À l’approche du 31 octobre 2026, le dossier du Sahara occidental revient au centre des calculs diplomatiques africains. Pour l’Algérie et le Front Polisario, l’enjeu dépasse la simple reconduction d’une mission de l’ONU : il s’agit d’empêcher que la question de l’autodétermination disparaisse du cadre officiel des négociations.

Une échéance qui peut redéfinir le rôle de la MINURSO

Le mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental, la MINURSO, arrive à échéance le 31 octobre 2026. Créée en 1991 après le cessez-le-feu entre le Maroc et le Front Polisario, elle devait contribuer à l’organisation d’un référendum permettant à la population sahraouie de choisir son avenir.

Plus de trois décennies plus tard, ce scrutin n’a jamais eu lieu. La mission continue toutefois de suivre la situation militaire et d’appuyer les efforts de l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU, Staffan de Mistura. Elle intervient dans un contexte marqué par la reprise des hostilités depuis novembre 2020.

La résolution 2797, adoptée par le Conseil de sécurité le 31 octobre 2025, a prolongé le mandat de la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2026. Le texte a également prévu un examen stratégique de l’avenir de la mission. Cette disposition donne une portée particulière au prochain rendez-vous new-yorkais.

Contrairement à certaines lectures, cette résolution n’a pas juridiquement consacré la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Elle a réaffirmé la recherche d’une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, fondée sur le compromis et compatible avec le principe de l’autodétermination. Le Conseil a aussi maintenu son soutien aux consultations menées avec le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie.

Le texte onusien laisse donc subsister plusieurs interprétations politiques. Rabat y voit un encouragement à son initiative d’autonomie. Alger et le Front Polisario retiennent, eux, la référence persistante à l’autodétermination et au statut non réglé du territoire.

Alger défend une lecture fondée sur la décolonisation

La diplomatie algérienne cherche à replacer le dossier dans le cadre du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Cette position s’inscrit dans la doctrine officielle d’Alger, qui considère le Sahara occidental comme une question de décolonisation inachevée.

Le ministre d’État algérien chargé des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, Ahmed Attaf, a multiplié les consultations diplomatiques au cours de la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations unies. Le 21 septembre 2026, il a notamment échangé avec le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, sur plusieurs crises du continent, dont le Sahara occidental.

Ces démarches prolongent l’action de l’Algérie au sein de l’Union africaine. La République arabe sahraouie démocratique, proclamée en 1976 par le Front Polisario, est membre de l’organisation continentale depuis 1982. Cette présence distingue le cadre africain du cadre onusien : à l’ONU, le statut final du territoire reste à déterminer ; dans l’Union africaine, la RASD participe aux travaux comme État membre.

Alger insiste ainsi sur une ligne simple. Les soutiens diplomatiques accordés au plan marocain d’autonomie ne modifient pas, à eux seuls, le statut du Sahara occidental dans les documents des Nations unies. La MINURSO conserve d’ailleurs son appellation historique, qui fait explicitement référence à l’organisation d’un référendum.

Le Front Polisario veut éviter une solution prédéterminée

Le Front Polisario affirme rester disposé à participer au processus politique conduit sous l’égide des Nations unies. Il refuse toutefois une négociation dont l’issue serait fixée avant même les discussions.

Cette position repose sur une distinction centrale. Pour le mouvement sahraoui, une autonomie placée d’emblée comme unique option ne constituerait pas un exercice libre de l’autodétermination. Le Polisario demande donc que les parties puissent présenter leurs propositions sans condition préalable sur le statut définitif du territoire.

Les Nations unies utilisent elles-mêmes une formulation qui entretient cette marge de discussion. La résolution 2797 parle d’une solution mutuellement acceptable et réaffirme le principe de l’autodétermination. Elle ne transforme pas le plan marocain d’autonomie en décision obligatoire du Conseil de sécurité.

Cette nuance juridique compte. Elle ne règle pas le conflit, mais elle empêche de confondre l’évolution des rapports diplomatiques avec un règlement international définitif. Sur le terrain, cette absence d’accord continue de peser sur les populations du Sahara occidental et sur les réfugiés sahraouis installés autour de Tindouf, dans le sud-ouest de l’Algérie.

Une bataille diplomatique qui dépasse Alger et Rabat

Le Maroc dispose aujourd’hui d’un réseau croissant de soutiens à son initiative d’autonomie. Plusieurs États ont présenté ce plan comme une base crédible ou réaliste pour les négociations. Rabat souhaite également que la MINURSO adapte son rôle aux priorités du processus politique et à la surveillance de la situation sécuritaire.

L’Algérie, de son côté, mobilise ses partenaires africains attachés au principe de l’autodétermination. L’Afrique du Sud et la Namibie figurent parmi les voix les plus constantes en faveur d’un règlement permettant aux Sahraouis de décider de leur avenir. Ces positions s’appuient sur l’histoire des luttes de libération et sur le rôle de l’Union africaine dans les questions de décolonisation.

La Mauritanie occupe une position particulière. Elle participe aux consultations onusiennes tout en cherchant à préserver son équilibre avec ses deux voisins. Le dossier touche directement ses intérêts de sécurité, ses échanges transfrontaliers et sa place dans l’espace sahélo-saharien.

Pour l’Algérie, la question possède aussi une dimension régionale. La rivalité avec le Maroc complique déjà la coopération au Maghreb, notamment dans une région où les défis sécuritaires, énergétiques et commerciaux exigent des mécanismes de dialogue. L’Union du Maghreb arabe reste paralysée par ces tensions, tandis que l’Union africaine demeure l’un des rares cadres où les deux lectures peuvent être confrontées.

Le prochain vote sera suivi au-delà du mandat de la mission

Le Conseil de sécurité devra d’abord décider de la prolongation du mandat de la MINURSO. Il devra surtout examiner les conséquences de l’évaluation stratégique demandée en 2025. La question sera de savoir si la mission restera principalement un outil d’observation et d’appui politique, ou si son rôle évoluera davantage sous l’effet des nouvelles réalités diplomatiques.

Pour Alger et le Front Polisario, le point essentiel sera le maintien d’un langage clair sur l’autodétermination. Pour Rabat, l’objectif sera de faire reconnaître davantage son autonomie comme base de règlement. Entre ces deux approches, Staffan de Mistura devra préserver un espace de négociation qui associe les parties directement concernées et les pays voisins.

Le dossier continuera aussi de résonner à Addis-Abeba. Toute modification de l’équilibre au Conseil de sécurité aura des effets sur les débats de l’Union africaine, où la présence de la RASD demeure un sujet sensible. L’échéance du 31 octobre 2026 ne devrait donc pas clore le conflit. Elle pourrait surtout préciser la place que l’ONU entend encore accorder à l’autodétermination dans sa recherche d’un compromis.