En RDC, un dialogue annoncé, une opposition déjà en alerte
À Kinshasa, la scène politique congolaise s’est de nouveau tendue autour d’une question simple en apparence, mais décisive dans les faits : qui fixe les règles d’un dialogue national quand le pays traverse à la fois une crise sécuritaire, une pression institutionnelle et une forte défiance entre camps politiques ? Le président Félix Tshisekedi a annoncé l’ouverture d’un processus de dialogue limité à trois mois, en commençant par des consultations dans les 26 provinces. La coalition d’opposition C64 y voit, elle, une manœuvre de diversion.
La controverse s’inscrit dans une séquence plus large. Depuis plusieurs mois, la RDC cherche une sortie de crise dans l’Est, où les combats et les déplacements de civils continuent de fragiliser l’État. Les Nations unies décrivent toujours une situation très dégradée dans les provinces orientales, tandis que l’Union africaine, la SADC et la Communauté d’Afrique de l’Est poussent aussi des efforts de paix coordonnés dans la région des Grands Lacs.
Ce que refuse la C64, et pourquoi ce refus compte
Vendredi 28 août 2026 à Kinshasa, Martin Fayulu a rendu publique la position commune de la C64 après plusieurs heures de concertation. La coalition a rejeté « les prétendues consultations populaires » lancées par le chef de l’État, qu’elle juge incapables de répondre à l’urgence de la guerre, de l’insécurité, de la crise sanitaire et de la détresse sociale. Elle a aussi accusé le pouvoir de vouloir gagner du temps avant l’échéance constitutionnelle de 2028.
Ce refus n’est pas isolé. La C64, lancée à Kinshasa le 19 mai 2026 comme plateforme de défense de l’ordre constitutionnel, regroupe notamment Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga. Depuis sa création, elle a multiplié les mises en garde contre toute révision de la Constitution et a déjà brandi plusieurs échéances de mobilisation dans la capitale. Sa ligne est claire : pas de dialogue sans garanties sur la Constitution, les libertés publiques et le format des discussions.
Le pouvoir, lui, défend une autre méthode. La présidence a présenté le dialogue comme un mécanisme de refondation de l’État, distinct des arrangements politiques classiques, et a insisté sur un ancrage territorial dans les provinces plutôt qu’à Kinshasa. Le gouvernement soutient que cette séquence ne répond pas à un ultimatum de l’opposition, mais à un agenda propre de réconciliation et de stabilisation. Cette divergence de calendrier et de méthode nourrit le soupçon réciproque.
Entre guerre à l’Est et bataille institutionnelle à Kinshasa
Pour la population, le débat dépasse les cercles politiques. Dans l’Est, les civils paient déjà le prix de l’insécurité prolongée. Le dernier rapport du Secrétaire général de l’ONU sur la MONUSCO évoque une détérioration rapide de la situation et des restrictions qui compliquent la surveillance du cessez-le-feu dans les zones contrôlées par l’AFC/M23. Le Conseil de sécurité a, de son côté, maintenu l’architecture de suivi du dossier congolais et renouvelé le mandat du groupe d’experts chargé de surveiller les sanctions.
Dans ce contexte, l’opposition estime que toute initiative politique doit commencer par la sécurité et la crédibilité des institutions. Le camp présidentiel répond qu’il faut justement sortir d’une logique de crise permanente pour reconstruire l’État. Deux lectures se font donc face. La première pense que le pouvoir cherche à neutraliser la pression politique en contrôlant le cadre du dialogue. La seconde affirme que l’État ne peut pas rester prisonnier des seuls rapports de force partisans.
La marche nationale annoncée par la C64 pour le 15 septembre 2026 illustre ce bras de fer. L’opposition veut tester sa capacité de mobilisation dans la capitale, alors que le pouvoir surveille toute contestation susceptible d’alimenter l’instabilité. Pour les commerçants, les transporteurs, les agents publics et les ménages urbains, ces séquences se traduisent souvent par des journées ralenties, des activités perturbées et un climat d’attente qui pèse sur l’économie informelle, déjà dominante dans la vie quotidienne congolaise.
Une séquence congolaise, mais une portée régionale
La RDC n’est pas seule à chercher un équilibre entre sécurité, légitimité politique et pression de la rue. Dans les Grands Lacs, les processus de paix pilotés par l’Union africaine, la SADC, l’EAC et la diplomatie onusienne avancent en parallèle, parfois sans véritable harmonie. L’initiative de Kinshasa sera donc scrutée bien au-delà de la capitale : elle dira si le pouvoir congolais accepte un cadre de dialogue réellement inclusif, ou s’il préfère un processus plus étroitement piloté par l’exécutif.
La portée continentale est claire. Dans un pays de la taille d’un sous-continent, membre de la SADC et pivot des équilibres d’Afrique centrale et orientale, chaque fracture politique a des effets en chaîne sur la sécurité régionale, les flux humanitaires et les rapports entre capitales voisines. Les prochains jalons sont connus : la marche annoncée par l’opposition, puis la manière dont le dialogue promis par la présidence passera, ou non, du discours aux actes.