La CAN 2027 ne commencera pas seulement dans les stades de Nairobi, Kampala ou Dar es Salaam. Elle a déjà débuté dans les salons, les cafés et les téléphones du continent, avec les premières journées des éliminatoires. Pour les diffuseurs, l’enjeu consiste désormais à accompagner les sélections pendant toute leur trajectoire, et non plus uniquement pendant le tournoi final.
Une première CAN organisée à trois
La prochaine Coupe d’Afrique des nations, baptisée CAN Pamoja 2027, sera organisée conjointement par le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie. Ce format constitue une première pour la compétition masculine phare de la Confédération africaine de football (CAF).
Le tournoi final est programmé du 19 juin au 17 juillet 2027. Il marquera aussi le retour de la CAN en Afrique de l’Est, plus de cinquante ans après l’édition organisée en Éthiopie en 1976. La compétition réunira 24 sélections.
Le choix de trois pays hôtes donne à cette édition une dimension régionale particulière. Le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie devront coordonner leurs infrastructures, leurs transports, leur sécurité et leur accueil du public. Pour les supporters, cette organisation multipliera les déplacements possibles entre les trois territoires. Pour les diffuseurs, elle imposera un dispositif technique capable de suivre plusieurs sites et plusieurs publics.
La course a commencé le 24 septembre
Les éliminatoires ont débuté le jeudi 24 septembre 2026. Quarante-huit nations participent à la phase de groupes, réparties en douze poules de quatre équipes. Les rencontres des première et deuxième journées sont prévues jusqu’au mardi 6 octobre.
La CAF a prévu trois places pour les pays organisateurs. Le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie sont donc assurés de participer à la phase finale. Toutefois, ils prennent part aux éliminatoires afin de conserver un rythme compétitif et de préparer leur rendez-vous à domicile.
Cette configuration modifie aussi la lecture des groupes concernés. Dans une poule comprenant l’un des trois pays hôtes, le classement ne déterminera pas seulement la hiérarchie sportive. Il devra également tenir compte des places déjà attribuées aux organisateurs. Les autres sélections chercheront donc à sécuriser leur qualification dans un espace plus réduit.
Les qualifications doivent s’achever en mars 2027. D’ici là, les équipes joueront leur avenir sur plusieurs fenêtres internationales. Une blessure, un changement de sélectionneur ou une série de mauvais résultats peut rapidement modifier le rapport de force.
Les droits de diffusion deviennent un enjeu central
Pour les chaînes, la valeur de la CAN 2027 ne se limite plus aux 52 matches de la phase finale. Elle commence avec le tirage, se poursuit avec les éliminatoires et s’achève avec la finale. Ce calendrier plus long permet de fidéliser le public autour des équipes nationales et de leurs joueurs.
La CAF a confirmé que plusieurs partenaires accompagnent la compétition sur différents marchés. Dans l’Afrique subsaharienne francophone, CANAL+ diffuse les qualifications dans plus de 30 pays, en langue française. beIN Sports couvre notamment la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, ainsi que plusieurs territoires internationaux, dont la France.
La liste des diffuseurs varie selon les pays et selon les matches. Des chaînes gratuites nationales ou publiques participent également à la couverture. La Radiodiffusion Télévision Ivoirienne, la RTNC en République démocratique du Congo, la CRTV au Cameroun, la SABC en Afrique du Sud, Azam en Tanzanie et la SNRT au Maroc figurent parmi les diffuseurs annoncés pour certaines rencontres.
Cette diversité est importante dans un continent où l’accès à la télévision payante reste très inégal. Les abonnés des grandes plateformes ne constituent pas l’unique public de la CAN. Une partie des supporters suit les matches sur les chaînes nationales, dans les espaces collectifs ou via les plateformes numériques.
La CAF a d’ailleurs engagé une procédure pour attribuer les droits en clair et les droits de télévision payante dans l’Afrique subsaharienne. L’appel d’offres couvre plusieurs langues, dont l’anglais, le swahili, le portugais, l’isiZulu, le wolof et le yoruba. Cette orientation montre que la bataille des audiences se joue aussi sur la proximité linguistique.
Du résultat isolé au récit national
En diffusant les qualifications, les chaînes peuvent installer une histoire avant même le coup d’envoi du tournoi. Une sélection devient alors un parcours suivi semaine après semaine. Les jeunes joueurs apparaissent progressivement. Les retours de cadres prennent une autre dimension. Les rivalités régionales gagnent en visibilité.
Cette logique profite notamment aux équipes moins médiatisées. Une bonne performance à l’extérieur, une qualification arrachée dans les dernières minutes ou l’émergence d’un joueur local peuvent créer un intérêt durable. Le public ne découvre plus une sélection au début de la CAN. Il connaît déjà ses forces, ses fragilités et les étapes qui l’ont menée jusqu’en Afrique de l’Est.
Pour les trois pays hôtes, cette exposition peut aussi accompagner la préparation du tournoi. Le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie disposent d’une occasion de montrer leurs stades, leurs villes et leurs championnats. Toutefois, l’attention médiatique ne remplacera pas les exigences concrètes : qualité des pelouses, mobilité entre les sites, capacité hôtelière et accès aux billets.
Les effets ne seront pas identiques partout. Les capitales et les grandes villes devraient bénéficier de la concentration des matches et des activités commerciales. Les zones éloignées risquent, elles, de rester à distance si les retransmissions gratuites, la couverture numérique et les dispositifs de transport ne suivent pas.
Un marché continental encore en recomposition
La CAN 2027 intervient dans un paysage audiovisuel africain en pleine transformation. Les diffuseurs historiques cherchent à sécuriser leurs catalogues. Les plateformes numériques veulent toucher une audience plus jeune. Les chaînes nationales défendent, de leur côté, un accès plus large aux grandes compétitions.
Le partage exact entre droits exclusifs, droits payants et diffusion gratuite n’est pas entièrement public. Les montants des accords et la répartition détaillée par territoire ne sont pas non plus connus. Il convient donc de distinguer les partenariats déjà annoncés pour certaines rencontres des droits définitifs couvrant l’ensemble de la compétition.
Le prochain test sera la capacité des diffuseurs à offrir une couverture régulière, accessible et adaptée aux réalités de chaque marché. La CAN 2027 se jouera sur le terrain, mais aussi dans la qualité des images, la disponibilité des matches et la place accordée aux voix sportives africaines.
À mesure que les éliminatoires avanceront jusqu’en mars 2027, les enjeux se préciseront. Les sélections chercheront leur billet. Les pays hôtes finaliseront leur organisation. Les diffuseurs, eux, tenteront de transformer une succession de rencontres en rendez-vous continental durable.