À Windhoek, la question n’est plus seulement de savoir qui achète les minerais namibiens. Elle porte désormais sur ce qui reste dans le pays après l’extraction : emplois qualifiés, usines, recettes fiscales et maîtrise technologique.

La présidente Netumbo Nandi-Ndaitwah cherche donc à élargir les partenariats de la Namibie. La Chine occupe déjà une place centrale dans l’uranium. Les États-Unis sont maintenant invités à participer à l’ensemble de la chaîne, de l’exploration à la fabrication de produits transformés.

Windhoek veut dépasser le simple rôle de fournisseur

Le 20 septembre 2026, à New York, la cheffe de l’État namibienne a échangé avec des membres de la Chambre de commerce des États-Unis. Elle les a appelés à investir dans les minerais critiques, l’énergie, les infrastructures, la logistique, l’industrie manufacturière ainsi que le pétrole et le gaz. L’information a été rapportée par l’agence namibienne NAMPA.

Dans le secteur minier, l’offre namibienne ne se limite pas à l’extraction. Elle englobe la prospection, l’exploitation, le traitement, le raffinage et la fabrication. Cette approche correspond à la stratégie de valorisation locale défendue par les autorités depuis plusieurs années.

Les ressources ciblées comprennent notamment l’uranium, le lithium, le cuivre, le cobalt, le graphite, le manganèse, le tantale, l’étain et les terres rares. Ces minerais entrent dans la fabrication des batteries, des équipements électroniques, des aimants industriels et de certaines technologies énergétiques.

La Namibie dispose toutefois d’un marché intérieur limité et d’un déficit de capacités industrielles lourdes. Pour transformer davantage sur place, elle doit attirer des capitaux, sécuriser son approvisionnement en énergie et en eau, former une main-d’œuvre spécialisée et améliorer ses infrastructures de transport.

La Chine déjà présente dans les trois grandes mines d’uranium

Le choix d’ouvrir davantage le secteur aux entreprises américaines intervient dans un environnement où les groupes chinois sont déjà implantés dans les principales exploitations d’uranium du pays.

À Rössing, China National Uranium Corporation détient une participation majoritaire de 68,62 %. À Husab, 90 % de Swakop Uranium appartiennent à Taurus Minerals, contrôlée par China General Nuclear Power Group et le China-Africa Development Fund. L’entreprise publique namibienne Epangelo Mining possède les 10 % restants. Ces participations sont documentées par l’Association namibienne de l’uranium et par le média namibien The Villager.

À Langer Heinrich, l’Australienne Paladin Energy possède 75 % du capital. Une filiale de la China National Nuclear Corporation détient les 25 % restants. La mine, située dans la région d’Erongo, a repris sa production en mars 2024 après plusieurs années d’arrêt. Son redémarrage confirme le poids de l’uranium dans l’économie minière namibienne.

La Namibie figure parmi les principaux producteurs mondiaux d’uranium. En 2024, elle représentait 12,18 % de la production mondiale, selon une analyse publiée par The Namibian. En 2025, les exportations d’uranium et de concentrés ont atteint 28,1 milliards de dollars namibiens, soit environ 31 % des recettes d’exportation du pays, d’après la même source.

Cette concentration ne signifie pas que la Namibie abandonne ses autres partenaires. Elle montre plutôt pourquoi Windhoek cherche à diversifier les investisseurs et à obtenir davantage de retombées locales. Pour les autorités, l’enjeu est de ne pas remplacer une dépendance commerciale par une autre.

Etango illustre la bataille autour des futurs projets

La présence chinoise s’étend aussi aux projets qui ne produisent pas encore. Le 25 septembre 2026, CNNC Overseas Limited a finalisé son entrée dans le projet d’uranium d’Etango, porté par l’Australienne Bannerman Energy. L’opération représente un investissement annoncé de 320,4 millions de dollars et donne à CNOL une participation indirecte de 42,75 %.

Etango pourrait devenir la quatrième mine d’uranium de Namibie. Bannerman dispose d’un permis depuis 2023 et les travaux préparatoires ont commencé. La décision finale d’investissement est attendue au quatrième trimestre 2026. Le projet vise une production moyenne de 1 588 tonnes d’oxyde d’uranium par an. CNOL pourrait en acheter 60 % pendant la durée de vie de la mine, à un prix indexé sur le marché.

Cette configuration donne à la Namibie un accès à des financements et à une expertise industrielle. Elle pose aussi une question stratégique : qui contrôlera les débouchés, les technologies et les étapes les plus rentables de la chaîne de valeur ? La réponse pèsera sur la capacité du pays à négocier de meilleures conditions.

Une politique de transformation locale déjà engagée

Windhoek avait commencé à agir avant l’appel lancé aux investisseurs américains. En juin 2023, le gouvernement a interdit l’exportation de certains minerais critiques non transformés, dont le lithium concassé, le cobalt, le manganèse, le graphite et les terres rares. La mesure vise à encourager l’installation d’unités de traitement en Namibie, comme le rappelle l’Agence internationale de l’énergie.

Cette interdiction ne produit pas automatiquement une industrie locale. Elle doit être accompagnée d’électricité disponible, de routes, de ports efficaces et de règles stables. Elle peut aussi accroître les coûts pour les exploitants, surtout lorsque les infrastructures de transformation restent absentes.

Les effets seront différents selon les territoires. Les grands projets situés dans la région d’Erongo peuvent créer des emplois directs et soutenir les services autour de Swakopmund, d’Arandis ou de Walvis Bay. Cependant, les bénéfices ne toucheront les zones rurales et les petites entreprises que si les fournisseurs namibiens accèdent réellement aux marchés miniers.

La transformation locale pourrait également élargir la base fiscale et stimuler la formation technique. À l’inverse, une stratégie limitée à l’exportation de concentrés laisserait une part importante de la valeur ajoutée à l’étranger.

Un enjeu pour la SADC et pour l’Afrique

La Namibie évolue dans la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, qui réunit notamment l’Afrique du Sud, le Botswana, la Zambie, le Zimbabwe et la République démocratique du Congo. Cette proximité régionale peut faciliter les corridors ferroviaires, l’accès aux ports et les échanges de compétences minières.

Elle peut aussi renforcer les complémentarités. La Namibie dispose de ressources et d’un accès maritime stratégique grâce à Walvis Bay. D’autres pays de la SADC possèdent des capacités de transformation, des marchés industriels ou des réserves complémentaires. La coordination régionale devient donc un levier pour éviter que chaque pays négocie isolément avec les grandes puissances.

Pour l’Union africaine et la Zone de libre-échange continentale africaine, le dossier namibien renvoie à une question plus large : comment passer de l’exportation de minerais bruts à des chaînes de valeur africaines ? L’intérêt américain et la présence chinoise peuvent fournir des financements. Ils ne remplaceront pas, à eux seuls, les politiques industrielles nationales et régionales.

Les prochains points à surveiller sont la décision finale concernant Etango, la concrétisation des investissements américains et la capacité de Windhoek à imposer des activités de traitement sur son territoire. La réussite de cette stratégie se mesurera moins au nombre d’accords signés qu’aux emplois qualifiés, aux technologies transférées et aux revenus conservés en Namibie.