Pour les voyageurs qui arrivent à Dakar, les derniers kilomètres vers l’aéroport international Blaise-Diagne ne se jouent plus uniquement sur la route. Depuis le lundi 28 septembre 2026, le Train express régional relie directement la capitale sénégalaise à la plateforme aéroportuaire de Diass. Le trajet doit durer environ 55 minutes, avec une fréquence de 24 minutes entre Diamniadio et l’AIBD.
Un nouveau maillon entre Dakar, Diamniadio et Diass
La nouvelle desserte repose sur un tronçon de 19 kilomètres entre Diamniadio et l’aéroport international Blaise-Diagne. Cette extension porte la longueur totale du réseau à 55 kilomètres, entre la gare de Dakar et l’AIBD. Elle comprend une double voie électrifiée, des équipements de signalisation modernisés et une gare située au contact de l’aérogare.
Le projet change la fonction du TER. Le train ne dessert plus seulement la banlieue dakaroise et le pôle économique de Diamniadio. Il devient aussi une liaison entre le centre administratif et commercial de Dakar, les zones d’habitat de l’est de l’agglomération et le principal aéroport international du Sénégal.
Le nouveau plan de transport prévoit un train toutes les huit minutes entre Dakar et Diamniadio. Sur la section nouvelle, entre Diamniadio et l’AIBD, le passage est fixé à toutes les 24 minutes. Sept rames bimodes, capables de fonctionner à l’électricité et au diesel, ont été ajoutées au parc, qui compte désormais 22 rames.
La mise en service a été inaugurée le 28 septembre par le ministre sénégalais des Transports terrestres et aériens, Abdoul Ahad Ndiaye. D’après l’Agence de presse sénégalaise, l’investissement consacré à cette phase dépasse 300 milliards de francs CFA. Le trajet sur la nouvelle section est gratuit du 28 septembre au 4 octobre 2026, afin de permettre aux usagers de découvrir le service.
Un gain de temps attendu par les usagers
Pour les Sénégalais qui travaillent à l’aéroport, la liaison offre une alternative plus prévisible aux déplacements routiers. Les employés des compagnies aériennes, des sociétés de sécurité, de la restauration et de la logistique sont directement concernés. Leur temps de trajet dépendait jusqu’ici de la circulation sur l’autoroute à péage et des embouteillages aux abords de Dakar.
Les voyageurs et leurs proches sont également concernés. L’AIBD se trouve à Diass, dans la région de Thiès, à plusieurs dizaines de kilomètres de Dakar. En voiture ou en taxi, la durée du déplacement varie fortement selon l’heure et l’état du trafic. Le TER apporte donc une durée théorique plus stable, notamment pour les départs matinaux et les arrivées internationales.
Cette amélioration ne supprimera pas toutes les difficultés. Les horaires de nuit, la correspondance entre le train et les vols tardifs, ainsi que le transport des bagages resteront déterminants pour l’expérience des passagers. La desserte devra aussi rester régulière lorsque la fréquentation augmentera.
Le chantier a par ailleurs été livré après plusieurs reports. Son coût élevé nourrit une attente forte sur la qualité du service et la maintenance des équipements. Une infrastructure de cette ampleur ne se mesure pas seulement à son inauguration. Elle devra tenir dans la durée, avec des trains ponctuels, des gares accessibles et une information claire pour les voyageurs.
Sébikotane, le prochain point sensible
Entre Diamniadio et l’AIBD, les populations de Sébikotane attendent encore leur propre gare. Les autorités sénégalaises ont annoncé la construction d’une nouvelle station. Dans l’intervalle, une navette de bus doit relier Sébikotane à Diamniadio pour permettre aux habitants de rejoindre le réseau.
Cette étape est importante pour éviter que l’extension profite surtout aux voyageurs qui partent de Dakar ou de Diamniadio. Une liaison régionale gagne en utilité lorsque les communes traversées peuvent réellement l’utiliser pour les études, l’emploi, les soins et les démarches administratives.
La question des tarifs sera également centrale. Le prix doit rester compatible avec les revenus des usagers quotidiens, tout en permettant à l’opérateur de financer l’exploitation et l’entretien. L’enjeu est différent selon les publics : un passager aérien peut privilégier la rapidité, tandis qu’un salarié ou un étudiant regarde d’abord le coût cumulé de ses trajets.
Un test grandeur nature avant les JOJ Dakar 2026
L’ouverture intervient à quelques semaines des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026, prévus du 31 octobre au 13 novembre. Le Sénégal accueillera alors le premier événement olympique organisé sur le continent africain. Les sites de compétition seront répartis entre Dakar, Diamniadio et d’autres pôles du pays.
Le TER doit transporter une partie des athlètes, des délégations, des officiels, des travailleurs et des visiteurs. La liaison avec l’AIBD facilite leur arrivée sur le territoire, puis leur déplacement vers les zones d’hébergement et de compétition. La Société nationale de gestion du patrimoine du TER a déjà organisé un exercice de sécurité à Sébikotane pour tester les procédures d’évacuation et la coordination des secours.
Le rendez-vous sportif servira donc de révélateur. Il permettra de vérifier la capacité du réseau à absorber une hausse temporaire de la demande, mais aussi à maintenir le service quotidien des habitants. Les visiteurs ne seront pas les seuls juges du dispositif. Les usagers sénégalais observeront surtout si le train reste fiable pendant cette période de forte pression.
Vers une colonne vertébrale ferroviaire plus large
Le prolongement vers l’AIBD s’inscrit dans une ambition plus vaste pour le rail sénégalais. Les études techniques et environnementales d’une extension vers Thiès sont annoncées comme financées, avec une participation de l’État du Sénégal, de l’Agence française de Développement et de l’Union européenne.
Thiès constitue un pôle industriel, universitaire et ferroviaire majeur. Une liaison plus directe avec Dakar et l’aéroport pourrait renforcer les échanges entre la capitale, la région de Thiès et la nouvelle zone économique de Diamniadio. Elle pourrait aussi réduire la dépendance à la route sur un axe où les déplacements sont nombreux.
À l’échelle de l’Afrique de l’Ouest, l’expérience sénégalaise illustre un enjeu partagé : connecter les capitales, les banlieues, les zones industrielles et les aéroports sans faire reposer toute la mobilité sur la voiture. La réussite du TER dépendra désormais moins de l’annonce de nouvelles lignes que de la régularité du service, de son accessibilité financière et de son intégration aux autres transports.