À Oulan-Bator, la sécheresse n’est plus un sujet périphérique
Dans bien des capitales africaines, la sécheresse se lit d’abord dans les marchés, puis dans les champs, enfin dans les comptes publics. Quand l’eau manque, les récoltes reculent, les troupeaux se déplacent, les prix montent et les tensions s’installent. La Conférence des Nations unies sur la lutte contre la désertification, réunie à Oulan-Bator du 17 au 28 août 2026, place précisément cette chaîne de fragilités au centre du débat mondial.
Le thème officiel, centré sur la restauration des terres et la résilience face à la sécheresse, donne au rendez-vous une portée très concrète pour le continent. La convention traite des sols, de l’eau, des parcours et des systèmes alimentaires. Or, selon la convention elle-même, deux tiers du continent africain relèvent des déserts ou des zones arides, ce qui explique pourquoi la question pèse autant sur l’agriculture, l’élevage et la stabilité sociale.
Un cadrage africain déjà posé avant la conférence
Le dossier n’arrive pas à Oulan-Bator sans préparation. En juin 2026, la réunion régionale africaine préparatoire à la COP17 s’est tenue au Caire, avec l’Union africaine, l’AUDA-NEPAD, la convention onusienne et des acteurs régionaux. Elle a servi à consolider une ligne commune avant la conférence mondiale. L’Union africaine avait, elle aussi, demandé en 2026 un appui aux négociateurs africains pour bâtir un protocole contraignant sur la gestion de la sécheresse et préparer des rencontres africaines dédiées.
Ce cadrage s’inscrit dans une séquence plus longue. Depuis plusieurs années, l’Union africaine et ses organes spécialisés défendent l’idée qu’un traité international sur la sécheresse donnerait plus de prévisibilité aux États vulnérables qu’un simple empilement de plans nationaux volontaires. La position africaine ne part donc pas d’une revendication abstraite. Elle découle d’une expérience très concrète des sécheresses répétées au Sahel, dans la Corne de l’Afrique et dans plusieurs zones pastorales d’Afrique australe.
Les faits : l’Afrique pousse pour un protocole mondial sur la sécheresse
À Oulan-Bator, le Groupe africain des négociateurs a réaffirmé sa demande d’un protocole mondial sur la sécheresse, assorti d’un mécanisme de suivi. Plusieurs délégations africaines, dont l’Afrique du Sud, le Togo, le Maroc, le Zimbabwe et l’Égypte, soutiennent cette orientation. L’idée est simple : sortir la gestion de la sécheresse du registre des engagements généraux pour en faire une obligation internationale plus claire.
Cette demande prolonge l’échec partiel de la COP16 tenue à Riyad en 2024, où les Parties n’avaient pas abouti à un accord contraignant sur la sécheresse. Depuis, le débat oppose deux logiques. D’un côté, les pays africains et plusieurs alliés veulent un cadre juridiquement plus fort, pour accélérer les alertes précoces, l’adaptation agricole et la préparation humanitaire. De l’autre, certains pays développés préfèrent des dispositifs souples, intégrés aux politiques nationales.
Les chiffres avancés par la convention donnent la mesure de l’enjeu financier. Le besoin annuel pour restaurer les terres et renforcer la résilience face aux sécheresses est estimé à 355 milliards de dollars entre 2025 et 2030, alors que l’investissement annuel actuel plafonne à 77 milliards. Le manque à gagner atteint donc environ 278 milliards de dollars par an. Cette estimation revient régulièrement dans les documents de la convention et dans ses analyses publiées en 2026.
Grande Muraille verte, pastoralisme et économie des zones arides
La Grande Muraille verte reste l’un des symboles les plus visibles de cette bataille. L’initiative, portée par l’Union africaine et les pays du Sahel, vise 100 millions d’hectares restaurés, 10 millions d’emplois verts et 250 millions de tonnes de carbone séquestrées d’ici 2030. La convention indique qu’environ 18 millions d’hectares ont déjà été restaurés et que 350 000 emplois ont été créés. C’est un résultat réel, mais encore éloigné de l’objectif fixé.
Le problème n’est pas seulement écologique. Il est économique. Dans les pays sahéliens, la restauration des terres concerne autant les ménages ruraux que les finances publiques. Là où l’irrigation reste fragile, où les retenues d’eau sont insuffisantes et où les semences adaptées manquent, chaque saison sèche désorganise les circuits d’approvisionnement. À l’inverse, un financement stable peut soutenir la régénération des sols, la gestion de l’eau et les revenus des exploitations familiales. La convention, la FAO et l’Union africaine relient désormais clairement la sécheresse à la sécurité alimentaire.
Le pastoralisme occupe aussi une place nouvelle dans les négociations. En 2026, l’Année internationale des parcours et des pasteurs remet au centre un mode d’élevage souvent mal compris. La FAO rappelle que le pastoralisme est pratiqué sur une part importante des terres africaines et qu’il constitue, dans plusieurs régions arides, un système de subsistance dominant. À Oulan-Bator, la question n’est donc pas de choisir entre élevage et environnement. Elle est de savoir comment sécuriser les couloirs de transhumance, les points d’eau et les pâturages sans aggraver les conflits d’usage.
Ce que cette COP peut changer pour les États africains
Pour les gouvernements, l’enjeu est budgétaire et diplomatique. Un protocole contraignant sur la sécheresse pourrait stabiliser des politiques publiques aujourd’hui dépendantes d’aides dispersées, de financements projet par projet et d’annonces qui tardent à se matérialiser. La suite logique serait un meilleur suivi des engagements pris à Riyad, notamment autour de partenariats de résilience annoncés à plus de 12 milliards de dollars, mais encore difficiles à convertir en chantiers visibles sur le terrain.
Pour les populations, la différence se mesure en kilomètres d’eau, en rendement agricole, en pertes de bétail et en déplacements évités. Une sécheresse mieux anticipée coûte moins cher qu’une crise réparée après coup. C’est pourquoi les États africains poussent une logique de prévention : systèmes d’alerte précoce, irrigation adaptée, restauration des sols, sélection de semences résistantes et infrastructures hydriques de proximité. L’idée n’est pas seulement de tenir une promesse internationale. Elle est de réduire la vulnérabilité d’espaces où l’économie informelle et les revenus ruraux restent dominants.
À l’échelle continentale, Oulan-Bator servira aussi de test politique. L’Union africaine a déjà inscrit la sécheresse dans son agenda 2026, aux côtés de l’eau et de la sécurité sanitaire. La COP17 dira si cette convergence peut produire autre chose qu’un langage commun : un financement plus prévisible, une gouvernance plus lisible et une place plus forte pour les solutions africaines dans la diplomatie environnementale mondiale.