À Tunis comme dans les régions, le panier alimentaire se renchérit plus vite que l’inflation générale. En septembre 2026, cette pression s’est concentrée sur les produits frais, au moment où la Tunisie tente de sécuriser sa production agricole malgré le manque d’eau et des marges financières réduites.

Les produits frais tirent les prix vers le haut

L’inflation annuelle a atteint 5,6 % en septembre 2026, contre 5,4 % en août, selon les données publiées le 5 octobre par l’Institut national de la statistique (INS). La hausse reste donc modérée à l’échelle globale, mais elle masque une évolution beaucoup plus forte dans l’alimentation.

Les prix du groupe « alimentation et boissons » ont progressé de 8,4 % sur un an. Ils augmentaient de 7,5 % en août. L’accélération atteint ainsi 0,9 point en un mois.

Les principales hausses concernent les volailles, dont les prix ont augmenté de 16,5 %. Les fruits frais suivent avec 16,3 %. La viande ovine progresse de 14,6 %, devant la viande bovine à 13 %, les légumes frais à 12,9 % et les poissons frais à 10,4 %.

Cette dynamique touche directement les dépenses courantes des ménages. Elle pèse particulièrement sur les familles qui consacrent une part élevée de leur revenu à l’alimentation. Dans les zones rurales, elle affecte aussi les producteurs lorsque l’augmentation des prix de vente ne compense pas celle des aliments pour bétail, de l’énergie, du transport ou des intrants.

Un mouvement inverse apparaît toutefois sur les huiles alimentaires. Leurs prix ont reculé de 4,1 % sur un an. Cette baisse ne suffit pas à compenser le renchérissement des produits frais, plus présents dans les achats quotidiens et plus exposés aux variations de l’offre.

Une inflation qui ne se limite pas à l’alimentation

L’évolution de septembre ne concerne pas uniquement les marchés alimentaires. Les prix de l’habillement et des chaussures ont augmenté de 9,2 %, contre 9 % en août. Ceux de l’enseignement ont progressé de 5,5 %, après 5,4 % un mois plus tôt.

Sur un mois, l’indice général des prix a augmenté de 0,8 %. L’alimentation et les boissons ont enregistré une hausse mensuelle de 2,1 %. Les légumes frais ont progressé de 6,9 %, les œufs de 6,1 %, les volailles de 5,7 % et les fruits frais de 2,4 %.

La rentrée scolaire a également renforcé la pression sur les budgets. Les prix des services d’enseignement ont augmenté de 3,9 % entre août et septembre. Cette évolution s’explique notamment par la hausse des tarifs de l’enseignement privé, des cours de soutien et des fournitures scolaires.

L’INS indique par ailleurs que l’inflation sous-jacente, qui exclut les produits alimentaires et l’énergie, est restée stable à 4,9 %. Les produits alimentaires non encadrés ont augmenté de 9,4 %, tandis que ceux dont les prix sont encadrés ont progressé de 0,2 %.

Cette différence met en évidence un enjeu central pour les autorités tunisiennes. Les mesures de contrôle ou d’encadrement peuvent limiter certaines hausses, mais elles ne règlent pas les difficultés d’approvisionnement, les coûts de production ou les tensions sur les circuits de distribution.

L’eau et le financement au cœur de la réponse agricole

L’agriculture reste un secteur important pour l’économie tunisienne et l’emploi. Elle demeure toutefois fragilisée par la pénurie d’eau, les épisodes de sécheresse et les contraintes de financement. Ces facteurs réduisent les rendements et rendent l’offre alimentaire plus vulnérable aux variations climatiques.

La campagne céréalière 2025-2026 illustre cette volonté de renforcer la production nationale. La Banque nationale agricole (BNA) a prévu une enveloppe de 140 millions de dinars tunisiens pour financer environ 4 700 agriculteurs. Ce montant dépasse les 120 millions de dinars programmés pour la campagne précédente, destinée à quelque 4 000 exploitants.

Ce financement vise notamment à soutenir les différentes étapes de la filière céréalière. Il doit faciliter l’accès aux moyens de production et accompagner les agriculteurs dans un secteur stratégique pour la sécurité alimentaire tunisienne.

Le défi ne se résume cependant pas au volume des crédits. La disponibilité de l’eau, la qualité des semences, l’accès aux engrais, le stockage et le transport déterminent aussi le niveau de l’offre. Un financement plus important peut soutenir la campagne, mais il ne peut pas, à lui seul, compenser un déficit hydrique durable.

La situation varie également selon les territoires. Les producteurs du Nord-Ouest, davantage associés aux grandes cultures, ne rencontrent pas les mêmes contraintes que les exploitations du Centre ou du Sud, où l’accès à l’eau et les coûts logistiques peuvent peser plus lourdement. Dans les villes, la hausse se transmet surtout par les marchés et les commerces. Dans les campagnes, elle affecte simultanément la production et la consommation.

La Banque centrale maintient une ligne prudente

Face à cette progression des prix, la Banque centrale de Tunisie (BCT) a maintenu son taux directeur à 7 % lors de sa réunion du 29 juillet 2026. Le taux directeur influence le coût du crédit et constitue l’un des principaux instruments de la politique monétaire.

La décision traduit une approche prudente. La BCT cherche à poursuivre la désinflation, tout en tenant compte des risques de nouvelles pressions sur les prix. Un relâchement monétaire pourrait soutenir le financement de l’économie, mais aussi alimenter la demande ou accentuer les tensions sur les importations. À l’inverse, des taux élevés peuvent renchérir le crédit pour les entreprises et les exploitants agricoles.

Le choix monétaire doit donc composer avec deux priorités parfois contradictoires : contenir l’inflation et préserver l’activité. Pour les ménages, l’enjeu immédiat reste le pouvoir d’achat. Pour les producteurs, il concerne l’accès au financement et la capacité à investir avant la prochaine récolte.

Un enjeu tunisien inscrit dans les équilibres maghrébins

La hausse des prix alimentaires en Tunisie s’inscrit dans une question plus large pour l’Afrique du Nord : comment accroître la production tout en gérant la rareté de l’eau et la dépendance à certains approvisionnements extérieurs ? La Tunisie partage cette contrainte avec plusieurs pays de l’Union du Maghreb arabe (UMA), espace régional qui regroupe notamment la Tunisie, l’Algérie, le Maroc, la Libye et la Mauritanie.

La réponse dépendra autant des politiques nationales que de la capacité à améliorer les échanges régionaux, les chaînes de stockage et la circulation des produits. Elle dépendra aussi du suivi des prochaines récoltes, de l’évolution des prix des aliments pour bétail et de la disponibilité des céréales.

À court terme, les données d’octobre permettront de voir si l’accélération alimentaire observée en septembre se confirme. À moyen terme, la question sera plus structurelle : la Tunisie pourra-t-elle renforcer son offre agricole sans aggraver la pression sur ses ressources en eau et sur ses finances publiques ?