Quand l’électricité devient aussi une affaire de réseau
Dans les zones rurales namibiennes, le problème n’est pas seulement d’avoir un téléphone. Il faut aussi un signal stable, une alimentation fiable et des coûts de déploiement soutenables. C’est précisément là que se joue le nouvel accord conclu à Windhoek entre le régulateur des communications et le distributeur électrique du nord du pays.
La logique est simple. Une ligne électrique, un poteau, un accès sécurisé au terrain et une information partagée sur les coupures peuvent accélérer l’arrivée du haut débit. En Namibie, où l’éloignement des localités pèse sur la rentabilité des infrastructures, ce type de coopération compte davantage qu’un simple geste administratif.
Un accord de cinq ans, mais encore sans budget ni calendrier
Le 25 août 2026, la Communications Regulatory Authority of Namibia, connue sous le sigle CRAN, et le Northern Regional Electricity Distributor, ou NORED, ont signé un protocole d’accord de cinq ans. Le texte vise à mieux coordonner l’électrification rurale et le déploiement du haut débit dans les zones mal desservies, surtout dans le nord du pays.
L’accord prévoit des échanges de données, une planification conjointe des infrastructures et un partage d’informations sur les interruptions de courant susceptibles de perturber les réseaux de communication. Des représentants du CRAN pourront accéder à certaines informations de NORED sur les coupures électriques afin d’anticiper l’impact sur les services numériques.
Emilia Nghikembua, directrice générale du CRAN, a présenté ce protocole comme un pas important vers une meilleure collaboration entre communications et énergie. L’idée est d’améliorer la connectivité, la qualité de service et l’inclusion socio-économique des Namibiens, selon ses propos rapportés par le régulateur.
Mais le cadre reste non contraignant à ce stade. Aucun budget n’a été rendu public. Aucun calendrier opérationnel n’a été annoncé. Aucun objectif chiffré de couverture n’a été fixé. Autrement dit, la valeur du texte dépendra surtout de sa traduction en chantiers visibles sur le terrain.
Pourquoi cette coopération parle à toute la Namibie
La Namibie n’en est pas à son premier effort sur la couverture des territoires éloignés. Le ministère chargé de l’énergie présente depuis plusieurs années l’électrification rurale comme un axe central de la politique de développement. L’objectif est d’étendre l’accès à l’électricité dans les zones rurales pour améliorer les conditions de vie et soutenir l’activité économique locale.
Côté numérique, le CRAN a déjà lancé des initiatives de service universel dans des régions reculées. En 2026, l’autorité a inauguré une deuxième tour financée par le Universal Service Fund à Ehomba, dans la région de Kunene, après un premier site à Epinga, dans la région d’Ohangwena, à la fin de 2025. Ces projets montrent que le déficit de couverture reste réel, même si la carte nationale progresse.
Les données publiées par le régulateur indiquent par ailleurs que la couverture 4G est passée de 79 % en 2021 à 88 % en 2024, tandis que 117 écoles et 34 dispensaires ont été reliés à la 4G depuis 2022. Ces chiffres suggèrent une avancée réelle, mais aussi une géographie inégale du service, avec des poches rurales encore en marge.
Dans ce contexte, l’accord CRAN-NORED a une utilité concrète. Il peut réduire les coûts de génie civil en mutualisant les tracés. Il peut aussi limiter les pannes de réseau liées aux interruptions électriques, un sujet sensible dans les localités où chaque heure de coupure perturbe les commerces, les services publics, les écoles et les petites entreprises informelles.
Pour les habitants des zones urbaines, l’enjeu paraît technique. Pour les ménages ruraux, il est beaucoup plus quotidien. Un réseau absent ou instable bloque les appels, l’accès aux services administratifs, la consultation médicale à distance et les activités des jeunes entrepreneurs. Dans les régions du nord, où NORED dessert une partie importante du territoire, la continuité électrique devient donc une condition de la continuité numérique.
Une logique déjà visible ailleurs en Afrique australe
La Namibie s’inscrit ici dans une dynamique plus large d’Afrique australe. La mutualisation des infrastructures est de plus en plus vue comme un moyen de réduire les coûts du haut débit dans les territoires peu denses. Elle évite de dupliquer poteaux, terrains, études et servitudes. Elle aide aussi les régulateurs à coordonner énergie, télécoms et service universel au lieu de traiter chaque secteur séparément.
Le pays dispose déjà d’un socle numérique plus solide qu’il y a dix ans, avec des investissements dans les câbles sous-marins et dans les liaisons nationales. Telecom Namibia rappelle par exemple sa participation à plusieurs grandes dorsales internationales, dont SEACOM, WACS et Equiano. Mais ces connexions internationales ne suffisent pas si les derniers kilomètres, surtout en zone rurale, restent fragiles ou trop chers.
À l’échelle régionale, ce type d’accord intéresse aussi la Communauté de développement d’Afrique australe, la SADC, qui pousse depuis plusieurs années l’intégration des marchés et des infrastructures. Pour Windhoek, la question n’est donc pas seulement technique. Elle touche à la compétitivité du pays, à la qualité des services publics et à la place de la Namibie dans les chaînes régionales de connectivité.
Reste le test décisif : passer de la coordination à l’exécution. Dans les mois qui viennent, il faudra regarder si CRAN et NORED publient des projets communs, des sites pilotes ou des mécanismes de suivi. C’est à cette seule condition que l’accord de Windhoek pourra devenir autre chose qu’un cadre de bonne volonté.