Au Nigeria, le défi n’est plus seulement de disposer d’importantes réserves de gaz. Il consiste désormais à les acheminer à temps vers les infrastructures capables de les transformer en revenus, en énergie et en emplois. Le projet Ima s’inscrit dans cette course contre le calendrier du principal site nigérian de production de gaz naturel liquéfié.
Un nouveau gisement pour sécuriser l’approvisionnement de Bonny Island
Le 23 septembre 2026, TotalEnergies et son partenaire nigérian AMNI ont annoncé la décision finale d’investissement pour développer le champ gazier d’Ima, au large du Nigeria. Cette étape autorise le passage du projet à sa phase de réalisation.
TotalEnergies opérera le projet avec une participation de 40 %. AMNI, entreprise nigériane, en détiendra 60 %. Le champ se trouve sur les permis offshore OML 112 et OML 117, dans des eaux peu profondes situées à proximité de Bonny Island, dans l’État de Rivers.
Le développement reposera sur une plateforme unique. Celle-ci sera reliée au site de Nigeria LNG par un gazoduc d’environ 22 kilomètres. Nigeria LNG exploite à Bonny Island le complexe qui transforme le gaz en GNL destiné principalement aux marchés internationaux.
La production devrait commencer en 2028. À son niveau maximal, Ima doit fournir environ 350 millions de pieds cubes de gaz par jour, soit plus de 60 000 barils équivalent pétrole par jour. Ces données sont confirmées par l’annonce officielle de TotalEnergies et par plusieurs médias nigérians spécialisés dans l’énergie.
Le gaz d’Ima doit couvrir près d’un tiers des besoins du Train 7 de Nigeria LNG. Ce projet d’extension doit faire passer la capacité de liquéfaction du complexe de 22 à 30 millions de tonnes par an. Les six unités actuellement opérationnelles constituent déjà l’un des principaux actifs industriels et exportateurs du Nigeria.
Le gaz disponible, condition décisive pour le Train 7
Le calendrier d’Ima révèle toutefois une difficulté importante. Nigeria LNG vise une mise en service du Train 7 avant le démarrage attendu d’Ima en 2028. L’entreprise doit donc sécuriser d’autres volumes pendant cette période de transition.
Le problème est structurel. Le Nigeria possède d’importantes réserves gazières, mais les capacités de collecte, de transport et de traitement restent insuffisantes. Les perturbations des oléoducs et gazoducs, les actes de vandalisme, les contraintes techniques et les retards d’investissement ont régulièrement réduit les volumes disponibles pour les installations de Bonny Island.
Dans ses données de référence, Nigeria LNG indique que ses six trains peuvent produire 22 millions de tonnes de GNL par an. Cette capacité dépend toutefois d’un approvisionnement continu en gaz. Une usine de liquéfaction ne peut pas fonctionner à plein régime si les molécules ne parviennent pas jusqu’à ses unités de traitement.
Des responsables de Nigeria LNG ont récemment estimé que les installations fonctionnaient en dessous de leur potentiel nominal. Cette situation pèse sur les exportations, les recettes en devises et la fiabilité des contrats de livraison. Elle limite aussi la capacité du Nigeria à profiter pleinement de la demande mondiale de GNL.
Le projet Ima répond donc à un besoin industriel précis. Il ne s’agit pas seulement d’ouvrir un nouveau champ. Il faut alimenter une infrastructure déjà existante, dont l’expansion nécessite des volumes supplémentaires et réguliers.
Un projet de gaz non associé avec une empreinte technique réduite
Ima produira du gaz non associé. Cette expression désigne un gaz extrait d’un gisement qui ne dépend pas de la production de pétrole. Son développement peut ainsi contribuer à accroître l’offre gazière sans attendre une hausse parallèle de l’extraction pétrolière.
TotalEnergies présente le projet comme une installation à coûts et émissions maîtrisés. La plateforme sera alimentée en électricité depuis la terre ferme. Le dispositif prévoit également l’absence de torchage de routine, c’est-à-dire l’interdiction de brûler en continu le gaz excédentaire, ainsi qu’un suivi permanent du méthane.
La compagnie affirme par ailleurs que les principaux sous-traitants seront nigérians. Des informations communiquées au Nigeria évoquent aussi une place importante pour la main-d’œuvre issue des communautés hôtes pendant la phase de développement. Ces engagements devront être suivis dans l’exécution du projet, notamment dans les zones riveraines de Rivers.
Le coût annoncé varie selon les communications disponibles. TotalEnergies parle d’un investissement supérieur à 600 millions de dollars, tandis que des sources nigérianes avancent des estimations allant jusqu’à environ 1,1 milliard de dollars. Cette différence peut s’expliquer par des périmètres de calcul distincts, mais le montant définitif n’a pas été présenté de manière uniforme dans les annonces publiques.
Un test pour la stratégie gazière d’Abuja
Pour les autorités nigérianes, Ima s’inscrit dans la volonté de transformer les réserves de gaz en activité productive. Le gouvernement cherche à attirer les capitaux vers le gaz non associé, à développer les infrastructures et à renforcer les revenus issus des exportations.
Le projet intervient après la décision d’avancer sur Ubeta, autre développement gazier porté par TotalEnergies et la Nigerian National Petroleum Company. Ubeta doit également contribuer à l’approvisionnement du marché nigérian et des installations liées au GNL.
La trajectoire reste cependant exposée aux retards. Les projets offshore exigent des équipements spécialisés, une logistique complexe et une coordination entre opérateurs, autorités de régulation et communautés locales. Le respect de l’échéance de 2028 sera donc un premier indicateur de la capacité du Nigeria à convertir ses décisions d’investissement en production réelle.
Pour les entreprises exportatrices, l’enjeu est commercial. Une production plus stable peut réduire le risque de manquer des cargaisons et renforcer la position du Nigeria sur le marché mondial du GNL. Pour l’État, l’enjeu est budgétaire et industriel. Pour les populations, les retombées dépendront surtout des emplois créés, des contrats attribués localement et de la qualité du partage des revenus.
Une portée qui dépasse les frontières nigérianes
Le dossier Ima concerne directement le Nigeria, mais il résonne dans toute l’Afrique de l’Ouest. La région dépend encore fortement d’infrastructures énergétiques inégalement réparties. Les projets capables d’augmenter la production de gaz peuvent soutenir les exportations, l’approvisionnement électrique et les industries locales, à condition de ne pas réserver la ressource aux seuls marchés extérieurs.
Au sein de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, les choix du Nigeria influencent les équilibres énergétiques régionaux. Le pays reste la première économie de cet espace et un acteur central des projets de transport d’électricité, de gaz et de produits énergétiques.
La prochaine échéance sera double : suivre l’avancement du Train 7 et vérifier que les volumes promis par Ima arrivent effectivement à Bonny Island à partir de 2028. C’est à cette condition que le Nigeria pourra convertir son avantage géologique en capacité industrielle durable.