À Lusaka, un vote sur le coût de la vie plus que sur les slogans

En Zambie, l’élection ne se joue pas seulement dans les urnes. Elle se joue aussi dans les marchés, devant les stations-service, et dans les foyers où chaque hausse des prix se voit tout de suite dans le panier du jour. À Lusaka, capitale zambienne, beaucoup d’électeurs ont abordé le scrutin du 13 août avec une question simple : les réformes économiques ont-elles vraiment changé leur quotidien ?

Le pays sort d’une séquence lourde. La dette a été restructurée, le programme appuyé par le FMI a redonné de l’air aux finances publiques, et l’inflation est retombée à 6,8 % en avril 2026, selon le Fonds monétaire international. La croissance a, elle aussi, repris de la vigueur, même si le FMI a révisé sa projection de croissance 2026 à 4,3 %, après avoir mentionné 5,8 % quelques mois plus tôt lors de la finalisation de la revue du programme.

Ce contraste explique la tension du moment. D’un côté, les indicateurs macroéconomiques se sont améliorés. De l’autre, une large majorité des Zambiens reste pauvre selon les standards internationaux. La Banque mondiale estime que 71,7 % de la population vivait avec moins de 3 dollars par jour en 2022, et sa base de données indique une population de 21,3 millions d’habitants en 2024.

Un bilan économique réel, mais encore très inégalement ressenti

Le président sortant, Hakainde Hichilema, sollicite un second mandat face à treize autres candidats, dont Brian Mundubile, présenté comme son principal adversaire. L’élection présidentielle se tient en même temps que les législatives et les scrutins locaux. La Commission électorale zambienne a fixé le vote au jeudi 13 août 2026, entre 6 heures et 18 heures, avec 226 circonscriptions en jeu.

Sur le plan économique, le pouvoir met en avant une série d’arguments concrets. Le kwacha s’est stabilisé, l’inflation est revenue dans la bande cible de la Banque de Zambie, et les accords de restructuration couvriraient environ 94 % du périmètre concerné, selon le FMI. Pour le gouvernement, ce redressement prouve qu’une discipline budgétaire plus stricte peut remplacer les improvisations du passé.

Mais la lecture des ménages est souvent différente. Quand l’emploi reste fragile et que le pouvoir d’achat progresse lentement, les résultats macroéconomiques deviennent abstraits. Le chômage est encore une réalité importante, et la pauvreté rurale pèse lourd. La Banque mondiale souligne que 80 % des pauvres vivent en zone rurale, où l’agriculture de subsistance domine encore. Dans les villes, y compris à Lusaka, la vie chère reste l’angle mort des bilans officiels.

Cette distance entre chiffres et perception alimente la campagne. Sur le terrain, la frustration ne porte pas seulement sur la monnaie ou les statistiques. Elle touche aussi les transports, l’alimentation, l’accès à l’électricité et la lenteur des améliorations visibles. Le débat électoral est donc moins technique qu’il n’y paraît : il oppose une promesse de stabilisation à une demande de résultats plus tangibles.

Le cuivre, nerf de la relance et test de souveraineté

La Zambie ne peut pas être lue sans son cuivre. Le pays reste l’un des grands producteurs africains du métal rouge, central pour ses recettes d’exportation, son industrie et sa capacité à financer les services publics. Le ministère zambien des Mines rappelle l’objectif d’atteindre 3 millions de tonnes de cuivre par an d’ici 2031, contre environ 800 000 tonnes en moyenne aujourd’hui selon les documents officiels.

Cet objectif a une portée politique immédiate. S’il se concrétise, il peut élargir la base fiscale, soutenir l’emploi direct et indirect, et réduire la dépendance aux emprunts. Mais il suppose des investissements lourds, une énergie fiable, des relations stables avec les grands opérateurs miniers et un climat réglementaire lisible. Dans une économie où le secteur extractif reste dominant, la campagne présidentielle se transforme donc aussi en vote de confiance sur la capacité de l’État à transformer la rente minière en développement plus large.

Le dossier dépasse les frontières zambiennes. Le cuivre attire les grands acheteurs mondiaux, notamment dans la transition énergétique, et place Lusaka dans un jeu d’équilibre entre partenaires occidentaux, investisseurs asiatiques et créanciers multilatéraux. Pour l’Afrique australe, la question est stratégique : une Zambie plus stable pèse sur les chaînes régionales de valeur, sur les corridors commerciaux et sur la confiance dans la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, dont le pays est membre.

Ce que le scrutin dit de la Zambie et de l’Afrique australe

Le vote du 13 août 2026 est donc un test de crédibilité pour le pouvoir, mais aussi un test de patience pour la population. Le président Hichilema peut revendiquer un redressement macroéconomique réel. Il doit toutefois convaincre qu’une stabilisation économique ne profite pas seulement aux tableaux de bord de Lusaka, mais aussi aux villages, aux petites villes et aux travailleurs informels qui vivent au rythme des prix.

Si les électeurs confirment le sortant, ils valideront l’idée qu’une sortie de crise passe d’abord par l’assainissement financier, la restructuration de la dette et la restauration de la confiance. S’ils donnent l’avantage à l’opposition, ils exprimeront surtout leur impatience face au temps long des réformes. Dans les deux cas, le message envoyé à la région sera clair : en Afrique australe, la performance économique ne suffit pas à elle seule. Elle doit devenir visible dans la vie quotidienne.

Les résultats sont attendus après le scrutin, selon le calendrier annoncé par la Commission électorale. Le vainqueur devra dépasser 50 % des suffrages pour être élu dès le premier tour. Au-delà du nom du prochain président, c’est la capacité de la Zambie à transformer une reprise fragile en prospérité partagée qui sera observée à Lusaka, dans la région et bien au-delà.