À Windhoek, la question n’est plus seulement de trouver du carburant. Il s’agit désormais de savoir à quel prix l’État namibien peut sécuriser ses importations, tout en préparant une éventuelle production nationale de pétrole. Le choix de TotalEnergies pour l’approvisionnement en vrac place le groupe au centre de ces deux temporalités.
Un marché encore entièrement dépendant des importations
La Namibie ne dispose pas encore d’une production pétrolière commerciale. Les carburants consommés dans le pays sont donc importés, puis distribués à partir des infrastructures nationales de stockage et de commercialisation.
Cette dépendance rend les appels d’offres publics particulièrement importants. Les volumes concernés influencent directement les finances de l’État, les réserves du fonds national de l’énergie et, à terme, la stabilité des prix pour les automobilistes, les transporteurs et les entreprises.
La Namibie évolue par ailleurs dans l’espace de la SADC, la Communauté de développement de l’Afrique australe. Cette organisation rassemble notamment l’Afrique du Sud, l’Angola, le Botswana et la Zambie. Dans cette région, les chaînes logistiques de carburants dépendent fortement des ports, des corridors routiers et des marchés d’importation voisins.
Un contrat de trois mois, avec une économie annoncée
Le 21 septembre 2026, le ministre namibien de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, Modestus Amutse, a annoncé la sélection du groupement conduit par TotalEnergies. Son bras de négoce, TOTSA, doit fournir les carburants en vrac entre novembre 2026 et janvier 2027.
Le contrat porte sur environ 345,3 millions de litres. D’après les données communiquées par l’Agence namibienne de presse, le volume comprend près de 246,9 millions de litres de diesel et 98,4 millions de litres d’essence.
Le gouvernement estime que cette opération permettra d’économiser environ 220,5 millions de dollars namibiens, soit près de 13,5 millions de dollars américains. Le groupement retenu aurait proposé une réduction de 61 cents namibiens par litre de diesel et de 71 cents par litre d’essence par rapport au prix de base.
Ces montants restent liés aux conditions de l’accord et aux prix internationaux du pétrole. Ils ne signifient donc pas automatiquement une baisse équivalente à la pompe. Le gouvernement indique cependant que les économies doivent renforcer sa capacité à amortir les variations du marché et à soutenir la stabilité des prix pour les consommateurs.
La décision intervient après une période de réorganisation du système d’achat public. Vitol avait été retenu pour fournir le pays entre mai et septembre 2026. Pour la nouvelle période, les autorités ont privilégié la concurrence entre plusieurs soumissionnaires, en évaluant notamment le prix, les qualifications, les risques de rupture et l’expérience des candidats.
De la station-service à l’approvisionnement national
Pour TotalEnergies, cette attribution ne constitue pas une entrée sur le marché namibien des carburants. Le groupe français y est présent depuis 1964. Il exploite aujourd’hui 43 stations-service et se présente comme le troisième distributeur de carburants du pays.
Le nouveau contrat élargit toutefois la position du groupe. Jusqu’ici, sa présence reposait surtout sur la distribution, le stockage et la fourniture de produits pétroliers à des entreprises. Avec l’accord prévu de novembre 2026 à janvier 2027, TotalEnergies devient le fournisseur retenu pour une part centralisée de l’approvisionnement national.
Cette évolution donne au groupe un rôle plus important dans l’aval pétrolier. L’aval désigne les activités situées après l’extraction, comme l’importation, le transport, le stockage et la vente des carburants. En Namibie, il s’ajoute désormais à une stratégie d’exploration offshore beaucoup plus ambitieuse.
Venus et Mopane changent l’échelle du projet
Depuis 2017, TotalEnergies participe à l’exploration pétrolière et gazière au large de la Namibie. Le groupe opère notamment la licence PEL56, qui abrite la découverte Venus, dans le bassin d’Orange.
Selon les données présentées par l’entreprise, Venus représente environ 750 millions de barils équivalent pétrole de ressources. Le projet vise une production de plateau d’environ 150 000 barils équivalent pétrole par jour. Une première production autour de 2030 reste envisagée, mais elle dépend encore de la décision finale d’investissement et des accords avec les autorités namibiennes.
Le terme « décision finale d’investissement » désigne le moment où les partenaires valident officiellement les dépenses nécessaires au développement d’un projet. Avant cette étape, les réserves, les coûts, la fiscalité, les infrastructures et les conditions contractuelles doivent être suffisamment sécurisés.
Le groupe a aussi finalisé, le 3 septembre 2026, son entrée comme opérateur de la licence PEL83, qui comprend la découverte Mopane. TotalEnergies détient 40 % de PEL83, aux côtés de Galp, de la compagnie nationale Namcor et de Custos Energy.
Cette opération fait du groupe l’opérateur des deux principales découvertes pétrolières mises en avant dans le portefeuille namibien. Pour Mopane, TotalEnergies prévoit une campagne de trois puits d’exploration et d’appréciation. L’entreprise vise une possible décision d’investissement en 2028, après une meilleure définition du potentiel du gisement.
Un enjeu économique qui dépasse le seul contrat
À court terme, l’accord sur les carburants répond à une contrainte très concrète : garantir les volumes nécessaires à l’économie namibienne. Les effets concerneront différemment les acteurs. Les entreprises de transport et les secteurs fortement dépendants du diesel surveilleront le coût de leurs opérations. Les ménages, eux, resteront exposés aux décisions de régulation des prix et aux fluctuations internationales.
Les bénéfices annoncés pour les finances publiques devront aussi être distingués des retombées industrielles. Importer du carburant améliore la sécurité d’approvisionnement, mais ne crée pas encore une filière nationale d’extraction. Cette différence sera essentielle pour évaluer les effets sur l’emploi, les fournisseurs locaux, les recettes fiscales et la balance commerciale.
À plus long terme, Venus et Mopane pourraient modifier la place de la Namibie dans le secteur énergétique régional. Le pays passerait alors progressivement d’un marché importateur à un pays producteur, avec de nouvelles exigences en matière de formation, de réglementation, de contenu local et de protection de l’environnement marin.
Cette transition ne sera toutefois pas automatique. Elle dépendra des décisions d’investissement, du cadre fiscal, de la capacité des institutions namibiennes à négocier avec les opérateurs et de la construction d’infrastructures adaptées. Elle devra également s’inscrire dans la stratégie énergétique de la SADC, où les besoins en carburants restent élevés et les corridors d’approvisionnement interdépendants.
Le contrat attribué pour trois mois donne donc à TotalEnergies une visibilité immédiate sur le marché namibien. Les prochaines étapes seront plus lourdes de conséquences : la confirmation du calendrier de Venus, l’appréciation de Mopane et la définition des conditions qui permettront à la Namibie de transformer ses découvertes offshore en activité économique durable.