résultats des barrages ni la qualification pour le Mondial. Les révélations posent donc davantage une question de gouvernance et de transparence qu’une sanction sportive déjà prononcée.

Pour les joueurs et le staff congolais, l’enjeu est aussi symbolique. La sélection a construit sa campagne autour d’un groupe qui a porté les espoirs de tout un pays. Une remise en cause administrative pourrait affecter la perception de cette performance, même si elle ne retire pas les arrêts réalisés par Mpasi ni le travail accompli sur le terrain.

La pression monte sur la gouvernance du football africain

Cette controverse intervient dans un contexte où les fédérations africaines demandent régulièrement davantage de clarté dans l’application des règlements internationaux. Les procédures d’éligibilité concernent de plus en plus de joueurs issus des diasporas, notamment ceux qui ont représenté plusieurs pays dans les catégories de jeunes.

La RDC n’est pas isolée sur ce terrain. Les sélections africaines s’appuient largement sur des joueurs formés en Europe, en Amérique du Nord ou au Moyen-Orient. Cette circulation renforce leur compétitivité, mais elle exige aussi un suivi administratif rigoureux entre les fédérations nationales et la FIFA.

La Confédération africaine de football, qui réunit les fédérations du continent, se retrouve ainsi confrontée à une question plus large : comment garantir la même sécurité juridique à toutes les équipes, qu’elles soient puissantes ou moins influentes ?

Le dossier concerne également le Burkina Faso. D’après les éléments rapportés par l’enquête, une modification des résultats des qualifications aurait pu changer la composition des barrages africains et ouvrir une autre voie à la sélection burkinabè.

À ce stade, la FIFA maintient la qualification de la RDC et ne remet pas publiquement en cause la participation de Lionel Mpasi au tournoi. La suite dépendra d’éventuelles contestations, de la publication de nouveaux éléments et de la manière dont l’instance expliquera sa décision. Pour le football africain, l’affaire rappelle surtout qu’une qualification historique doit être protégée par des procédures aussi solides que les performances sportives.