Pour le Togo, l’enjeu n’est pas de posséder rapidement un satellite. Il est d’abord de savoir exploiter les images venues de l’espace pour mieux décider au sol. Agriculture, eau, ressources minières et énergies renouvelables sont au cœur du nouveau rapprochement engagé avec le Kirghizistan.

Une coopération construite autour des usages

Le Togo et le Kirghizistan ont conclu, jeudi 1er octobre 2026, un accord de coopération dans le domaine spatial. L’annonce intervient au moment où le premier satellite national kirghiz a été placé en orbite depuis la Californie, à bord d’une fusée Falcon 9 de SpaceX. Le lancement a été confirmé par la presse kirghize et par des informations liées à la présidence du pays.

Développé et assemblé au Kirghizistan par la société publique Kyrgyz Asman, l’engin est destiné à l’observation de la Terre. Ses données doivent notamment servir à surveiller l’état des cultures, les terres agricoles et les pâturages. Elles peuvent aussi aider à détecter des signes de sécheresse, à évaluer les ressources en eau et à réaliser des estimations préliminaires de rendement.

Le dispositif présente également un intérêt pour la surveillance de l’environnement. Les images satellitaires peuvent documenter l’évolution des forêts, des zones dégradées ou des conséquences d’événements naturels. Dans un pays comme le Togo, cette capacité peut compléter les relevés de terrain et les données météorologiques disponibles.

Dans la première phase du partenariat, Bichkek doit transmettre des données au Togo. Le volet technique prévoit aussi un partage de compétences et la formation de personnels togolais à l’analyse des images. Cette approche permet à Lomé d’accéder à des informations spatiales sans financer immédiatement la conception et la mise en orbite d’un satellite national.

Le Togo s’appuie sur des dispositifs déjà engagés

Cette coopération ne part pas de zéro. Le Togo développe depuis plusieurs années des usages publics de l’observation de la Terre. Un laboratoire soutenu par le Programme des Nations unies pour le développement, avec un financement annoncé de plus de 170 millions de francs CFA, a notamment été mis en place à l’Université de Lomé pour travailler sur les données satellitaires et leur traitement.

Ces outils intéressent plusieurs secteurs. Ils peuvent contribuer au suivi de la sécurité alimentaire, à la prévention des catastrophes et à la gestion des ressources naturelles. Ils offrent aussi une base commune aux administrations, aux chercheurs et aux acteurs de terrain, à condition que les données soient accessibles et traduites en informations directement utilisables.

Dans la région des Savanes, au nord du pays, des initiatives associent déjà images satellitaires, intelligence artificielle et informations agricoles. Une expérimentation soutenue par le PNUD et le Japon couvre une zone d’environ 1 000 kilomètres carrés dans les préfectures de Cinkassé et de Tône. Elle vise à suivre les cultures et à anticiper certains risques climatiques.

Cette région occupe une place particulière dans les politiques publiques togolaises. Elle combine une forte activité agricole, une pression sur les terres et les ressources en eau, ainsi qu’une exposition accrue aux aléas climatiques. Les données spatiales peuvent aider à cibler les interventions, mais elles ne remplacent ni les agriculteurs, ni les services déconcentrés, ni les connaissances locales.

Des retombées attendues pour l’agriculture et les territoires

Pour les producteurs, l’intérêt se situe d’abord dans la régularité et la précision de l’information. Une image satellitaire ne donne pas directement une solution à un agriculteur. En revanche, elle peut signaler une baisse de vigueur des cultures, une anomalie de couverture végétale ou une zone exposée au manque d’eau.

Ces indications peuvent ensuite être croisées avec les observations des services agricoles et les prévisions de l’Agence nationale de la météorologie. Elles peuvent soutenir les décisions concernant les semis, l’irrigation, la protection des sols ou la distribution des intrants. La valeur du dispositif dépendra donc de la rapidité avec laquelle les résultats seront transformés en conseils compréhensibles.

Le partenariat vise aussi l’exploration des minéraux stratégiques et le développement des énergies renouvelables. Les données d’observation peuvent contribuer à cartographier certains espaces, à repérer des changements d’occupation des sols et à préparer des études d’implantation. Toutefois, elles devront être complétées par des études géologiques, environnementales et sociales avant toute décision d’investissement.

Pour la ministre togolaise de l’Efficacité de la fonction publique et de la Transformation numérique, Cina Lawson, la technologie spatiale doit être jugée à l’aune de ses applications concrètes. Elle a résumé cette orientation en expliquant que sa valeur réside dans ce qu’elle apporte à la population et à l’économie, notamment dans l’agriculture, la gestion des ressources naturelles et les énergies propres.

Une ouverture vers de nouveaux partenariats

Le choix du Kirghizistan donne à cette coopération une dimension particulière. Le Togo appartient à l’Afrique de l’Ouest et travaille au sein de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Le Kirghizistan, lui, se situe en Asie centrale. Leur rapprochement illustre une coopération Sud-Sud qui ne passe pas nécessairement par les circuits traditionnels de la coopération internationale.

Le partenariat pourrait dépasser le simple transfert d’images. Les deux pays envisagent d’élargir leurs échanges dans le secteur spatial et d’étudier, à terme, la possibilité de développer ou de lancer ensemble de futurs engins. Une telle perspective resterait toutefois conditionnée à la formation des compétences, au financement des projets et à la capacité de bâtir une gouvernance claire des données.

Pour le Togo, l’enjeu sera également de faire circuler ces informations au-delà de Lomé. Les administrations centrales disposent souvent de moyens techniques plus importants que les services régionaux. Or, les bénéfices attendus concernent surtout les territoires agricoles, les communes exposées aux inondations et les zones où la pression sur les ressources naturelles est la plus forte.

À l’échelle ouest-africaine, cette expérience rejoint les efforts menés par le CILSS et son centre régional AGRHYMET, qui développent des outils de suivi climatique et d’alerte précoce pour les pays du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest. Les images du satellite kirghiz pourront donc prendre toute leur valeur si elles sont compatibles avec les systèmes régionaux existants.

La prochaine étape sera de mesurer les résultats sur le terrain. Il faudra vérifier la fréquence des données transmises, leur résolution, la formation effectivement assurée et leur utilisation par les services togolais. La coopération spatiale entre Lomé et Bichkek ne se jouera pas seulement en orbite. Elle se jugera dans les champs, les bassins versants et les territoires où les décisions doivent être prises rapidement.

Les informations publiées par l’agence kirghize Kabar détaillent les usages agricoles et environnementaux prévus pour le satellite. Au Togo, le PNUD présente les applications des données satellitaires dans la sécurité alimentaire, la prévention des catastrophes et le suivi des ressources naturelles.