Un projet aurifère qui s’éloigne du simple forage
À l’intérieur du pays, les projets miniers ne se résument plus à des permis sur une carte. Ils deviennent des actifs que les groupes structurent, financent et préparent presque comme des infrastructures industrielles. En Côte d’Ivoire, cette évolution est particulièrement visible autour de l’or, devenu l’un des moteurs les plus dynamiques de la diversification économique.
Le mouvement concerne aussi Didiévi, un projet situé dans le centre du pays, à environ 35 kilomètres de Yamoussoukro, la capitale politique ivoirienne. Montage Gold y voit désormais sa prochaine étape de développement, après avoir déjà engagé la montée en puissance du grand projet de Koné, dans le nord-ouest.
Montage Gold muscle sa présence en Côte d’Ivoire
Le groupe canadien a confirmé qu’il avait contracté un financement de 75 millions de dollars pour accélérer le développement de Didiévi. Ce prêt doit servir à plusieurs usages : poursuivre l’exploration, mieux définir les ressources minérales et soutenir l’avancée du projet vers une future construction.
Cette séquence s’inscrit dans une stratégie plus large. Après l’acquisition d’African Gold, finalisée le 29 avril 2026, Montage a intégré Didiévi à son portefeuille ivoirien. Le groupe avait annoncé dès mars 2025 un partenariat stratégique avec African Gold pour avancer sur ce projet, avant d’en prendre le contrôle complet quelques mois plus tard.
Le projet n’est pas vierge. Montage Gold indique que la ressource inférée de Blaffo Guetto, l’un des principaux gisements associés à Didiévi, atteint 989 000 onces d’or à une teneur de 2,5 g/t. Le site fait l’objet d’un programme de forage intensif, avec 40 000 mètres déjà réalisés puis 60 000 mètres supplémentaires lancés pour affiner les données géologiques.
Le financement ne sert pas seulement à creuser plus loin. Montage a aussi utilisé une partie de ces moyens pour renforcer sa participation dans l’actif. Le groupe détenait d’abord 80 % du projet, les 20 % restants appartenant à des actionnaires minoritaires. Un accord contraignant prévoit désormais de porter cette part à 95,5 %, moyennant 57,7 millions de dollars.
Ce que ce pari dit du secteur ivoirien
La Côte d’Ivoire veut faire du sous-sol un pilier plus solide de sa croissance. Le portail officiel de l’économie ivoirienne rappelle que le gouvernement vise une hausse de la contribution du secteur minier au PIB, de 3 % environ en 2018 à 6 % en 2025. L’ITIE note de son côté que le secteur extractif représentait 3,1 % du PIB, 16 % des exportations et 2,9 % des recettes publiques en 2023.
Cette montée en puissance est visible sur le terrain. Le gouvernement a indiqué en 2024 que la Côte d’Ivoire comptait alors 13 mines d’or industrielles en exploitation, contre 4 en 2015. Le même portail officiel projette une production nationale d’or de 61 tonnes en 2025, puis 63 tonnes en 2026 et 65 tonnes en 2027, notamment avec l’entrée progressive de nouveaux projets.
Dans ce paysage, Koné joue le rôle de locomotive. Le gouvernement ivoirien a présenté ce projet comme le premier grand projet minier du pays, avec une production annuelle annoncée à 7 tonnes et des ressources estimées à 152 tonnes d’or. Montage Gold, lui, parle d’une mise en production attendue fin 2026 ou au deuxième trimestre 2027 selon les jalons techniques retenus, ce qui montre qu’un projet minier évolue souvent entre calendrier industriel et calendrier financier.
Pour l’État ivoirien, l’enjeu dépasse la seule extraction. Il s’agit aussi d’emplois, d’infrastructures, de recettes fiscales et de contenu local, c’est-à-dire de retombées plus directes pour les territoires miniers. L’ITIE rappelle d’ailleurs que la Côte d’Ivoire a créé un comité local de développement minier pour mieux articuler compagnies et communautés riveraines.
Un signal ouest-africain, au-delà du seul cas de Didiévi
Le cas Montage Gold illustre une tendance plus large en Afrique de l’Ouest : les compagnies minières cherchent désormais à sécuriser des portefeuilles multi-actifs dans les pays perçus comme stables et géologiquement attractifs. La Côte d’Ivoire, membre de la CEDEAO, attire précisément parce qu’elle combine infrastructures, cadre réglementaire en évolution et montée en gamme de son industrie aurifère.
Sur le plan régional, cela change aussi la concurrence entre pays miniers. Un grand projet comme Koné, puis un actif de développement comme Didiévi, peuvent renforcer la place de la Côte d’Ivoire dans la cartographie aurifère ouest-africaine face au Ghana, au Mali ou au Burkina Faso. Le signal est clair : les investisseurs ne regardent plus seulement les volumes déjà produits, mais aussi la capacité des États à faire monter les projets jusqu’à la mine.
Pour les prochaines étapes, l’attention se porte sur trois variables : la confirmation des ressources, la solidité du financement et le rythme des autorisations techniques. À Didiévi, la question n’est donc plus seulement de savoir si l’or est là, mais à quelle vitesse il peut être transformé en projet industriel crédible, puis en production. Dans le contexte ivoirien actuel, c’est là que se joue une partie du récit minier du pays.