À Lusaka, un vote qui dépasse la seule alternance

En Zambie, les élections ne se résument jamais à une simple compétition entre partis. Elles mesurent aussi la confiance d’un pays dans sa capacité à sortir d’une crise, à créer des emplois et à transformer l’abondance minière en progrès visible pour les ménages. Dans ce scrutin, l’enjeu est clair : prolonger une séquence de réformes engagées depuis Lusaka, ou rouvrir la page d’une promesse de changement qui tarde à se traduire dans le quotidien.

Le vote intervient dans un pays qui a retrouvé le multipartisme en 1991 et qui s’inscrit dans l’espace politique de la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, dont il est membre fondateur. Cette appartenance compte, car la stabilité institutionnelle de la Zambie pèse sur toute la région, des échanges commerciaux aux équilibres politiques. À l’échelle continentale, l’expérience zambienne reste scrutée comme un test de transition démocratique en Afrique australe.

Le pays a aussi une particularité qui façonne tout débat électoral : son économie dépend fortement du cuivre. Quand les cours montent, l’État respire. Quand ils baissent, les marges budgétaires se referment vite. Le problème zambien n’est donc pas seulement politique. Il est aussi structurel, lié à la concentration des recettes, à l’endettement et à la difficulté de transformer une rente minière en emplois durables.

Le bilan de Hakainde Hichilema face à des attentes encore fortes

Au pouvoir depuis 2021, Hakainde Hichilema et son Parti uni pour le développement national, l’UPND, cherchent à faire valoir un bilan centré sur la discipline budgétaire, la relance des investissements et la remise en ordre des finances publiques. Leur arrivée avait mis fin à la présidence d’Edgar Lungu, au terme d’un scrutin marqué par une forte participation et par une victoire nette de l’opposition. L’Union africaine avait relevé, dans son rapport final, un taux de participation de 70,61 %, sur 7 023 499 électeurs inscrits.

Cette victoire de 2021 avait aussi été l’expression d’une lassitude. Le pays sortait d’une période de tensions budgétaires et de défaut de paiement. En novembre 2020, la Zambie avait cessé d’honorer une échéance de dette extérieure, devenant le premier pays africain à faire défaut pendant la pandémie. Depuis, la restructuration de la dette est restée au centre de la politique économique zambienne, avec l’appui du FMI, de la Banque mondiale et des créanciers officiels.

Pour autant, la reprise ne se lit pas encore partout dans les quartiers populaires, ni dans les villes de la ceinture de cuivre où les attentes sont élevées. Le chômage des jeunes, le coût de la vie et la lenteur de la diffusion des bénéfices de la croissance restent au cœur des critiques. C’est là que le scrutin devient difficile à lire : une partie des électeurs évalue le pouvoir sortant sur ses réformes macroéconomiques, une autre sur ce qu’elle ressent à la caisse du marché, dans le transport ou à la sortie de l’école.

Le contexte macroéconomique offre pourtant un levier réel. La Banque mondiale souligne que la croissance zambienne a été soutenue ces dernières années par le redressement de l’activité, tandis que les cours du cuivre ont fortement progressé depuis 2020. Pour un État minier comme la Zambie, cela signifie davantage de devises, donc un peu plus d’air pour les finances publiques. Mais cette amélioration dépend d’un marché mondial volatil. Elle ne suffit pas, à elle seule, à régler la question de l’emploi ni celle des inégalités territoriales entre la capitale, Lusaka, les centres urbains industriels et les zones rurales.

Ce que le vote dit de la Zambie, et de l’Afrique australe

Le rapport de force politique reste donc ouvert. D’un côté, l’UPND défend l’idée que les réformes avaient besoin de temps pour produire des effets durables. De l’autre, les électeurs mécontents peuvent estimer que les promesses de reprise n’ont pas encore changé leur vie. Dans ce type de séquence, le taux de participation devient plus qu’un chiffre : il sert de thermomètre du consentement populaire. L’expérience de 2021 a montré qu’un vote massif peut sanctionner un pouvoir sortant, même dans un pays qui valorise la continuité institutionnelle.

La Zambie n’évolue pas en vase clos. En Afrique australe, sa trajectoire influence les équilibres de la SADC, où la stabilité politique reste liée aux échanges, aux corridors logistiques, à l’énergie et à la circulation des capitaux. Quand Lusaka change de cap, c’est toute la région qui observe l’impact sur le commerce minier, sur la crédibilité des institutions électorales et sur la gestion d’une dette qui sert souvent de cas d’école pour les créanciers internationaux.

Le prochain signal à surveiller est donc moins une déclaration d’intention qu’un trio de résultats concrets : la participation, l’ampleur du soutien à l’UPND et la lecture que feront les électeurs des réformes engagées depuis 2021. Si le vote confirme la ligne actuelle, le pouvoir disposera d’un mandat politique plus lisible pour poursuivre la restructuration de la dette et les ajustements économiques. S’il sanctionne le gouvernement, ce sera le signe que les promesses macroéconomiques n’auront pas suffi à répondre à l’urgence sociale. Dans les deux cas, le message dépassera Lusaka.