À Kampala, l’enjeu n’est plus seulement d’attirer des capitaux étrangers. Le gouvernement ougandais cherche désormais à obtenir des partenariats capables de produire localement, de transmettre des technologies et d’ouvrir de nouveaux débouchés aux entreprises du pays. C’est dans cette logique que l’Ouganda prépare son premier forum d’affaires et d’investissement avec l’Italie.

Un rendez-vous placé sous le signe de la transformation économique

La rencontre se tiendra à Rome les 13 et 14 octobre 2026, sous le thème « Unlocking Shared Prosperity », soit « libérer une prospérité partagée ». L’événement est organisé par l’ambassade de l’Ouganda en Italie, avec plusieurs partenaires italiens et internationaux, dont Confindustria, l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel et l’Agence italienne pour le commerce extérieur.

L’annonce a été faite le 28 septembre 2026 à Kampala par l’ambassadrice ougandaise en Italie, Elizabeth Paula Napeyok, et Henry Mayega, responsable de la coopération économique internationale au ministère ougandais des Affaires étrangères. Les organisateurs attendent des représentants des gouvernements, des entreprises, des banques, des institutions financières et des partenaires au développement.

Le programme doit privilégier les échanges directs entre entreprises et administrations. Des rencontres commerciales et institutionnelles sont prévues, ainsi que des discussions sur les coentreprises, le financement de projets et l’implantation d’entreprises italiennes en Ouganda.

Les secteurs ciblés sont nombreux : agro-industrie, transformation manufacturière, infrastructures, énergie, énergies renouvelables, construction, technologies de l’information, santé, industrie pharmaceutique, logistique et tourisme. Cette diversité traduit une priorité de Kampala : ne pas limiter l’investissement extérieur aux matières premières ou aux grands travaux.

Une relation inscrite dans la stratégie est-africaine de Kampala

Le rapprochement avec Rome intervient alors que l’Ouganda tente de renforcer sa place dans les chaînes de valeur de l’Afrique de l’Est. Le pays appartient à la Communauté d’Afrique de l’Est, l’EAC, qui facilite la circulation des biens et la coopération économique entre plusieurs États de la région. Un investissement établi en Ouganda peut donc viser un marché plus large que celui de ses seuls paysans et consommateurs nationaux.

La position géographique du pays renforce cet intérêt. Kampala se trouve au cœur des échanges entre les pays des Grands Lacs et l’Afrique de l’Est. Les corridors routiers et ferroviaires reliant l’Ouganda aux ports de Mombasa, au Kenya, et de Dar es-Salaam, en Tanzanie, restent essentiels pour ses importations et ses exportations.

Pour les entreprises italiennes, l’Ouganda peut offrir une porte d’entrée vers un espace régional en expansion. Pour Kampala, le défi consiste à convertir cet avantage géographique en capacités industrielles, en emplois qualifiés et en exportations à plus forte valeur ajoutée.

La coopération italienne considère l’Ouganda comme l’un de ses pays africains prioritaires pour la période 2024-2026. Cette orientation s’inscrit dans la volonté de Rome d’approfondir ses relations économiques avec le continent, notamment dans l’agriculture, les infrastructures, l’énergie et la formation professionnelle.

Des investissements encore à transformer en projets productifs

Les données disponibles montrent que l’Ouganda attire déjà des montants significatifs d’investissements directs étrangers. Selon les données de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, les flux entrants ont atteint environ 3,4 milliards de dollars en 2025. Ce chiffre place le pays parmi les destinations africaines qui enregistrent les niveaux les plus élevés d’Afrique de l’Est.

Cette progression doit toutefois être interprétée avec prudence. Les flux peuvent être concentrés dans quelques grands projets, notamment dans l’énergie, les hydrocarbures, les transports ou les infrastructures. Une hausse annuelle ne signifie donc pas automatiquement une diversification durable de l’économie.

Le gouvernement ougandais veut précisément orienter davantage ces capitaux vers la transformation locale. Il mise sur l’industrie manufacturière, la production pharmaceutique, l’agro-industrie et les services numériques. Dans ces secteurs, l’investissement étranger peut avoir un effet plus large s’il associe les entreprises ougandaises, les universités et les centres de formation.

L’enjeu concerne aussi les petites et moyennes entreprises. Un grand projet étranger peut créer peu de retombées locales si les fournisseurs, les techniciens et les prestataires nationaux restent à l’écart. À l’inverse, les partenariats avec des entreprises ougandaises peuvent diffuser les normes, les compétences et les technologies.

La réussite du forum dépendra donc moins du nombre de participants que des engagements qui suivront. Les autorités devront présenter des projets suffisamment préparés pour permettre une décision d’investissement. Elles devront aussi clarifier les règles foncières, fiscales, douanières et énergétiques qui influencent directement la rentabilité des activités industrielles.

Le rôle attendu du futur dispositif d’appui aux entreprises

Le forum s’appuie sur une dynamique bilatérale déjà engagée. Les deux pays travaillent à la mise en place d’un futur Business Hub à Kampala. Ce dispositif doit proposer des services aux entreprises, renforcer les compétences, faciliter le transfert de technologies et soutenir les partenariats internationaux.

Un tel outil pourrait aider les entreprises ougandaises à mieux comprendre les exigences du marché italien et, plus largement, celles de l’Union européenne. Il pourrait aussi accompagner les sociétés italiennes dans leurs démarches locales, depuis l’identification d’un partenaire jusqu’à la structuration financière d’un projet.

Mais son impact dépendra de son accessibilité. Les grandes entreprises disposent déjà de réseaux et de conseils spécialisés. Les PME, notamment celles installées en dehors de Kampala, ont davantage besoin d’informations pratiques, de financements adaptés et d’un accompagnement administratif régulier.

Une portée qui dépasse le seul axe Kampala-Rome

Le rapprochement ougando-italien intervient dans une période où plusieurs pays africains cherchent à diversifier leurs partenaires économiques. La concurrence est forte entre les capitales du continent pour attirer les investissements dans l’agriculture, l’énergie propre, la santé, les infrastructures et le numérique.

Pour l’Ouganda, le rendez-vous de Rome sera donc un test. Il devra montrer si les annonces diplomatiques peuvent déboucher sur des projets financés, des contrats commerciaux et des alliances industrielles. La prochaine étape sera de suivre les engagements pris après les rencontres, ainsi que la mission multisectorielle italienne annoncée à Kampala pour novembre 2026.

À l’échelle de l’EAC, le résultat sera également observé avec attention. Si des partenariats solides émergent dans la transformation agricole, la pharmacie ou les énergies renouvelables, ils pourraient renforcer la position de l’Ouganda dans les échanges régionaux. Dans le cas contraire, le forum risque de rester une vitrine supplémentaire dans une compétition africaine devenue très disputée.