Dans plusieurs régions ivoiriennes, les exploitations clandestines ne se déplacent plus seulement à moto ou par piste. Elles utilisent aussi des pompes, des dragues et des réseaux installés le long des cours d’eau. Pour reprendre le contrôle de ces espaces, l’État ivoirien engage une nouvelle phase de sa stratégie contre l’orpaillage illégal.
À Yamoussoukro, les autorités ont fixé un délai de six mois pour obtenir des résultats mesurables. Cette échéance place les préfets de région, les forces de sécurité et les administrations techniques devant une même obligation : mieux repérer les sites, interrompre leur approvisionnement et empêcher leur réinstallation.
Une opération qui mise sur la mobilité
Le Groupement spécial de lutte contre l’orpaillage illégal, ou GS-LOI, dispose désormais de moyens supplémentaires. Créée en 2021, cette unité reçoit 300 motos, 30 véhicules pick-up, 12 embarcations et des drones. L’objectif est de permettre des interventions rapides dans des zones difficiles d’accès, sur terre comme sur l’eau, de jour comme de nuit.
Ce renforcement répond à une réalité opérationnelle. Les sites clandestins se trouvent souvent loin des grands axes. Certains s’installent près des rivières ou dans des zones forestières. D’autres changent rapidement d’emplacement après une intervention. Les motos facilitent les déplacements sur les pistes. Les embarcations permettent de surveiller les cours d’eau. Les drones peuvent, eux, contribuer à cartographier les zones exploitées et à suivre leur évolution.
Les équipements ont été remis dans le cadre du dispositif présenté par les autorités ivoiriennes en septembre 2026. Le Conseil national de sécurité ivoirien a également annoncé une coordination renforcée entre les services concernés et un suivi régulier des opérations.
Le passage d’une réponse ponctuelle à une stratégie nationale
Le gouvernement ne présente plus l’orpaillage illégal comme un simple problème minier. Il le classe parmi les enjeux de sécurité nationale. Cette lecture élargit le champ de la réponse. Elle implique la gendarmerie, les forces armées, les Eaux et Forêts, l’administration territoriale, la justice et les services chargés de l’environnement.
Dans les faits, l’exploitation clandestine touche plusieurs secteurs à la fois. Elle prive l’État de recettes. Elle dégrade les sols et les forêts. Elle trouble les cours d’eau. Elle peut aussi favoriser le travail des enfants, la circulation de produits dangereux et la constitution de réseaux de financement difficiles à contrôler.
Les opérations conduites ces derniers mois illustrent cette dispersion géographique. Le GS-LOI est intervenu dans la Bagoué, le Worodougou, l’Hambol, l’Iffou, le Moronou, le Sud-Comoé, le Gontougo, le Kabadougou et le Béré. Dans le département de Dabakala, 181 personnes auraient été interpellées puis déférées entre janvier et août 2026, selon des éléments rapportés par l’Agence ivoirienne de presse.
Ces opérations ont également conduit à la destruction de nombreux équipements. À Dabakala, les autorités ont notamment fait état de concasseurs, de motopompes, de motocyclettes, de tricycles et de tuyaux d’aspiration saisis ou détruits. Ces chiffres décrivent l’ampleur de la logistique nécessaire pour faire fonctionner les sites clandestins.
Des sanctions plus lourdes pour viser les réseaux
La nouvelle orientation ne repose pas uniquement sur la destruction des installations. Le gouvernement ivoirien a adopté un projet de loi destiné à durcir les sanctions. Le texte vise les exploitants, mais aussi les commanditaires, les receleurs, les financiers et les propriétaires de sites impliqués dans les activités illégales.
Les amendes pourraient atteindre 50 à 100 millions de francs CFA, tandis que les peines d’emprisonnement iraient de deux à cinq ans pour plusieurs infractions. Lorsque les faits impliquent un agent public, la peine pourrait atteindre vingt ans de prison. Le projet doit encore suivre la procédure législative avant son entrée en vigueur.
Cette évolution cherche à dépasser une logique limitée aux travailleurs présents sur les sites. En effet, fermer un camp ne suffit pas si les équipements sont remplacés quelques semaines plus tard. Les autorités veulent donc remonter vers les circuits de financement, de transport et de commercialisation de l’or.
Le projet de loi présenté par le gouvernement prévoit aussi de nouvelles incriminations. Cette approche pourrait renforcer les enquêtes financières, à condition que les interpellations débouchent sur des procédures judiciaires solides et sur des décisions effectivement exécutées.
Le défi des populations et des territoires
La fermeté annoncée place toutefois les autorités face à un enjeu local. Dans certaines zones rurales, l’orpaillage procure des revenus rapides à des personnes qui disposent de peu d’alternatives économiques. Les démantèlements peuvent donc interrompre une activité sans régler les raisons qui favorisent sa reprise.
La situation ne se présente pas de la même manière partout. Dans les régions éloignées, les habitants peuvent dépendre des marchés liés aux sites miniers. Dans les villes, les effets se manifestent davantage par la circulation de l’or, des équipements et de l’argent. Les communautés installées près des rivières subissent, elles, les conséquences de la turbidité de l’eau et de la dégradation des terres agricoles.
La réponse publique devra donc combiner contrôle, restauration et alternatives. Le ministère des Mines évoque depuis plusieurs années la formalisation de l’exploitation artisanale, la création de chantiers-écoles et l’organisation de circuits légaux d’achat. Cette voie ne supprime pas la nécessité de sanctionner les activités clandestines. Elle peut cependant réduire l’espace économique qui permet leur retour.
Un enjeu qui dépasse les frontières ivoiriennes
La Côte d’Ivoire partage des frontières avec le Ghana, le Burkina Faso, le Mali, la Guinée et le Liberia. Plusieurs zones minières se trouvent dans des espaces où les mobilités humaines, commerciales et fluviales ne s’arrêtent pas aux limites administratives. La surveillance nationale doit donc s’accompagner d’échanges entre pays voisins.
Cette dimension concerne aussi la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, qui coordonne les politiques de ses membres dans les domaines économiques et sécuritaires. La lutte contre les trafics d’or, de mercure, de carburant et d’équipements miniers suppose des contrôles plus cohérents aux frontières et une meilleure circulation du renseignement.
La prochaine étape sera d’évaluer les résultats au terme des six mois annoncés. Il faudra mesurer le nombre de sites réellement fermés, la réapparition éventuelle des exploitations, les procédures judiciaires engagées et l’état des zones dégradées. Pour les populations concernées, l’efficacité de cette politique se jugera moins au nombre d’opérations annoncées qu’à la capacité de restaurer la sécurité, les terres et les moyens de subsistance.