Dans le nord de l’Éthiopie, le retour des combats se mesure déjà à des signes très concrets : des aéroports fermés, des routes incertaines et des habitants qui redoutent une nouvelle rupture des approvisionnements. La prise de positions stratégiques par les forces tigréennes fait craindre une extension rapide de la crise au-delà du Tigré.
Une escalade aux frontières du Tigré
Des combats ont éclaté mardi 22 septembre 2026 dans les localités d’Abala et d’Erebti, dans la région Afar, entre les forces liées au Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) et les forces fédérales éthiopiennes. Des employés humanitaires présents dans la zone ont fait état d’affrontements nocturnes. Leurs témoignages ont été relayés par l’Agence France-Presse, sans qu’un bilan humain puisse être établi.
Une source spécialisée dans la sécurité en Éthiopie a confirmé les combats et affirmé que les forces tigréennes contrôlaient Abala. Un ancien responsable du TPLF a, de son côté, revendiqué le contrôle de plusieurs localités de l’Afar, dont Berhale, Erebti, Abala, Megale, Dalul et Konoba. Ces affirmations restent difficiles à vérifier indépendamment.
Le gouvernement régional du Tigré assure avoir réagi à d’intenses bombardements menés, selon lui, par les forces fédérales. Il évoque l’usage d’avions, de drones et d’artillerie. Cette version n’a pas encore été confirmée par des sources indépendantes. Les autorités fédérales à Addis-Abeba n’avaient pas publié de réponse détaillée au moment de la rédaction.
La situation a également touché les liaisons aériennes. Les forces tigréennes ont pris le contrôle des aéroports de Mekele et de Shire. Elles auraient aussi investi celui d’Axoum. Ethiopian Airlines a suspendu ses vols vers ces trois villes en invoquant la situation sécuritaire dans la région. La compagnie nationale éthiopienne n’a pas fourni de calendrier immédiat pour la reprise de ses dessertes.
La Commission de l’Union africaine a appelé à la retenue et à une désescalade immédiate. Son président, Mahmoud Ali Youssouf, s’est inquiété de la reprise des hostilités dans le nord de l’Éthiopie, de la perturbation des services aériens civils et de la formation de nouvelles alliances politiques et militaires.
Le fragile héritage de l’accord de Pretoria
Cette nouvelle flambée intervient moins de quatre ans après l’accord de cessation des hostilités signé à Pretoria, en Afrique du Sud, le 2 novembre 2022. Ce texte avait mis fin à une guerre de deux ans entre le gouvernement fédéral et le TPLF. Le conflit avait ravagé le Tigré et débordé sur l’Afar et l’Amhara.
Les estimations du nombre de morts varient fortement. L’Union africaine a évoqué environ 600 000 décès liés à la guerre, un chiffre qui inclut les victimes directes des combats, des violences et des conséquences humanitaires. L’absence d’accès régulier à plusieurs zones empêche toutefois l’établissement d’un bilan définitif.
L’accord de Pretoria a permis la reprise progressive des services publics et de l’aide humanitaire. Il n’a cependant pas réglé les principales questions politiques et territoriales. Le retour des personnes déplacées, le désarmement des combattants et le statut des territoires disputés entre le Tigré et l’Amhara restent des dossiers sensibles.
La crise est aussi nourrie par les rivalités internes au Tigré. Le TPLF demeure une force politique et militaire influente, mais ses responsables ne partagent pas tous la même stratégie. Getachew Reda, ancien dirigeant du mouvement devenu responsable de l’administration intérimaire du Tigré avant sa rupture avec ses anciens alliés, a qualifié la reprise des combats de « déchirante ». Il accuse la direction du TPLF d’avoir lancé une offensive contre des positions gouvernementales dans l’Afar et l’Amhara. Cette accusation n’a pas pu être vérifiée de manière indépendante.
Des conséquences immédiates pour les populations
La fermeture des aéroports complique les déplacements entre le Tigré et Addis-Abeba. Elle affecte les familles, les étudiants, les commerçants et les organisations humanitaires. Dans une région où les routes restent longues et vulnérables, l’avion constitue souvent le moyen le plus rapide de transporter des personnes et certains produits essentiels.
Les premiers effets peuvent aussi se faire sentir sur les marchés. Les habitants des zones urbaines dépendent des arrivages réguliers de carburant, de médicaments et de denrées alimentaires. Dans les zones rurales, les difficultés de circulation risquent de toucher les éleveurs, les agriculteurs et les personnes déplacées avec une intensité plus forte encore.
Une source humanitaire a indiqué qu’un camion chargé de nourriture venait d’être envoyé pour soutenir des personnes déplacées. Ce déplacement illustre l’un des principaux risques de l’escalade : chaque nouvelle ligne de front peut interrompre les corridors d’aide et pousser de nouvelles familles à quitter leur lieu de vie.
La population du Tigré reste particulièrement exposée. Des années de guerre ont détruit des infrastructures, perturbé les soins et affaibli l’économie locale. La reprise des tensions menace également les activités commerciales de Mekele, capitale régionale, ainsi que les échanges entre le Tigré, l’Afar et l’Amhara.
Un risque pour l’équilibre de la Corne de l’Afrique
Le TPLF a annoncé récemment son adhésion à une nouvelle alliance réunissant plusieurs groupes armés et forces d’opposition éthiopiens. Cette coalition intervient dans un pays où des insurrections persistent notamment en Oromia et en Amhara, deux régions majeures par leur population et leur poids politique.
Le gouvernement fédéral conserve des moyens militaires importants. Il a renforcé ses capacités de production et d’utilisation de drones depuis la guerre du Tigré. Le TPLF dispose toutefois d’une expérience militaire considérable et bénéficie d’un ancrage politique profond dans sa région. Cette combinaison rend improbable une résolution rapide par la seule voie militaire.
La dimension régionale est tout aussi importante. L’Éthiopie occupe une position centrale dans la Corne de l’Afrique et joue un rôle majeur au sein de l’Autorité intergouvernementale pour le développement, l’IGAD, qui réunit plusieurs pays d’Afrique de l’Est. Toute nouvelle guerre au Tigré peut affecter les routes commerciales vers Djibouti, les mouvements de réfugiés et les relations déjà tendues avec l’Érythrée.
La priorité immédiate concerne donc la sécurisation des populations et la restauration de l’accès humanitaire. L’Union africaine devra également préserver les canaux ouverts par l’accord de Pretoria. La prochaine étape dépendra de la capacité des autorités fédérales, des responsables tigréens et des acteurs régionaux à éviter que les affrontements de l’Afar ne deviennent un conflit généralisé.