En République démocratique du Congo, la riposte contre Ebola se joue désormais au-delà des centres de traitement. Les mouvements de population, les échanges commerciaux et les passages quotidiens entre territoires obligent les équipes sanitaires à surveiller les routes, les marchés et les frontières avec la même attention que les zones de soins.

Une épidémie née en Ituri, devenue transfrontalière

Le ministère congolais de la Santé a déclaré l’épidémie le 15 mai 2026 après la confirmation du virus Ebola de type Bundibugyo dans la province de l’Ituri, au nord-est du pays. Les premiers foyers identifiés se trouvaient notamment dans les zones de santé de Mongbwalu et de Rwampara, autour de Bunia.

Il s’agit de la 17e épidémie d’Ebola enregistrée en République démocratique du Congo depuis l’identification du virus en 1976. Cette flambée présente toutefois une difficulté particulière : le virus Bundibugyo ne dispose pas encore d’un vaccin homologué ni d’un traitement spécifique approuvé. La réponse repose donc d’abord sur la détection rapide, l’isolement, la prise en charge précoce, le suivi des contacts et la prévention des contaminations.

La province de l’Ituri reste l’épicentre. Cependant, la circulation du virus s’est étendue à plusieurs provinces de l’est et du nord-est. Le dernier point épidémiologique de l’Organisation mondiale de la santé, arrêté au 7 septembre 2026, faisait état de 6 757 cas confirmés et de 3 267 décès en République démocratique du Congo. Ces chiffres correspondent à un taux brut de létalité de 48,3 %.

Un bilan congolais cité le 24 septembre faisait, lui, état de 7 541 personnes contaminées et de 3 639 décès. L’écart entre les deux séries s’explique par la date de mise à jour et par l’évolution continue des investigations. Les bilans doivent donc toujours être accompagnés de leur date et de leur source.

Les frontières au centre de la surveillance

Avec l’appui de l’Organisation internationale pour les migrations, les autorités renforcent le dépistage dans les points d’entrée officiels et informels. Les équipes contrôlent les voyageurs, recherchent les symptômes compatibles avec la maladie et orientent les personnes suspectes vers les structures de santé.

Ces opérations ne constituent pas un diagnostic à elles seules. Elles servent surtout à repérer rapidement une personne présentant des signes d’alerte, à recueillir ses informations de contact et à limiter les déplacements pendant la période nécessaire aux vérifications médicales.

La priorité est particulièrement forte dans les espaces reliant l’Ituri, le Nord-Kivu, le Haut-Uélé, le Sud-Kivu, la Tshopo et le Bas-Uélé. Ces provinces ne forment pas un ensemble homogène. Certaines zones sont urbaines et très connectées. D’autres sont rurales, difficiles d’accès et dépendantes de pistes, de bateaux ou de petits axes commerciaux.

La surveillance concerne aussi les frontières avec l’Ouganda et le Soudan du Sud. L’OMS a signalé une propagation transfrontalière vers l’Ouganda au début de l’épidémie. Kampala a ensuite déclaré la fin de son épisode lié à cette flambée le 28 juillet 2026, mais la proximité géographique impose de maintenir les mécanismes d’alerte et d’échange d’informations.

Une riposte confrontée à l’insécurité et à la défiance

Dans l’est de la République démocratique du Congo, la lutte contre Ebola ne dépend pas seulement des moyens médicaux. L’insécurité ralentit les déplacements des équipes, complique le suivi des contacts et peut interrompre les activités dans les zones les plus exposées.

Les déplacements internes jouent également un rôle important. L’Ituri compte des communautés déplacées par les violences, tandis que les échanges liés au commerce, à l’agriculture et à l’exploitation minière multiplient les contacts entre territoires. Une stratégie limitée aux frontières officielles laisserait donc de côté une partie des mouvements réels.

La confiance des populations reste tout aussi déterminante. Les équipes doivent expliquer les symptômes, les modalités de transmission et les raisons d’un transfert vers un centre de traitement. Elles doivent aussi associer les familles aux inhumations sécurisées et dignes. Sans dialogue local, les refus de soins, les départs précipités et la dissimulation des contacts peuvent prolonger les chaînes de transmission.

Cette dimension rappelle les enseignements de la précédente grande épidémie d’Ebola, qui avait touché le Nord-Kivu et l’Ituri entre 2018 et 2020. À l’époque, les violences contre les équipes de riposte et les tensions avec certaines communautés avaient fortement perturbé les opérations. Les capacités développées alors — laboratoires, surveillance, équipes d’intervention et coordination locale — sont aujourd’hui réutilisées, mais dans un contexte sanitaire et sécuritaire encore instable.

Le financement devient un enjeu opérationnel

Les besoins dépassent largement l’achat de matériel médical. Il faut financer les centres de traitement, les laboratoires, les ambulances, les équipes de surveillance, les moyens aériens et la protection des personnels. Il faut aussi maintenir l’approvisionnement en eau, les équipements de protection individuelle et les activités d’information dans les communautés.

Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a demandé 1,1 milliard de dollars supplémentaires pour compléter le financement du plan international de réponse. Selon l’ONU, ce plan, évalué à 2,13 milliards de dollars, n’était financé qu’à hauteur de 48 % à la fin du mois d’août.

Les États-Unis ont annoncé, le 23 septembre, une contribution supplémentaire de 267 millions de dollars. Washington estime ainsi son aide sanitaire et humanitaire directe à 887 millions de dollars depuis le début de la crise. Cette annonce constitue un apport important, mais elle ne règle pas la question du décaissement concret des fonds, de leur calendrier et de leur répartition entre les provinces.

Pour les habitants de Bunia, de Mongbwalu ou des territoires plus éloignés, l’enjeu est immédiat. Une promesse financière ne produit des effets que lorsqu’elle permet de faire fonctionner un laboratoire, d’acheminer un patient, de payer une équipe ou de maintenir une surveillance sur le terrain.

Un test pour la coopération sanitaire régionale

L’épidémie met à l’épreuve la coopération entre la République démocratique du Congo, l’Ouganda et le Soudan du Sud. Elle concerne aussi les mécanismes continentaux. L’Union africaine et les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies, Africa CDC, participent à la coordination de la réponse et à la préparation des pays voisins.

Le prochain objectif est de réduire la transmission dans les zones où les cas continuent d’augmenter, tout en empêchant l’apparition de nouveaux foyers. Cela suppose de renforcer les soins de proximité, de fiabiliser le suivi des contacts et de maintenir la surveillance aux points de passage sans bloquer les échanges essentiels.

La situation rappelle enfin une réalité souvent oubliée : les épidémies ne s’arrêtent pas aux limites administratives. En Afrique centrale, la sécurité sanitaire dépend donc autant de la qualité des soins que de la circulation rapide des données, de la confiance des communautés et de la capacité des États à agir ensemble.