À Lusaka, le scrutin se joue aussi sur le vécu quotidien

À trois jours du vote, la campagne zambienne n’a rien d’une simple course de fin de parcours. Elle concentre une question plus large : comment un pays peut-il saluer la reprise économique tout en laissant une partie de sa population attendre encore des emplois, des revenus stables et des services publics visibles ? En Zambie, ce décalage pèse lourd. Il nourrit les meetings, les critiques et les hésitations d’électeurs qui comparent le bilan national à leur panier de courses.

Le pays vote le jeudi 13 août 2026 pour la présidentielle, les législatives, les conseillers et les responsables locaux. Le calendrier officiel de la Commission électorale fixe l’ouverture du scrutin entre 6 heures et 18 heures, tandis que la Communauté de développement d’Afrique australe, la SADC, a annoncé le déploiement d’une mission d’observation. Dans cette configuration, Lusaka ne décide pas seulement du prochain locataire de State House. Elle envoie aussi un signal régional sur la tenue d’un scrutin concurrentiel en Afrique australe.

Le camp présidentiel mise sur les résultats, l’opposition sur les frustrations

Hakainde Hichilema, au pouvoir depuis 2021, aborde ce rendez-vous avec un argument central : la stabilisation macroéconomique. Son gouvernement met en avant la restructuration de la dette, la décrue de l’inflation et le redressement de la monnaie. La Banque mondiale estime que la croissance a rebondi et que la dette publique a fortement reculé après les accords de restructuration. Le Fonds monétaire international va dans le même sens et projette pour 2026 une croissance proche de 5,8 %, après les chocs subis par l’économie zambienne.

Mais le bilan macroéconomique ne suffit pas à clore le débat. La Banque mondiale rappelle que plus de 58 % des Zambiens vivaient sous le seuil international de pauvreté de 1,90 dollar par jour selon ses données de référence, avec une pauvreté concentrée dans les zones rurales. Le pays reste aussi dépendant de son cuivre, ressource stratégique pour la transition énergétique mondiale, alors que la promesse d’emplois plus nombreux tarde à se traduire partout dans les quartiers populaires, les marchés et les campagnes.

C’est sur ce terrain que le président sortant a rassemblé mardi des milliers de sympathisants à Lusaka. Le Parti uni pour le développement national, le UPND, a fait de cette démonstration de force un message simple : le pays doit prolonger la trajectoire actuelle. Hichilema, qui demande un second mandat de cinq ans, insiste sur l’école gratuite, la reprise économique et la stabilité. Ses partisans lui attribuent le retour d’un État plus lisible. Ses adversaires lui reprochent une amélioration trop lente du quotidien.

La campagne a aussi pris une tonalité défensive. Le chef de l’État a alerté ses soutiens contre un retour des “vieilles habitudes” de l’opposition, évoquant un passé d’insécurité politique. Dans le même temps, son principal rival, Brian Mundubile, accuse les autorités de recourir à des enlèvements et à des arrestations pour intimider le camp adverse. Ces accusations n’ont pas été établies de manière indépendante dans les sources consultées, mais elles reflètent la nervosité d’une fin de campagne où chaque incident pèse davantage qu’au début de la course.

Une élection test pour la démocratie zambienne et pour la SADC

Brian Mundubile, ancien ministre et figure montée plus tardivement au premier plan, a réussi à s’imposer comme le principal défi au sortant. Son camp comprend des formations issues d’anciens fragments de l’opposition et d’une recomposition autour de la Tonse Alliance. Selon l’analyse dominante, la campagne s’est longtemps résumée à un duel entre un président sortant porté par le bilan économique et un adversaire qui capitalise sur le malaise social, la cherté de la vie et les soupçons de crispation politique.

Cette tension n’est pas anodine. En Zambie, les élections ont souvent été présentées comme pacifiques à l’échelle régionale. Or les mois précédant le scrutin ont vu remonter les inquiétudes autour des arrestations, de la surveillance numérique et de la liberté de campagne. Des organisations locales de monitoring électoral, ainsi que la mission d’observation de la SADC, surveillent donc un enjeu précis : la capacité des institutions à garantir un vote compétitif sans pression excessive. Dans une région où les transitions pacifiques sont observées de près, la manière de conduire ce scrutin comptera presque autant que son résultat.

Le contexte donne aussi à cette présidentielle une portée continentale. La Zambie fait partie des économies africaines suivies de près pour sa dette, son cuivre et sa trajectoire de réformes. Sa capacité à honorer ses engagements, attirer l’investissement minier et maintenir un cadre électoral lisible intéresse Lusaka autant que ses voisins de la SADC et les partenaires africains engagés dans la transition énergétique. Le pays a également gagné en visibilité parce qu’il sert de cas d’école dans la gestion d’un défaut souverain puis d’un rétablissement graduel.

Reste le verdict des urnes. Si Hichilema l’emporte, il devra transformer une reprise macroéconomique en gain social plus tangible. Si Mundubile crée la surprise, il héritera d’un État qui a retrouvé un peu d’air mais pas encore la confiance totale de tous ses citoyens. Dans les deux cas, le vote du 13 août dira quelque chose d’important sur l’Afrique australe : la stabilité politique ne se mesure pas seulement à l’absence de crise ouverte, mais aussi à la capacité d’un système à entendre la fatigue sociale avant qu’elle ne se transforme en rupture.