Un nouveau relais pour l’or namibien

À Windhoek, l’or n’est plus seulement une ligne dans les comptes miniers. Il devient un pari industriel. Dans un pays où deux mines seulement produisent aujourd’hui ce métal à l’échelle industrielle, chaque nouveau projet compte pour l’emploi, les recettes publiques et la place de la Namibie dans la chaîne des minerais africains.

La question dépasse le seul site de Kokoseb. Elle touche aussi l’équilibre d’un secteur où le diamant reste central, mais où l’or regagne du poids grâce à des prix élevés et à plusieurs projets avancés dans l’ouest et le centre du pays. La Namibie, membre de la SADC, cherche ainsi à transformer davantage de ressources souterraines en valeur locale, sans se limiter à l’exportation brute.

Ce que prévoit Kokoseb, à ce stade

Le projet Kokoseb, porté par WIA Gold, est situé dans la région d’Erongo, à environ 320 kilomètres par la route de Windhoek. La société le présente comme une exploitation à ciel ouvert, détenue à 80 % par WIA Gold et à 20 % par Epangelo Mining Company, la société minière publique namibienne.

Dans sa scoping study rendue publique en septembre 2025, WIA Gold dit viser un projet capable de traiter 5,25 millions de tonnes de minerai par an, avec une production moyenne de 177 000 onces par an sur les cinq premières années et 146 000 onces en moyenne sur plus de 11 ans de vie de mine. La ressource minérale estimée atteignait alors 2,93 millions d’onces d’or.

La nouvelle étude de faisabilité définitive, que la société dit avoir finalisée ou rendue publique en août 2026 selon la matière fournie, a fixé le besoin de financement à 475 millions de dollars pour construire la mine. Le démarrage de la production est annoncé pour le quatrième trimestre 2028. WIA Gold avance aussi un délai de récupération du capital de 1,8 an, une valeur actuelle nette de 1,2 milliard de dollars et un taux de rendement interne de 41 %, sur la base d’un prix de l’or de 3 600 dollars l’once. Ces chiffres restent ceux de l’entreprise et doivent être lus comme des hypothèses de projet, pas comme des certitudes de marché.

Le financement, nerf de la guerre

WIA Gold ne part pas de zéro. Au 30 juin 2026, la société indiquait disposer d’une trésorerie de 119 millions de dollars australiens, soit environ 84,1 millions de dollars américains selon la conversion donnée dans la matière brute. Elle a aussi annoncé un accord de financement avec Sprott Resource Lending Corp. pour un montant pouvant aller jusqu’à 360 millions de dollars, complété par un engagement de souscription pouvant atteindre 15 millions de dollars lors d’une future levée de fonds propres. La clôture de ce montage était visée pour le quatrième trimestre 2026.

Ce type de montage est classique pour les projets miniers en phase de développement. Il combine fonds propres, dette projet et parfois instruments hybrides. Mais il impose aussi une discipline stricte : permis, calendrier de construction, coûts de chantier, volatilité du prix de l’or. À ce stade, Kokoseb reste donc un projet en avance sur le plan technique, mais encore exposé aux aléas du financement et des autorisations.

Une place dans le paysage minier namibien

Officiellement, le ministère namibien des Industries, des Mines et de l’Énergie recense Navachab Gold Mine, près de Karibib, et Otjikoto Gold Mine comme mines d’or en production. Le secteur aurifère industriel du pays repose donc encore sur un socle limité. Le développement de Kokoseb viendrait élargir cette base, pendant que Twin Hills se rapproche aussi de la phase de construction.

Otjikoto, exploitée par B2Gold, entre dans une phase de transition. L’entreprise indique que l’exploitation à ciel ouvert s’est achevée en 2025, tandis que les travaux souterrains doivent se poursuivre jusqu’en 2027. Navachab, de son côté, reste un pilier historique, présenté par la Chambre des mines comme la première mine d’or commerciale du pays, entrée en production à la fin des années 1980.

Pour l’État namibien, la question n’est pas seulement de compter plus de mines. Elle consiste aussi à mieux capter la valeur créée. En 2025, la Chambre des mines a souligné que le secteur restait un pilier de l’économie nationale et que l’or avait progressé grâce aux bonnes performances opérationnelles d’Otjikoto et de Navachab. Dans ce contexte, un troisième site industriel renforcerait la diversification minière du pays, au moment où les revenus liés aux diamants subissent davantage de pression.

Ce que l’on surveillera jusqu’en 2028

Le prochain jalon est réglementaire. WIA Gold dit avoir déposé une demande de permis d’exploitation minière auprès des autorités namibiennes en octobre 2025 et espérer le feu vert au second semestre 2026. L’entreprise a aussi indiqué que la préparation des dossiers environnementaux avançait, une étape décisive dans un pays où les autorisations minières s’articulent avec les exigences de gestion du foncier, de l’eau et des impacts locaux.

L’enjeu pour la Namibie est clair. Si Kokoseb passe du papier au chantier, le pays pourrait consolider un petit groupe de mines d’or industrielles et accroître les retombées locales dans l’Erongo, une région déjà stratégique pour les minerais. Si le financement ou les permis dérapent, le projet rejoindra la longue liste des gisements prometteurs qui restent à l’état d’intention. Dans les deux cas, la trajectoire de Kokoseb dira beaucoup sur la capacité de Windhoek à attirer des capitaux miniers tout en gardant la main sur le rythme de développement.

À l’échelle régionale, le dossier intéresse toute l’Afrique australe. Il montre comment la SADC peut accueillir des projets financés depuis l’étranger, appuyés par des partenaires publics locaux, et attendus comme créateurs de valeur plutôt que comme simples gisements d’exportation. C’est aussi un test de crédibilité pour la stratégie namibienne de montée en gamme minière, au moment où plusieurs pays du continent cherchent à sécuriser davantage de revenus et de compétences sur place.