À Kinshasa, la bataille autour de la Constitution a quitté les salles de réunion pour investir la rue. Le 22 septembre 2026, l’UDPS et plusieurs partis alliés au président Félix Tshisekedi ont organisé une marche destinée à afficher leur soutien au référendum envisagé et au dialogue national annoncé par le chef de l’État.
Une réponse politique à la mobilisation de l’opposition
La manifestation est intervenue une semaine après celle de la Coalition pour la défense de l’article 64, appelée C64. Cette plateforme réunit notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga. Elle rejette toute modification de la Constitution de 2006 et redoute qu’une nouvelle Loi fondamentale permette à Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat.
À Kinshasa, le cortège de la majorité est parti de la 11e rue, dans la commune de Limete, avant de s’achever au niveau du pont Cabu. Des milliers de militants et de sympathisants de l’UDPS, le parti présidentiel, ainsi que de formations alliées, y ont pris part, selon plusieurs médias congolais.
Le secrétaire général de l’UDPS, Augustin Kabuya, a présenté cette mobilisation comme une réponse directe à la marche de la C64 organisée le 15 septembre. Il a contesté la lecture faite par certains médias de la mobilisation de l’opposition et revendiqué une démonstration de force du camp présidentiel.
Les organisateurs ont également soutenu les institutions de la République, la loi organisant le référendum et le dialogue national voulu par Félix Tshisekedi. La marche ne portait donc pas uniquement sur la réforme constitutionnelle. Elle visait aussi à montrer que le président conserve une base militante active dans la capitale.
Le référendum au centre d’un débat institutionnel tendu
La Constitution congolaise limite à deux le nombre de mandats présidentiels. Elle protège aussi certaines dispositions fondamentales contre une révision directe. Le camp présidentiel soutient toutefois qu’une nouvelle Constitution pourrait être soumise au vote populaire si les institutions ou les citoyens en décident ainsi.
Le débat s’est accéléré en 2026. Une proposition législative adoptée par les deux chambres du Parlement doit permettre l’organisation d’un référendum sur une nouvelle Constitution. L’opposition estime que ce mécanisme pourrait remettre les compteurs à zéro pour le chef de l’État. Elle y voit une manière indirecte de contourner les limites de mandat.
La majorité défend une autre lecture. Ses responsables affirment qu’un référendum donnerait au peuple congolais le dernier mot. Certains cadres du pouvoir évoquent une réforme destinée à mieux adapter les institutions aux réalités de la République démocratique du Congo, un pays vaste, décentralisé et confronté à une forte pression sécuritaire dans sa partie orientale.
Cette opposition de principe ne suffit cependant pas à trancher la question. Le contenu exact d’une éventuelle nouvelle Constitution, son calendrier et les garanties entourant la consultation restent déterminants. Sans ces éléments, le référendum demeure pour l’instant un objet de confrontation politique plus qu’un processus institutionnel stabilisé.
Une polarisation qui dépasse les états-majors
La succession des marches révèle une compétition pour le contrôle du récit national. La majorité veut montrer que la réforme répond à une demande populaire. L’opposition cherche, de son côté, à présenter la défense de la Constitution comme une ligne rouge démocratique.
Dans les deux camps, les images de foule jouent un rôle central. Elles servent à mesurer la capacité d’organisation des partis et à envoyer un signal aux élus, aux partenaires régionaux et à la communauté internationale. Pourtant, une mobilisation à Kinshasa ne suffit pas à mesurer l’opinion de l’ensemble du pays.
La République démocratique du Congo compte 26 provinces, avec des réalités politiques et sociales très différentes. Les attentes d’un fonctionnaire de Kinshasa ne sont pas celles d’un commerçant de Lubumbashi, d’un agriculteur du Kasaï ou d’une famille déplacée dans l’est du pays. Dans les zones rurales, la réforme constitutionnelle peut sembler éloignée des urgences quotidiennes, comme l’accès aux routes, aux soins, à l’électricité et à la sécurité.
La controverse intervient aussi dans un contexte national lourd. Les violences persistantes dans l’est de la RDC, les déplacements de population et les difficultés économiques occupent une grande partie de l’attention publique. Pour l’opposition, ouvrir un chantier constitutionnel dans cette période détournerait le pouvoir des priorités immédiates. Pour la majorité, une réforme des institutions pourrait au contraire améliorer la capacité de l’État à répondre à ces crises.
Le dialogue national reste une autre ligne de fracture
Félix Tshisekedi a annoncé un dialogue consacré à la paix, à la cohésion nationale et à la refondation de l’État. Le pouvoir veut y associer les forces politiques et sociales qui acceptent le cadre républicain. Il exclut les acteurs engagés dans la lutte armée, notamment les groupes accusés d’attaquer l’État.
La C64 ne considère pas cette initiative comme suffisante. Ses dirigeants réclament un dialogue plus inclusif et redoutent que le processus annoncé serve à légitimer, en amont, une réforme constitutionnelle déjà décidée. Cette méfiance complique la recherche d’un compromis.
Le calendrier parlementaire ajoute à la tension. La session ordinaire de septembre s’est ouverte dans un climat de forte surveillance politique, après la manifestation de l’opposition et les affrontements signalés autour de celle-ci. Toute restriction supplémentaire des rassemblements ou toute intervention policière controversée pourrait renforcer le sentiment de défiance au sein de l’opposition.
Un enjeu pour l’Afrique centrale
La crise politique congolaise ne se limite pas à Kinshasa. La RDC est un acteur majeur de la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, qui soutient les autorités congolaises face aux groupes armés dans l’est. Elle est également au cœur des équilibres sécuritaires entre l’Afrique centrale et la région des Grands Lacs.
Une réforme contestée pourrait donc avoir des effets au-delà du droit constitutionnel. Elle pourrait modifier les rapports entre le pouvoir central, les provinces, les forces politiques et les partenaires régionaux. Elle pourrait aussi influencer la coopération sécuritaire, alors que la RDC cherche à consolider son autorité territoriale.
La prochaine étape sera le contenu concret du projet constitutionnel et les règles du référendum. Les autorités devront préciser le calendrier, les modalités de participation et les mécanismes de contrôle. L’opposition, elle, devra transformer ses manifestations en stratégie politique durable.
Pour les Congolais, l’enjeu dépasse la rivalité entre deux camps. Il concerne la solidité des institutions, la crédibilité du vote populaire et la capacité du pays à éviter qu’une réforme de la Constitution ne devienne une nouvelle source de crise.