À Bamako comme dans les régions maliennes les plus exposées aux violences, la rentrée scolaire du jeudi 1er octobre 2026 ne se résume pas à la reprise des cours. Pour des centaines de milliers d’enfants, la question reste d’abord celle de l’accès à une salle de classe.

Le Mali ouvre l’année scolaire 2026-2027 avec un réseau éducatif encore fortement perturbé. Les fermetures touchent surtout les zones où l’administration, les enseignants et les familles doivent composer avec les attaques, les déplacements de population et la présence de groupes armés.

Un établissement sur cinq reste hors service

Selon les données du Cluster Éducation Mali, mécanisme de coordination réunissant notamment le ministère de l’Éducation et des organisations partenaires, 2 444 écoles étaient non fonctionnelles à la fin du mois d’avril 2026. Le chiffre a été publié le 24 juin et reste celui repris à l’approche de la rentrée.

Ces établissements représentent environ un cinquième des 11 860 écoles recensées dans le périmètre concerné par ce suivi. La fermeture affecte directement 733 200 élèves et 14 664 enseignants, d’après les chiffres relayés par plusieurs acteurs maliens du secteur.

Le phénomène s’inscrit dans une dégradation progressive. Le Mali comptait environ 1 300 écoles fermées en 2020. Le nombre était passé à près de 1 800 en 2024, puis à plus de 2 000 en 2025. Les données de 2026 marquent donc un nouveau niveau de tension pour le système éducatif.

Le bilan ne renvoie pas à une seule cause. Certaines écoles ont été visées par des menaces ou des attaques. D’autres ont été pillées, endommagées ou détruites. Dans plusieurs localités, les enseignants ne peuvent plus rejoindre leur poste sans exposer leur sécurité. Des établissements servent aussi de lieux d’accueil à des familles déplacées.

Le Cluster Éducation signale également l’effet des déplacements de population et, dans certaines zones, des inondations. La fermeture d’une école ne signifie donc pas toujours que le bâtiment a été directement attaqué. Elle peut aussi traduire l’effondrement des conditions nécessaires à la continuité des cours.

Le Nord et le Centre concentrent les difficultés

La situation est particulièrement préoccupante dans les régions du Nord. À Ménaka, les autorités maliennes ne contrôlent pleinement que la capitale régionale, tandis que plusieurs zones rurales restent exposées aux groupes armés. Plus de la moitié des écoles de l’académie de Ménaka ne fonctionnent pas, selon les données disponibles.

À Kidal et dans la zone de Tessalit, la situation des enseignants demeure également un sujet majeur. Les organisations syndicales l’ont placée au cœur des discussions préparatoires avec le ministère de l’Éducation nationale, aux côtés de la sécurisation des établissements et de la disponibilité des fournitures scolaires.

Dans le Centre, les écarts sont tout aussi marqués. Les académies de Bandiagara, Douentza et Tenenkou figurent parmi les plus affectées. Certaines communes rurales restent difficiles d’accès pour les services publics. La fermeture d’une école y prive souvent les enfants de toute solution de proximité.

Le problème dépasse alors le seul calendrier scolaire. Lorsque la classe disparaît, les familles doivent parfois envoyer leurs enfants dans une autre localité. Pour les ménages déplacés ou vivant de l’économie informelle, le transport, le logement et les fournitures constituent des obstacles supplémentaires.

Les filles peuvent être particulièrement exposées à cette rupture. L’éloignement d’un établissement, l’insécurité sur les trajets et l’augmentation des charges familiales réduisent leurs chances de reprendre les cours. Dans les zones rurales, une fermeture prolongée peut aussi accroître les risques de travail précoce ou de mariage avant la fin de la scolarité.

Une ambition nationale confrontée à la réalité du terrain

Le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, a décrété la période 2026-2027 « Année de l’éducation et de la culture ». L’objectif affiché est de consacrer un effort national au renforcement de l’école et à l’investissement dans le capital humain.

Le gouvernement malien a engagé des réunions avec les syndicats, les associations de parents d’élèves, les promoteurs d’écoles privées et les autres partenaires du secteur. Ces échanges portent notamment sur la sécurité des établissements, l’affectation des enseignants, les orientations des admis au Diplôme d’études fondamentales et la disponibilité des manuels.

Cette mobilisation peut aider à maintenir les cours dans les zones accessibles. Elle ne suffit toutefois pas à rouvrir une école située dans une localité où les enseignants ne peuvent pas circuler ou où les familles ont été déplacées. La reprise scolaire dépend donc directement de la capacité des autorités à sécuriser les axes, les villages et les infrastructures.

La réouverture exige aussi des moyens matériels. Un bâtiment endommagé doit être réhabilité. Une école occupée par des familles déplacées doit trouver une autre solution d’accueil. Un enseignant affecté dans une zone fragile a besoin d’un logement sûr, d’un moyen de transport et de garanties minimales pour rester en poste.

Dans ce contexte, les recrutements ne peuvent pas, à eux seuls, résoudre la crise. Le Mali a organisé en août 2026 un concours direct de recrutement d’enseignants, mais les nouvelles affectations resteront limitées tant que les conditions de sécurité et d’accueil ne seront pas réunies.

Un enjeu qui dépasse les frontières maliennes

La crise scolaire malienne s’inscrit dans une dynamique régionale. Au Sahel, les violences armées ont déplacé des populations et interrompu les services publics dans plusieurs pays. L’école devient ainsi un indicateur concret de la présence effective de l’État, au même titre que la santé, l’état civil ou l’accès à l’eau.

Le Mali a quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, avec le Burkina Faso et le Niger. Les trois pays ont créé l’Alliance des États du Sahel. Cette nouvelle configuration régionale modifie les cadres de coopération, mais elle ne supprime pas les défis communs : circulation des populations, sécurité des enseignants, financement des infrastructures et reconnaissance des parcours scolaires.

Pour les autorités maliennes, la priorité sera de transformer l’« Année de l’éducation et de la culture » en résultats mesurables. Le premier indicateur sera le nombre d’écoles effectivement rouvertes. Il faudra aussi suivre la présence des enseignants, la continuité des cours et la capacité des élèves déplacés à réintégrer le système.

La rentrée du 1er octobre 2026 ouvre donc une période décisive. Elle permettra de vérifier si les annonces nationales peuvent atteindre les communes éloignées de Bamako. Dans ces territoires, la réussite de l’année scolaire dépendra moins des déclarations que de la sécurité quotidienne, du retour des familles et de la reconstruction patiente des services publics.