Un double dossier qui dépasse le rectangle vert

Au Sénégal, le football ne se joue pas seulement sur la pelouse. Il se décide aussi dans les couloirs du droit sportif, où chaque recours peut rebattre les cartes d’une fédération, d’un mandat et d’une victoire. Dans ce type de séquence, l’enjeu n’est pas uniquement de savoir qui a marqué ou qui a gagné. Il s’agit aussi de comprendre qui parle au nom du football sénégalais, à Dakar comme dans les ligues régionales.

Le Tribunal arbitral du sport, basé à Lausanne, suit en parallèle deux affaires liées au football sénégalais, mais juridiquement distinctes. La première concerne la contestation de l’élection présidentielle de la Fédération sénégalaise de football. La seconde porte sur l’appel de la FSF contre la décision de la Confédération africaine de football relative à la finale de la CAN 2025 contre le Maroc.

Une fédération sous surveillance, dans un cadre régional très encadré

Dans l’espace CEDEAO, où le football reste un marqueur de prestige et de cohésion populaire, les fédérations nationales disposent d’une large autonomie, mais leurs élections et leurs litiges peuvent rapidement remonter vers la FIFA, la CAF puis le TAS. Au Sénégal, cette chaîne institutionnelle est d’autant plus scrutée que le pays a changé de visage politique en 2024 et que le sport y conserve une forte valeur d’unité nationale.

L’élection de la FSF s’est tenue les 2 et 3 août 2025. Abdoulaye Fall a été élu président au second tour, avec 321 voix contre 30 à Mady Touré, selon la FSF et la RTS. La fédération a aussi renouvelé seize membres de son comité exécutif. Dans le même temps, Mady Touré a dénoncé des irrégularités et a porté la contestation devant les organes internes de recours.

La commission de recours de la FSF a ensuite déclaré ce recours irrecevable, fin août 2025, avant que Mady Touré ne saisisse le TAS en septembre. Wiwsport a indiqué qu’une audience s’est tenue le 10 mars 2026 à Lausanne. Et, selon le calendrier officiel du TAS, le dossier présidentiel a finalement été renvoyé devant la Fédération sénégalaise de football le 21 août 2026.

Ce que le TAS a déjà tranché, et ce qui reste ouvert

Le second dossier est né sur la finale de la CAN 2025. Le Sénégal a battu le Maroc 1-0 après prolongation, le 18 janvier 2026 à Rabat, grâce à Pape Gueye, dans un match disputé au stade Prince Moulay Abdellah. La CAF a ensuite contesté les événements de cette rencontre. L’instance continentale a fini par déclarer le Sénégal forfait en appel, en enregistrant un score de 3-0 pour le Maroc, le 17 mars 2026.

La FSF a réagi en saisissant le TAS le 25 mars 2026 pour contester cette décision. Le Tribunal a confirmé avoir enregistré l’appel, puis a fixé une audience dans la procédure concernant la finale de la CAN 2025. À ce stade, aucune décision publique du TAS ne ressort des sources consultées, ce qui signifie que le contentieux de la finale demeure ouvert sur le plan arbitrale.

Les deux affaires ne portent donc pas sur les mêmes faits. L’une touche à la gouvernance interne du football sénégalais. L’autre concerne une compétition continentale et la portée disciplinaire d’un incident de match. Mais elles se répondent, parce qu’elles impliquent la même fédération, les mêmes équilibres de pouvoir et, au fond, la même question : qui fixe la légitimité sportive du Sénégal ?

Un enjeu de gouvernance, mais aussi d’image et de moyens

Pour Abdoulaye Fall, un maintien du verdict électoral consoliderait une légitimité déjà installée dans les faits. Pour Mady Touré, l’enjeu est plus large qu’un seul scrutin. Il touche aux pratiques électorales, au poids des clubs, à la transparence des commissions et à la capacité des voies de recours internes à convaincre les acteurs. Ce débat dépasse les personnes. Il interroge la manière dont une fédération africaine gère sa succession et ses contre-pouvoirs.

Sur le plan financier, les litiges sportifs ne sont jamais neutres. Le TAS prévoit des frais d’arbitrage et de procédure qui peuvent être lourds pour les parties. Cela favorise les dossiers les mieux structurés et les acteurs capables de mobiliser avocats, preuves et soutiens institutionnels. Dans un football sénégalais où beaucoup de clubs vivent avec des marges étroites, chaque contentieux prolongé détourne aussi du temps, de l’énergie et des ressources qui pourraient être consacrés à la formation, aux infrastructures et aux compétitions locales.

La portée est également politique, au sens institutionnel du terme. Quand le TAS renvoie une affaire électorale à la fédération, ou lorsqu’il est saisi contre une décision de la CAF, il rappelle que les fédérations africaines se gouvernent dans un cadre de règles qui dépasse les frontières nationales. Mais cette architecture ne vaut que si les procédures sont perçues comme lisibles. Sinon, la crise juridique finit par rejaillir sur le terrain sportif lui-même.

Ce que l’Afrique du football observera désormais

Le Sénégal n’est pas un cas isolé. Plusieurs fédérations africaines ont, ces derniers mois, vu leurs décisions et leurs élections examinées par le TAS, de l’Algérie au Cameroun, en passant par la Tunisie, le Maroc et la RDC. Cela montre une chose simple : la juridiction sportive internationale est devenue un passage obligé pour les conflits majeurs du football continental.

Pour les Sénégalais, l’essentiel sera de savoir si la voie interne peut encore suffire à pacifier le football national, ou si l’arbitrage international restera la dernière étape des grandes disputes. Pour la CAF, l’enjeu est de préserver l’autorité de ses décisions sans donner le sentiment d’un règlement à géométrie variable. Et pour la région ouest-africaine, cette séquence rappelle qu’un football puissant ne repose pas seulement sur les talents et les trophées, mais aussi sur la solidité des règles qui les encadrent.