Pour le Bénin, l’enjeu ne consiste plus seulement à financer des routes. Il s’agit désormais de relier les pôles urbains, les zones industrielles, le port de Cotonou et les marchés régionaux avec des moyens de transport plus fiables et moins coûteux.

Cette ambition entre dans une nouvelle phase. Le pays a conclu avec la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures, ou AIIB, une programmation indicative de 730 millions de dollars pour la période 2027-2028. L’enveloppe doit encore être transformée en projets précis, soumis aux études, aux vérifications et aux autorisations habituelles.

Un accord qui élargit le partenariat financier du Bénin

L’accord a été annoncé le 24 septembre 2026 par l’AIIB. Il constitue le premier « pipeline » pluriannuel de la banque en Afrique. Dans ce contexte, le terme désigne une liste évolutive de projets susceptibles d’être préparés et financés sur plusieurs années.

La programmation couvre plusieurs priorités. Elle comprend l’énergie, la sécurité alimentaire, la résilience économique, le climat et les transports. Selon l’institution financière, 250 millions de dollars devraient relever d’un financement fondé sur les politiques publiques. Ce type d’appui accompagne des réformes ou des orientations nationales, au lieu de financer uniquement un ouvrage isolé.

Le gouvernement béninois présente cette composante comme un soutien à la mise en œuvre de sa Vision Bénin 2060. L’objectif affiché est de prolonger la transformation économique du pays en mobilisant des ressources extérieures, sans limiter le partenariat à un seul secteur.

La signature intervient après une visite de travail de la présidente de l’AIIB, Zou Jiayi, au Bénin. Le 8 septembre 2026, la délégation a été reçue au Palais de la Marina, à Cotonou, pour examiner les ambitions nationales et les projets d’infrastructures stratégiques. Elle s’est également intéressée aux installations portuaires et aux besoins de connexion autour du principal centre économique du pays.

Le transport, un secteur déjà engagé dans le Grand Nokoué

Le transport pourrait occuper une place importante dans la future programmation. Le précédent existe déjà avec le Projet de mobilité urbaine durable du Grand Nokoué, auquel l’AIIB a apporté un financement de 200 millions de dollars.

Le projet concerne cinq communes : Cotonou, Porto-Novo, Abomey-Calavi, Sèmè-Podji et Ouidah. Il vise à créer un réseau de mobilité plus intégré dans la principale aire urbaine du Bénin. La Banque mondiale, qui cofinance l’opération, estime que le dispositif doit améliorer les déplacements de plusieurs millions de personnes et renforcer l’accès aux emplois et aux services.

Le programme ne se limite pas à la construction de voies routières. Il prévoit des services de transport collectif par bus, des liaisons fluvio-lagunaires et des travaux destinés à fluidifier les principaux corridors. Les infrastructures doivent notamment améliorer les connexions vers le port de Cotonou, la Zone industrielle de Glo-Djigbé et le marché de gros d’Akassato.

La mobilité sur l’eau occupe une place particulière dans cette stratégie. Le lac Nokoué et la lagune de Porto-Novo offrent des itinéraires complémentaires aux axes routiers, souvent saturés. Leur intégration dans un réseau multimodal pourrait réduire la pression sur les deux-roues et les minibus, tout en rapprochant les communes du Grand Nokoué.

Le projet comprend aussi une dimension énergétique. Il prévoit la préparation de bus et de bateaux électriques, ainsi que le renouvellement progressif d’une partie du parc de motos-taxis, les « zemidjan ». La Banque mondiale indique que cette évolution doit favoriser l’émergence d’un écosystème local de mobilité électrique, avec des emplois liés à l’entretien, à la recharge et aux services de transport.

Une enveloppe encore indicative

Le montant de 730 millions de dollars ne correspond donc pas à un décaissement immédiat. Il s’agit d’un cadre de coopération. Chaque opération devra être préparée, évaluée, négociée puis approuvée. Cette distinction est importante pour éviter de présenter l’ensemble de l’enveloppe comme un financement déjà disponible dans les caisses publiques.

La prochaine étape consistera à identifier les projets suffisamment avancés pour entrer dans la programmation 2027-2028. Les autorités devront préciser les coûts, les calendriers, les maîtres d’ouvrage et les sources de cofinancement. Le secteur privé pourrait également être sollicité pour certaines composantes, notamment dans le transport et l’énergie.

Pour les usagers, l’impact dépendra moins de l’annonce que de la qualité de l’exécution. Dans les zones urbaines, l’amélioration attendue concerne les temps de trajet, la sécurité routière et l’accès aux pôles d’activité. Pour les opérateurs informels, la modernisation peut ouvrir des débouchés, mais elle peut aussi imposer de nouvelles règles, des normes techniques et des investissements difficiles à supporter sans accompagnement.

Les effets ne seront pas identiques selon les territoires. Cotonou et Abomey-Calavi concentrent une grande partie des déplacements quotidiens. Porto-Novo, capitale administrative, doit aussi bénéficier de liaisons plus régulières avec le reste de l’agglomération. Les communes riveraines du lac Nokoué pourraient tirer profit du transport fluvio-lagunaire, à condition que les quais, les bateaux et les dispositifs de sécurité soient réellement opérationnels.

Un dossier qui dépasse les frontières béninoises

La stratégie s’inscrit dans l’espace de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Le port de Cotonou dessert le marché béninois, mais aussi des corridors commerciaux vers le Niger, le Nigeria, le Burkina Faso et les pays de l’hinterland.

Des transports plus prévisibles peuvent donc réduire les coûts logistiques pour les entreprises et renforcer la position du Bénin dans les échanges régionaux. Toutefois, la performance d’un corridor dépend aussi des postes-frontières, de la fluidité douanière et de la sécurité des axes. Les investissements nationaux devront ainsi s’articuler avec les projets régionaux de la CEDEAO et les initiatives de la Zone de libre-échange continentale africaine.

Le partenariat avec l’AIIB marque également une diversification des bailleurs du Bénin. La banque asiatique intervient aux côtés de la Banque mondiale et d’autres partenaires multilatéraux, dans un pays qui cherche à attirer des financements pour ses infrastructures tout en préservant la soutenabilité de sa dette.

Le véritable indicateur sera désormais la liste des projets retenus. Les prochaines décisions permettront de savoir quelle part des 730 millions de dollars ira effectivement au transport, quels ouvrages seront prioritaires et à quel rythme les financements pourront être mobilisés. Pour le Bénin, la bataille se joue maintenant dans la préparation technique et dans la capacité à transformer une programmation financière en services visibles pour les populations.