À Abuja, le sous-sol devient un levier de diversification économique. Mais le défi ne consiste plus seulement à attirer des capitaux étrangers. Il s’agit désormais de transformer les minerais nigérians sur place, afin que les emplois, les compétences et une part plus importante de la valeur restent dans le pays.
Le Nigeria et les États-Unis ont signé, le 23 septembre 2026 à New York, un accord-cadre destiné à renforcer leur coopération dans le secteur minier. La cérémonie s’est tenue en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, selon le ministère fédéral nigérian de l’Information.
Un accord-cadre, pas encore un investissement de 700 milliards
Le texte a été signé par Dele Alake, ministre nigérian du Développement des minerais solides, et Christopher Landau, secrétaire d’État adjoint américain. Il doit faciliter les échanges entre institutions publiques et entreprises privées des deux pays.
Le dispositif couvre plusieurs maillons de la chaîne minière. Il comprend notamment la collecte de données géologiques, l’exploration, le développement des gisements, la transformation, les infrastructures et le renforcement des capacités techniques.
Le Nigeria estime la valeur de ses ressources minérales à environ 700 milliards de dollars. Cette somme correspond à une évaluation globale du potentiel du sous-sol. Elle ne représente ni un financement américain déjà engagé, ni la valeur financière de l’accord signé à New York.
Cette distinction est essentielle. Le texte ouvre un cadre de coopération. Les projets concrets devront encore faire l’objet d’études, de contrats, de financements et d’autorisations. Leur réalisation dépendra aussi de la qualité des infrastructures et de la sécurité des sites miniers.
Le lithium au cœur de la nouvelle bataille industrielle
Le Nigeria dispose de gisements de lithium, d’or, d’étain, de minerai de fer, de phosphate et de pierres précieuses. Le lithium attire particulièrement l’attention. Ce métal entre dans la fabrication de nombreuses batteries utilisées par les véhicules électriques et les systèmes de stockage d’énergie.
Des données de l’Institut géologique des États-Unis indiquent que le pays a déjà commencé à développer des capacités de traitement du lithium. Une usine industrielle mise en service dans l’État de Nasarawa en 2024 dispose d’une capacité annoncée de 4 000 tonnes par jour.
Le gouvernement nigérian veut aller plus loin. Il cherche à limiter l’exportation de minerais bruts et à favoriser leur transformation locale. Cette stratégie vise les concentrés, les produits raffinés, les composants industriels et, à terme, certains éléments de la chaîne des batteries.
Pour les entreprises nigérianes, l’enjeu est considérable. Une activité limitée à l’extraction crée moins d’emplois qualifiés et laisse une faible part de la valeur dans le pays. À l’inverse, la transformation exige des techniciens, des laboratoires, des équipements, de l’électricité et des services spécialisés.
Washington cherche des approvisionnements plus diversifiés
Pour les États-Unis, le rapprochement répond à une préoccupation stratégique. Les minerais critiques sont devenus indispensables à plusieurs secteurs : batteries, réseaux électriques, électronique avancée et technologies liées à la transition énergétique.
Washington cherche donc à diversifier ses chaînes d’approvisionnement. Cette politique réduit la dépendance à un nombre limité de fournisseurs et de pays transformateurs. Le Nigeria apparaît comme un partenaire potentiel, notamment dans le lithium et d’autres minerais encore peu exploités à grande échelle.
Cette dynamique intervient dans un secteur africain où les entreprises chinoises occupent déjà une place importante. Elles disposent d’une expérience industrielle, de réseaux commerciaux et de capacités de financement dans plusieurs filières. L’arrivée d’acteurs américains pourrait accroître la concurrence entre investisseurs.
Pour Abuja, cette concurrence peut améliorer les conditions de négociation. Elle ne garantit toutefois pas, à elle seule, une meilleure répartition des revenus. Le Nigeria devra définir des règles claires sur la fiscalité, le contenu local, la protection de l’environnement et le transfert de compétences.
La transformation locale reste le véritable test
Le secteur minier nigérian reste confronté à plusieurs obstacles. Les données géologiques doivent être améliorées. Les routes et les lignes électriques manquent dans certaines zones. L’exploitation artisanale demeure difficile à encadrer, tandis que le commerce informel prive l’État de recettes.
Le lithium illustre ces tensions. La demande internationale a progressé rapidement. Cependant, des enquêtes ont documenté les risques liés aux sites informels, notamment les conditions de travail dangereuses et la présence d’enfants dans certaines activités minières. La formalisation devra donc protéger les travailleurs et les communautés riveraines.
Les effets de l’accord seront aussi différents selon les territoires. Les grands centres économiques pourraient bénéficier des services financiers, de l’ingénierie et de la logistique. Les États producteurs, comme Nasarawa, Kebbi ou Taraba, attendront plutôt des emplois locaux, des routes et des revenus publics mieux redistribués.
Les autorités devront également éviter que les populations rurales supportent les coûts environnementaux sans bénéficier des retombées économiques. La transparence des licences, la consultation des communautés et le contrôle des exportations seront déterminants.
Un dossier qui dépasse la relation bilatérale
Le Nigeria reste la première économie démographique d’Afrique de l’Ouest et un acteur central de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO. Une montée en puissance de son secteur minier pourrait donc modifier les flux régionaux de capitaux, de transport et de compétences.
Elle pourrait aussi renforcer les débats africains sur la souveraineté économique. L’Union africaine défend depuis plusieurs années une meilleure transformation locale des ressources et une industrialisation fondée sur les matières premières du continent. Le Nigeria veut inscrire son partenariat avec Washington dans cette logique.
La prochaine étape sera concrète : identifier les projets, publier les conditions d’investissement et mesurer les engagements réels. Le succès de l’accord ne se jugera pas au nombre d’annonces, mais à la création d’activités industrielles, à la progression des recettes publiques et à la capacité des entreprises nigérianes à monter dans la chaîne de valeur.