À Lilongwe, la sécurité électrique se joue désormais aussi au soleil

Au Malawi, chaque mégawatt compte. Quand le réseau vacille, ce ne sont pas seulement les foyers urbains qui ralentissent, mais aussi les ateliers, les commerces de quartier, les stations de pompage et les petites entreprises qui vivent au rythme des coupures. Dans ce pays enclavé d’Afrique australe, l’électricité reste un levier économique autant qu’un service public, et la dépendance à l’hydroélectricité expose encore le système aux baisses de débit et aux aléas climatiques.

C’est dans ce contexte que le gouvernement malawite accélère ses choix de diversification. La mise en service de la première tranche du projet solaire de Nanjoka, dans le district de Salima, s’inscrit dans une séquence plus large de modernisation du réseau, avec la batterie de Kanengo à Lilongwe et plusieurs chantiers destinés à rendre l’approvisionnement plus souple. Le sujet dépasse donc la seule production : il touche à la stabilité du système, à la prévisibilité pour les entreprises et à la capacité de l’État à tenir ses engagements énergétiques.

Ce que change la première tranche de Nanjoka

La première phase du projet solaire de Salima apporte 10 MW supplémentaires au parc d’EGENCO, la compagnie publique de production d’électricité. Le site de Nanjoka a été conçu comme une centrale extensible, avec une montée en puissance par paliers jusqu’à 50 MW. EGENCO avait annoncé dès 2023 une architecture en trois étapes, avec 10 MW, puis 10 MW, puis 30 MW, sur une emprise foncière de 110 hectares. Le chantier avait démarré après l’attribution du contrat à Chint Electric Co. Ltd., avec un calendrier de 18 mois pour la première phase.

Le projet n’arrive pas dans un vide. Le ministère de l’Énergie rappelle que l’électricité du Malawi reste principalement d’origine hydraulique, avec une capacité installée d’environ 398,39 MW en 2023, tandis qu’EGENCO indique disposer au total de 444,67 MW, dont 390,15 MW hydroélectriques, 53,22 MW thermiques et seulement 1,3 MW solaires avant cette nouvelle étape. Autrement dit, le solaire progresse, mais il part de très loin. C’est précisément ce déséquilibre que Nanjoka vise à corriger, en ajoutant une source plus prévisible pendant les périodes où les barrages produisent moins.

Les chiffres du projet montrent aussi une stratégie industrielle graduelle. Le coût annoncé de la première tranche est de 13,55 millions de dollars, financés sur ressources propres d’EGENCO. Le plan global, lui, reste plus ambitieux : le document économique 2025 du gouvernement évoque un ensemble de 50 MW à Nanjoka, avec une première tranche attendue pour décembre 2025, puis des ajouts successifs jusqu’à 50 MW d’ici 2029. Le calendrier a donc glissé, mais l’orientation n’a pas changé : faire du solaire un pilier de l’offre publique d’électricité.

Un choix technique, mais aussi politique et territorial

La portée de cette centrale dépasse Salima. Le district devient un maillon d’une cartographie énergétique qui se réorganise entre Lilongwe, les bassins hydroélectriques du Sud et les nouveaux points d’injection sur le réseau. Pour les ménages, l’effet attendu est simple : moins d’interruptions et moins de stress sur un système déjà tendu. Pour les entreprises, surtout celles qui ne peuvent pas s’équiper en groupes électrogènes, l’enjeu est plus concret encore : mieux planifier la production, la conservation du froid, les services numériques ou les opérations de pompage.

La batterie de Kanengo, mise en service en juillet 2026 à Lilongwe, complète cette logique. Le gouvernement la présente comme le premier système autonome de stockage à l’échelle du réseau du pays, avec 20 MW/40 MWh. Son utilité est claire : absorber les variations du solaire, lisser l’alimentation et renforcer la fiabilité du réseau. En pratique, Nanjoka et Kanengo racontent la même chose sous deux angles différents : produire autrement, puis stocker et mieux distribuer. Cette combinaison est devenue centrale dans plusieurs pays africains qui cherchent à intégrer plus de renouvelables sans fragiliser le réseau.

Le dossier a aussi une dimension foncière et institutionnelle. L’État malawite a déjà avancé sur les compensations aux communautés affectées à Nanjoka, après l’évaluation environnementale approuvée en 2022 par l’autorité nationale compétente. Ce point compte, car dans les projets énergétiques africains, les retards naissent souvent moins de la technologie que de l’accès au terrain, des indemnisations et de la coordination entre administration, opérateurs publics et communautés locales. Le cas de Salima illustre donc une vérité simple : la transition énergétique se décide aussi sur des dossiers cadastraux et budgétaires, pas seulement dans les discours.

Une séquence à suivre dans tout le Sud du continent

Le Malawi est membre de la SADC, la Communauté de développement d’Afrique australe, où les États cherchent à sécuriser les échanges d’électricité, à mutualiser certaines infrastructures et à mieux résister aux chocs climatiques. Dans cette logique régionale, l’avancée de Nanjoka envoie un signal utile : même avec des marges financières limitées, un État peut combiner solaire, stockage et interconnexions pour réduire sa vulnérabilité. Ce n’est pas une solution miracle. C’est une étape crédible, lisible et réplicable.

Pour le Malawi, la suite se jouera sur trois fronts. D’abord, la capacité à tenir le calendrier des tranches suivantes à Nanjoka. Ensuite, l’exploitation réelle de Kanengo pour stabiliser le réseau pendant les pics de demande et l’irrégularité de la production solaire. Enfin, la traduction de ces investissements en électricité plus régulière pour les zones urbaines comme pour les localités plus éloignées, où le coût des coupures pèse plus lourd encore sur les revenus. C’est là que se mesurera l’efficacité de la stratégie énergétique engagée à Lilongwe et à Salima.