Un rapprochement qui prend forme à l’heure où les Seychelles cherchent à élargir leurs horizons

Pour un archipel comme les Seychelles, la question des liaisons aériennes n’est pas un détail technique. C’est un sujet de souveraineté économique, de tourisme, de prix des billets et de capacité à relier l’île au reste du continent sans dépendre d’un seul axe de passage. Dans ce contexte, la relance des échanges avec l’Angola dépasse la diplomatie de courtoisie : elle touche à la manière dont deux économies maritimes et insulaires se projettent dans l’espace africain.

Le dossier s’inscrit aussi dans une séquence plus large. À Victoria, les autorités ont multiplié ces derniers mois les démarches pour sécuriser et diversifier les accords de transport aérien, avec l’idée de renforcer la connectivité tout en protégeant les intérêts nationaux d’Air Seychelles. Le gouvernement a ainsi approuvé, en août 2026, la ratification d’accords bilatéraux sur les services aériens conclus avec 33 partenaires, afin de les faire entrer en vigueur et de les enregistrer auprès de l’Organisation de l’aviation civile internationale, l’OACI, l’instance mondiale de l’aviation civile.

Ce que les deux capitales ont remis sur la table

Le 1er septembre 2026, le président seychellois Patrick Herminie a reçu à Victoria Domingos de Almeida da Silva Coelho, le nouvel ambassadeur non résident d’Angola. Les discussions ont porté sur plusieurs dossiers bilatéraux, dont le commerce, l’investissement, le tourisme, l’agriculture, les pêches, l’océan, l’énergie et les technologies. Au milieu de cet agenda très large, un point a retenu l’attention : la volonté de conclure un accord bilatéral sur les services aériens avec Luanda.

Les autorités seychelloises ont présenté cet accord comme un cadre juridique pour définir les routes, les fréquences, les droits de trafic, les règles de sécurité et les arrangements commerciaux entre compagnies. En clair, il ne s’agit pas seulement d’autoriser des vols. Il s’agit de fixer les conditions qui rendent une liaison régulière, exploitable et durable. Le gouvernement seychellois insiste d’ailleurs sur une approche graduelle de la libéralisation aérienne, plutôt qu’une ouverture totale de type Open Skies, afin de préserver la place stratégique d’Air Seychelles.

La relance n’est pas née de zéro. Les deux pays avaient déjà signé, en juin 2021, un accord général de coopération et un accord créant une commission bilatérale. Le président Herminie a rappelé que ces instruments restent utiles, mais qu’ils doivent désormais être activés concrètement. Selon la présidence seychelloise, la première session de cette commission pourrait servir de plateforme pour transformer les intentions politiques en dossiers opérationnels.

Le rapprochement institutionnel a aussi gagné un terrain symbolique. En août 2025, les deux États ont signé un accord d’exemption mutuelle de visas pour les titulaires de passeports diplomatiques, officiels et de service. Côté seychellois, le ministère des Affaires étrangères encadre déjà ce type de facilités pour les passeports diplomatiques et officiels. Côté angolais, la diplomatie a confirmé en 2026 plusieurs accords similaires avec d’autres partenaires africains, signe qu’Angola cherche à fluidifier les déplacements d’État et les échanges de haut niveau.

Pourquoi cette liaison compte pour l’archipel, et pour l’Angola

Pour les Seychelles, l’enjeu principal est simple : diversifier les marchés sans affaiblir la solidité du modèle touristique. L’économie de l’archipel dépend fortement des arrivées internationales. Or la connectivité aérienne conditionne à la fois le volume des visiteurs, l’origine des clientèles, le coût des séjours et la circulation des résidents. Les autorités veulent donc ouvrir de nouvelles portes vers l’Afrique, pas seulement vers les marchés déjà établis d’Europe ou du Golfe.

Cette logique est cohérente avec la stratégie diplomatique récente de Victoria. Les Seychelles ont déjà plaidé pour davantage de vols, davantage de codeshare et davantage d’accords utiles au tourisme et au commerce. La présidence a même rappelé, début 2026, que la connectivité aérienne est devenue un levier de résilience économique, au même titre que l’énergie ou la sécurité alimentaire. Dans un pays insulaire, le ciel remplace souvent la route. Ce n’est pas une formule. C’est une réalité économique.

Pour l’Angola, la portée est différente, mais tout aussi concrète. Luanda dispose d’un marché intérieur plus vaste, d’une façade atlantique et d’ambitions de diversification hors hydrocarbures. Une meilleure liaison avec les Seychelles peut soutenir le tourisme haut de gamme, les voyages d’affaires et les échanges entre opérateurs. Elle peut aussi offrir un point de contact supplémentaire entre l’Afrique australe, l’océan Indien et les réseaux de la diaspora, dans un moment où plusieurs capitales africaines cherchent à tisser des connexions plus directes entre elles.

La dimension régionale n’est pas secondaire. Seychelles et Angola évoluent dans des espaces institutionnels différents mais complémentaires, avec l’Union africaine, la Zone de libre-échange continentale africaine et, pour les Seychelles, une diplomatie qui cherche à articuler intérêts insulaires et intégration continentale. Le gouvernement seychellois a d’ailleurs publié une stratégie nationale de mise en œuvre de la ZLECAf, preuve que la connectivité aérienne, commerciale et réglementaire est pensée comme un ensemble.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

Le vrai test ne sera pas le communiqué, mais la suite. Un accord aérien ne produit ses effets que s’il est ratifié, enregistré, puis suivi d’une offre commerciale crédible. Il faudra donc voir si les deux États passent du principe à la négociation technique, puis à l’exploitation réelle. L’expérience de 2021 montre qu’un accord peut être souhaité sans aboutir immédiatement. Cette fois, les signaux politiques sont plus nets, et le calendrier diplomatique semble mieux aligné.

Le prochain jalon cité publiquement est la conférence de l’OACI à Montréal, en novembre. Les Seychelles y voient une occasion d’avancer sur plusieurs dossiers d’aviation, y compris celui d’Angola. Si le dialogue se confirme, il pourrait offrir un exemple de coopération africaine très concrète : moins spectaculaire qu’un sommet, mais plus utile pour les passagers, les compagnies, le tourisme et les économies locales.