À Luanda, la transition vers les bus électriques ne se jouera pas seulement sur les routes. Elle dépendra aussi de la capacité de l’Angola à produire, distribuer et gérer l’électricité nécessaire à une flotte publique plus propre. Le programme ONDJILA GREEN ouvre donc un chantier industriel et institutionnel qui dépasse largement l’achat de véhicules.

Une première étape concentrée à Luanda

Le 28 septembre 2026, le ministère angolais des Transports a annoncé l’introduction progressive d’au moins 1 000 bus électriques. Le projet prévoit également jusqu’à 2 000 points de recharge à l’échelle nationale.

L’annonce a été faite à Luanda lors de l’Angola Hub Transport and Logistics Summit. Elle s’inscrit dans le programme ONDJILA GREEN, construit autour d’un accord entre le ministère des Transports, le Fonds souverain angolais et OPAIA Motors, une entreprise locale active dans l’assemblage et les équipements de transport.

La première phase doit commencer par 240 stations de recharge. Elles seront installées principalement dans la capitale, selon les éléments communiqués par OPAIA Motors. Le calendrier détaillé du déploiement national n’a toutefois pas encore été rendu public.

Le choix de Luanda répond à une logique opérationnelle. La capitale concentre une grande partie des déplacements quotidiens, des opérateurs de transport et des infrastructures techniques. Elle constitue aussi le principal laboratoire pour tester les itinéraires, les horaires de recharge et les coûts d’exploitation.

Pour les usagers, l’enjeu sera concret. Un bus électrique n’améliore le service que s’il circule régulièrement, respecte ses horaires et reste accessible. Une flotte moderne ne suffira donc pas à résoudre les difficultés de mobilité si les lignes, la billetterie et la maintenance ne progressent pas au même rythme.

Le véritable défi : faire fonctionner tout le système

La stratégie angolaise repose désormais sur un cadre réglementaire plus précis. En octobre 2024, l’Angola a approuvé une stratégie nationale pour l’électromobilité. En janvier 2025, un décret législatif a défini le régime juridique des véhicules électriques et des infrastructures de recharge.

Ces textes prévoient notamment une organisation nationale des points de recharge, des règles pour les opérateurs et des conditions d’accès au réseau électrique. Ils placent aussi l’électromobilité au croisement de plusieurs politiques publiques : transport, énergie, industrie et environnement.

Cette base juridique devra maintenant être transformée en procédures concrètes. Il faudra homologuer les véhicules, fixer les normes de sécurité, organiser la facturation de l’électricité et définir les responsabilités en cas de panne. Le fonctionnement quotidien du réseau sera aussi déterminant que son installation.

L’alimentation électrique constitue un autre point sensible. Les dépôts de bus devront disposer d’une puissance suffisante pour recharger plusieurs véhicules en même temps. Les autorités devront donc coordonner le programme avec les gestionnaires du réseau et planifier les besoins selon les heures de pointe.

La question ne concerne pas seulement la quantité d’électricité disponible. Elle porte aussi sur sa régularité. Une interruption prolongée peut immobiliser une partie d’une flotte et désorganiser les lignes urbaines. Des solutions de secours, comme le stockage stationnaire ou l’appui de sources renouvelables, pourraient être étudiées selon les sites.

Le financement reste également à préciser. Les autorités ont annoncé les objectifs du programme, mais n’ont pas détaillé le coût global, les modalités d’achat des bus ni la répartition des investissements entre l’État, les entreprises et les bailleurs éventuels.

Cette information sera essentielle pour mesurer la faisabilité du calendrier. Le prix d’un bus électrique ne se limite pas à son acquisition. Il inclut les batteries, les bornes, les travaux électriques, les logiciels de gestion, la formation et le remplacement futur des équipements.

Une filière locale à construire

La participation d’OPAIA Motors donne au projet une dimension industrielle. L’entreprise pourrait contribuer à l’assemblage, à l’adaptation des véhicules et au développement de compétences locales. Cette perspective rejoint la stratégie nationale, qui présente l’électromobilité comme une occasion de créer des activités liées aux véhicules et à leurs composants.

La maintenance sera l’un des premiers tests. Les bus électriques nécessitent moins de pièces mécaniques que les modèles diesel, mais ils reposent davantage sur l’électronique, les logiciels, les batteries et les systèmes de recharge. Les techniciens angolais devront maîtriser ces équipements pour réduire les immobilisations et limiter la dépendance à une assistance extérieure.

La formation devra concerner les ateliers, mais aussi les conducteurs, les responsables de dépôt et les services de sécurité. Les procédures d’intervention sur les batteries haute tension exigent des compétences spécifiques. Leur développement peut créer des emplois qualifiés, à condition d’être intégré au programme dès la phase de déploiement.

La localisation des premiers équipements aura aussi un effet sur les territoires. Une concentration excessive à Luanda pourrait renforcer les écarts avec les autres villes. À l’inverse, une extension progressive vers des centres comme Lubango, Benguela ou Huambo permettrait de tester des modèles adaptés à des réseaux urbains de taille différente.

Le besoin ne sera pas identique partout. Les distances, le relief, la densité urbaine et la disponibilité du réseau électrique varieront selon les provinces. Une solution pertinente pour Luanda ne pourra donc pas être copiée automatiquement dans l’ensemble du pays.

Un mouvement qui dépasse les frontières angolaises

L’Angola n’est pas isolé dans cette évolution. Plusieurs pays africains cherchent à réduire les coûts liés aux carburants et les émissions du transport urbain. Le Kenya et le Rwanda ont vu émerger des opérateurs spécialisés dans les bus électriques. Au Sénégal, les projets de transport collectif intègrent également des objectifs de modernisation et de réduction de la pollution.

À l’échelle régionale, l’Angola appartient à la Communauté de développement de l’Afrique australe, ou SADC, qui réunit des pays confrontés à des enjeux communs d’énergie, d’urbanisation et de corridors de transport. La progression de l’électromobilité pourrait ouvrir de nouveaux échanges sur les normes, les équipements et la formation.

La portée du programme est aussi continentale. L’Union africaine travaille sur des orientations destinées à aider les États à établir leurs propres cadres pour les véhicules électriques. L’Angola peut ainsi servir de terrain d’expérimentation pour une mobilité adaptée aux grandes villes africaines, sans reproduire mécaniquement les modèles conçus pour d’autres marchés.

Le prochain indicateur sera le passage de l’annonce aux premières installations. Il faudra suivre la signature opérationnelle de l’accord, la publication du calendrier, le choix des bus, le financement des 240 premières stations et la formation des équipes.

Le programme ONDJILA GREEN sera donc jugé sur la continuité du service, et non sur le seul nombre de véhicules annoncés. Pour l’Angola, la réussite consistera à faire émerger un écosystème complet : énergie fiable, infrastructures accessibles, maintenance locale et transport public réellement utile aux habitants de Luanda comme aux autres villes du pays.